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Amaury Martin : l’innovation en santé n’est pas seulement technologique

Dans les années 1920, un chercheur découvrait qu’en injectant des bactéries tuées de la scarlatine, il était possible de soigner un type de tumeur cancéreuse, le sarcome[1].  Quatre vingt dix  années plus tard, aucun traitement n’est basé sur cette découverte. La faute au risque inhérent à ce type de traitements qui pourrait entrainer la mort de patients. De nos jours, nulle entreprise pharmaceutique ne songerait à  développer un tel traitement, face à un risque que la société n’accepte plus de prendre alors qu’un tel traitement pourrait sauver des vies.

Le refus aveugle de l’innovation peut aussi être dangereux. Par exemple, le rejet de la vaccination fait reculer la couverture vaccinale chez certaines couches de la population entrainant, ipso facto, l’exposition à des risques accrus et la réapparition des maladies gravissimes, comme la poliomyélite.  «  Le public ne sait pas comparer les risques de la vaccination et les risques liés aux maladies contre lesquelles protège la vaccination » souligne Amaury Martin.

Enfin,  l’innovation en santé ne dépend pas seulement de la recherche sur des molécules !  Elle dépend de développements dans d’autres techniques, par exemple dans les techniques de la communication. L’innovation peut  reposer sur le développement des outils de communication, comme l’écran qui permet de diffuser largement des informations.

Chaque jour 1000 nouveaux cas de cancer

Les limites de l’innovation «  dure » s’imposent  d’autant plus que la recherche pourrait culminer. Il n’y aura pas de nouvelles ruptures thérapeutiques, les recherches coûtent cher, alors que des maladies se développent.

 «  Chaque jour en France, 1000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués.  Le vieillissement de la population explique cette augmentation. Or la population vieillissant demande davantage de soins », souligne Amaury Martin.

Bien sûr, les traitements ont  formidablement  progressé, puisqu’un cancer sur deux est guéri. «  Six cents traitements sont en cours d’expérimentation, mais les solutions ne viendront pas seulement de la recherche » alerte Amaury Martin.

La solution passe par le dépistage, la détection des maladies, et par la prévention. Par la prévention surtout, car le dépistage, même constamment amélioré, n’est pas infaillible. Il est  au point pour les cancers de l’utérus, du sein, du côlon, et il fait des progrès pour le cancer de la prostate. Mais le cancer du poumon, première cause de décès chez l’homme, deuxième cause de décès chez la femme, ne peut être dépisté.

Les résultats ne seront améliorés en termes de santé publique que  si les comportements changent vis-à-vis du dépistage et vis-à-vis de la prévention.  L’éducation à la santé, la communication doivent innover, pour améliorer la prise de conscience,  faire adopter une bonne hygiène de vie, toucher les personnes des milieux les moins préparés à un mode de vie sain !   La recette de la santé n’est pas que dans les laboratoires. Elle est aussi dans nos cerveaux.


[1] DeWeerdt S. Bacteriology : A caring culture. Nature 2013 Dec 19;504(7480):S4S5.

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