Le constat est désormais public : selon la commission de coordination du Comité International Olympique, les Alpes françaises sont en retard sur plusieurs livrables clés et 2026 sera une année cruciale pour remettre le projet sur les rails. Autrement dit, l’année qui devrait être celle de la montée en puissance commence par un aveu de fragilité.
Cette fragilité est aggravée par une crise de gouvernance ouverte. Le 3 février 2026, Bertrand Méheut, président démissionnaire du comité des rémunérations du COJOP, dénonce une « dérive importante », dit douter de la capacité à tenir les délais et les coûts, et met en cause l’effectivité des organes de supervision. Le COJOP répond que la gouvernance n’est pas remise en cause et annonce un remplacement dans les prochaines semaines.
Un indicateur politique majeur confirme la perte de confiance. Ce vendredi 6 février 2026, la Région Auvergne-Rhône-Alpes doit se prononcer en commission permanente sur une baisse significative de sa contribution au COJOP, ramenée de 7,5 millions à 3 millions d’euros selon une source proche du dossier. Dans un calendrier déjà serré, ce signal budgétaire dit une chose simple : l’adhésion institutionnelle n’est plus acquise.
Entêtement politique et déni de démocratie environnementale
Au lieu de calmer le jeu et d’ouvrir un débat public robuste, le pouvoir choisit l’entêtement dans l’opacité et le déni. Après l’accord de commission mixte paritaire du 27 janvier 2026, l’Assemblée nationale adopte les conclusions de la CMP le 3 février 2026, puis le Sénat entérine définitivement la loi le 5 février 2026. Cette séquence est présentée comme une « éclaircie » au milieu de la crise du COJOP. Notre lecture est simple : quand la candidature patine, on ne corrige pas la trajectoire, on légalise l’urgence et on avance à marche forcée au risque de la sortie de route.
L’alerte dépasse désormais les frontières. La procédure engagée dans le cadre de la Convention d’Aarhus met en cause la France sur l’accès à l’information et la participation du public dans le dossier JO 2030. Quand un projet olympique devient un cas d’école de démocratie environnementale, ce n’est plus une querelle locale : c’est un problème de méthode.
Pour un changement de cap immédiat
D’abord, un moratoire sur toute décision irréversible liée aux ouvrages et aux choix d’aménagement tant que la transparence exigée par la justice et un véritable débat public n’ont pas été mis en œuvre.
Ensuite, une stabilisation de la gouvernance assortie de garanties effectives de contrôle interne, afin que les organes éthiques, audit et rémunérations ne soient pas des coquilles vides.
Enfin, une clarification politique : si consulter sérieusement les populations, instruire les alternatives et préparer sereinement est incompatible avec l’échéance 2030, alors il faut assumer la remise à plat, y compris l’option d’un renoncement à 2030 au profit d’une échéance ultérieure, suite à large débat public sur l’opportunité et les modalités d’accueil de cet évènement. Dans la précipitation on multiplie les erreurs, les surcoûts et les dégâts environnementaux. Cortina en est l’exemple vivant !
Nous apportons tout notre soutien à nos amis de Mountain Wilderness Italie qui depuis des années analysent, documentent et dénoncent les manquements et dérives du comité d’organisation italien et les impacts des JOP 2026 sur les écosystèmes montagnards. Leur mobilisation est exemplaire et renforce notre détermination à lutter coûte que coûte pour que la copie française soit questionnée, revue voire clôturée après avoir consulté la population.
