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Climat Carbone, réchauffement, gaz à effet de serre Les carottages glaciaires ont permis de suivre l'évolution des gaz à effet de serre sur 800 000 ans 16/05/2008 10:26 (Par Isabelle Touchard) Le projet européen EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica), dans lequel plusieurs laboratoires français se sont fortement impliqués, a permis de remonter l'histoire du climat de l'Antarctique jusqu'à 800 000 ans, à partir de deux carottages glaciaires. Les enregistrements ont fourni des informations d’une importance extrême pour la compréhension du changement climatique en cours. Les résultats de ces enregistrements viennent d'être publiés dans la revue Nature. En analysant de la glace antarctique extraite dans le cadre du forage glaciaire EPICA(1), que les chercheurs du LGGE-OSUG(2) et du LSCE-IPSL(3), épaulés par plusieurs partenaires internationaux(4), sont parvenus à repousser les limites temporelles de connaissance du climat ancien de la Terre. Ils ont, pour la première fois, reconstitué sur 800 000 ans l'évolution des teneurs en dioxyde de carbone ( CO2, gaz carbonique) et méthane, les deux principaux gaz à effet de serre après la vapeur d’eau. Les scientifiques disposent de données de référence grâce auxquelles ils espèrent mieux prévoir le climat futur. Ces résultats font l'objet de deux articles dans la revue Nature du 15 mai 2008. Un gaz nécessaire à la vie En l'absence de gaz à effet de serre (vapeur d'eau, dioxyde de carbone, méthane…), la température moyenne à la surface de la Terre atteindrait à peine -18°C. Dans ces conditions, toute vie parait impossible. La concentration actuelle de ces gaz dans l’atmosphère a considérablement augmenté du fait des activités humaines: combustion des énergies fossiles, développement de l'agriculture. En étudiant l'évolution passée ont peut comprendre l'interaction de ces gaz avec le climat. Il faut pour cela étudier des carottes de glace qui sont les seules archives disponibles à ce jour pour reconstruire avec précision les teneurs passées en gaz à effet de serre. Des carottes pour prédire l'évolution climatique Dans le cadre du projet EPICA, une carotte de glace forée en Antarctique, près de la base franco-italienne Concordia (Dôme C), a atteint en décembre 2004 une profondeur de 3 270 mètres, s'arrêtant à quelques mètres du socle rocheux. Ce niveau est celui d'une glace "âgée" de 800 000 ans, soit 8 cycles climatiques glaciaire-interglaciaires. Il s’agit de la glace la plus ancienne jamais extraite à ce jour. L’analyse des bulles de gaz piégées dans cette glace lors de sa formation en surface, a permis d’étendre les enregistrements de la composition de l'atmosphère en dioxyde de carbone (CO2) et méthane (CH4) jusqu'à 800 000 ans. Le précédent enregistrement n’avait atteint "que" 650 000 ans. Les chercheurs disposent, pour la première fois, de courbes de référence des teneurs en CO2 et CH4 témoignant de l’évolution de ces gaz sur cette période très ancienne. Ce travail a déjà permis des avancées fondamentales sur plusieurs points. Il confirme et étend, l’étroite corrélation observée entre les températures enregistrées en Antarctique dans le passé et les teneurs atmosphériques en CO2 et CH4. Une autre observation capitale a été rendue possible. Jamais, sur les derniers 800 000 ans, n’ont été relevées des teneurs en gaz à effet de serre aussi élevées qu’aujourd’hui. Les valeurs actuelles dépassent 380 ppmv(5) pour le CO2 et 1 800 ppbv(6) pour le CH4. La courbe du CO2 révèle d'ailleurs les concentrations les plus basses jamais enregistrées, de 172 ppmv il y a 667 000 ans. Les chercheurs ont aussi mis en évidence une modulation (variations plus ou moins élevées) des teneurs moyennes en CO2 atmosphérique sur une échelle de temps relativement longue, c’est-à-dire de plusieurs centaines de milliers d'années. Ce phénomène inédit pourrait résulter de l'intensité plus ou moins importante de l'érosion continentale qui affecte le cycle du carbone sur de grandes échelles de temps. Le méthane fluctue au moment des glaciations Concernant l’enregistrement remarquablement détaillé du méthane atmosphérique, les chercheurs constatent une augmentation de la périodicité de la composante dite “de précession”(7) au cours du temps. Bien corrélé aux intensités de la mousson relevées en Asie du Sud-Est à travers les millénaires, ce signal reflète sans doute une intensification des moussons en régions tropicales sur les 800 000 dernières années. Enfin, la courbe du méthane révèle des fluctuations rapides à l'échelle millénaire, récurrentes au cours de chaque glaciation. L'empreinte de tels événements s'observe aussi dans le signal CO2 daté de 770 000 ans, lorsque la Terre entrait de nouveau en glaciation à la suite de l'inversion magnétique terrestre survenue il y a 780 000 ans. Cette variabilité climatique rapide serait liée aux fluctuations du courant thermohalin (circulation à grande échelle des masses d’eau qui participe à la redistribution de la chaleur sur Terre). Reste à expliquer pourquoi elle se manifeste dès le début des glaciations…
Enviscope à partir du communiqué du CNRS. (1) Coordonné par la Fondation européenne pour la science (ESF) et la communauté européenne, le projet EPICA ou "European Project for Ice Coring in Antarctica" a obtenu le soutien financier de l’Union européenne et des 10 pays européens participants au forage (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Suède, Suisse et Royaume-Uni). Les chercheurs français sont notamment soutenus par l'Agence nationale de la recherche (ANR), l'Institut national des sciences de l’univers (INSU-CNRS) et le CEA. La logistique sur le terrain à Dôme C a été assurée par l’Institut polaire français Paul-Emile Victor (IPEV), en partenariat avec le Programme national italien de recherche antarctique. EPICA a reçu le Prix Descartes pour la recherche en mars 2008. (2) Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement, CNRS / Université Joseph Fourier (3) Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, CNRS / CEA / Université Versailles Saint Quentin (4) L'Institut de Physique et le Centre Oeschger sur la recherche climatique de l'Université de Berne (Suisse), entre autres. 2 (5) Cela signifie que parmi 1 million de molécules dans l'air, 380 seront des molécules de CO2. Un ppmv = une partie par million en volume. (6) Cela signifie que parmi 1 milliard de molécules dans l'air, 1800 seront des molécules de CH4. Un ppbv = une partie par milliard en volume. (7) La précession est le nom donné au changement graduel d'orientation de l'axe de rotation d'un objet ou, de façon plus générale, d'un vecteur sous l'action de l'environnement. Prenons le cas de la Terre : on peut considérer que l'axe des pôles précesse du fait des interactions gravitationnelles avec le Soleil." Le titre de l'article est d'Enviscope Voir aussi : - Les éléphants de mer aident à mesurer le comportement de l'océan antarctique - Le climat de la Dombes se réchauffe plus que la moyenne européenne Retrouvez aussi : - Toutes les actualités du jour - Toutes les actualités sur ce thème |
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