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Maïs OGM et abeilles: le pharmacien Lilian Ceballos insiste sur le besoin d'études plus poussées 

L’association Res’OGM a publié une étude sur les études qui devraient être réalisées afin d'améliorer la connaissance des effets des cultures transgéniques sur les abeilles. L'étude a été réalisée par Lilian Ceballos, pharmacien et écologue. Ce dernier pointe les limites des études réalisées jusqu'à présent.L’article qui suit est un résumé du texte qui peut être lu sur le site de l’association Res’OGM qui a financé le travail.

L’association Res’OGM a rendu publique une étude réalisée par Lilian Ceballos, pharmacien et écologogue, qui analyse les insuffisances des études menées jusqu'à présent sur l'effet du maïs BT sur les abeilles. Le chercheur indique aussi dans quel sens les études devraient être réalisées.

Lilian Ceballos reprend d’une manière  très détaillée la littérature scientifique  ( que nous ne citons pas ici) sur les rapports MON 810-abeilles. Il estime d'abord, comme les spécialistes de l’abeille, que la mortalité constatée chez cette dernière  « est très probablement pluri-factorielle, en partie causée par les pesticides toxiques utilisés pour l’enrobage des semences, par les conditions climatiques locales, par la présence d’agents pathogènes (Varroa sp.) et par la susceptibilité de la souche génétique d’abeilles".  Pour l'auteur de l'étude les plantes génétiquement modifiées créent un nouveau risque.«  Les plantes Bt sont modifiées pour produire des toxines insecticides et les abeilles pourraient être affectées par cette nouvelle source de protéines qu’elles récoltent et rapportent à la ruche."

Lilian Ceballos rappelle que Bacillus thuringiensis (Bt) est une bactérie du sol qui produit des inclusions cristallines contenant des protéines insecticides (d’où le nom Cry). Selon la souche ( espèce)  bactérienne, ces cristaux sont composés d’une ou plusieurs protoxines insecticides qui nécessitent un mécanisme pour les activer. Ce mécanisme confère une spécificité étroite à ces protéines insecticides. Autrement dit, elles sont « adaptées » à la destruction d’une espèce particulière en n’ayant pas d’effet en principe sur des espèces non cibles. Ce qui explique leur utilisation en agriculture biologique

Des séquences de gène tronquées

Lilian Ceballos explique qu’à la différence des protéines Bt naturelles, les séquences de gène insérées lors des modifications génétiques sont des séquences tronquées. Le spectre d’activité des protéines Cry est bien plus large que supposé. Il inclut notamment des arthropodes, nématodes, vers plats et protozoaires. Même les protéines naturelles de Bt ont des effets en dehors d’espèces cibles. La mortalité larvaire des coccinelles est augmentée suite à l’absorption de solutions de toxines Cry1Ab.

Les différences entre toxines bactériennes et végétales produites par les plantes modifiées tiennent à la structure des protéines. Elles tiennent aussi à la voie d’exposition des insectes. Les toxines Bt sont pulvérisées par voie aérienne et elles sont dégradées rapidement par les rayons Ultraviolet. Les formulations Bt contiennent un cocktail de toxines sous forme inactive (protoxine) et les spores de B. thuringiensis dont la présence potentialise l’activité insecticide des protéines Bt.

Accumulation dans l'environnement

Par contre la séquence Bt introduite dans le maïs Bt est tronquée. Alors les protoxines doivent être activées par un processus complexe qui se déroule dans l’intestin des insectes. Le maïs Bt sécrète la toxine sous forme active. Les insectes sont donc continuellement exposés aux toxines du maïs Bt qui les produit dans tous ses tissus pendant tout le cycle. Les toxines Bt produites par les plantes modifiées s’accumulent  donc dans l’environnement.

Face à la généralisation des cultures transgéniques, il devient essentiel  pour Lilian Ceballos d’évaluer leur impact sur les insectes pollinisateurs, et en particulier les abeilles domestiquées ou sauvages. En effet, bien des études sont insuffisantes. Lilian Ceballos rappelle que plusieurs études de toxicologies n’ont montré aucun effet sur la mortalité des larves et d’adultes. Mais le chercheur souligne que  seuls les produits purifiés du transgène (protéines) étaient donnés aux abeilles adultes ou aux larves dans les ruches.  

Effets plus indirects sur le milieu

Il faut aussi effectuer une évaluation environnementale complète. Il est important en effet de distinguer les effets directs (toxicité aiguë pour les abeilles) et les effets plus indirects. Ces derniers  pourraient avoir des conséquences "désastreuses" sur l’apiculture et l’agriculture. Les effets directs peuvent suivre l’ingestion des protéines transgéniques si elles sont exprimées dans le pollen ou le nectar des fleurs visitées. Des effets indirects peuvent aussi être provoqués modifications du phénotype floral (changement de forme et/ou couleur de la fleur, du bouquet d’arômes, présence/absence de défenses végétales …). Ces changements peuvent influencer l’interaction plantes/pollinisateurs. La désorientation d'abeilles domestiquées rapportée par des checheurs était due à des changements de la qualité des protéines (non Bt) du pollen de colza transgénique . Pour Lilian Ceballos, " des modifications non intentionnelles peuvent provenir de la relative imprécision de la modification génétique et elles peuvent jouer un rôle biologique majeur"

Les études en laboratoire ne suffisent pas

 Bien que certaines études aient détecté des effets adverses de certains produits purifiés du transgène, il est souvent difficile d’extrapoler l’impact sur les colonies d’abeilles à partir de résultats obtenus en laboratoire. Le contexte écologique ou apicole réaliste ne peut pas être inclus dans la conception de l’étude. De même, les tests en laboratoire ne reproduisent pas des conditions environnementales pertinentes. Lilian Ceballos affirme qu'ils ne devraient en aucun cas être cités comme preuve d’une innocuité des plantes génétiquement modifiées ,preuve que seules des études en milieu naturel peuvent apporter.

  De plus, les processus écologiques et les interactions entre organismes se déroulent à des échelles diverses : au niveau de l’individu, des populations, des communautés. Pour des pollinisateurs comme l’abeille, les relations sociales dans la colonie sont aussi difficilement reproductibles.  

« En conclusion, il n’y a pas de preuves directes que les larves ou adultes d’A. mellifera soient affectées par les toxines Bt. Cependant, la majorité des études effectuées n’utilisent pas la toxine activée du maïs Bt et d’autres espèces de pollinisateurs n’ont pas encore été testées. Ces études doivent aussi prendre en compte les spécificités des castes, se prolonger sur des périodes appropriées.

 Lilian Ceballos recommande d’établir une méthodologie qui dépasse l’approche strictement toxicologique pour intégrer des éléments de complexité écologique indispensables. Il insiste sur le fait qu’en aucun cas, les essais ne devraient être réalisés avec d’autres formes de toxine que celle produite par la plante Bt  à laquelle l’insecte est exposé.

Ne pas masquer des effets

De plus, certaines études utilisent des semences transgéniques enrobées de traitements insecticides et/ou fongicides, connus pour leur toxicité sur les abeilles. Un tel protocole qui confond les facteurs de mortalité (toxine Bt, insecticide, fongicide..) ne peut pas permettre de conclure à une absence de toxicité cette dernière pouvant être masquée.

On doit donc penser en conclusion du texte de Lilian Ceballos, que le dossier MON 810-insectes doit donc être approfondi, et en particulier le dossier MON-abeilles.

michel.deprost@free.fr

http://www.infogm.org/resogm/



Voir aussi :
 - Abeilles: le Varroa doit devenir une priorité estime le député Martial Saddier
 - Apiculture: le rapport Saddier propose la création d'une interprofession apicole

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