Auvergne-Rhône-Alpes

Antoine Quadrini (Conseil Economique Social et Environnemental Régional) : la pandémie montre nos fragilités

Pour le président du Conseil économique social, et environnemental régional (Ceser), la pandémie bouscule le fonctionnent de notre société, trop dépendante des seuls experts. La sortie de la crise et l’avenir viendront d’une participation de tous les citoyens, de la société civile organisée, capable de répondre à la crise sanitaire mais aussi à la menace de catastrophe écologique, sans quoi, c’est notre civilisation même qui est menacée.

En quoi l’épidémie de Covid-19 bouleverse-t-elle la société ?

La crise actuelle nous montre à quel point nous avons fait confiance aux experts. Nous avons cru à leurs explications sur le présent, à leur prévision, mais ils n’ont pas prévu ce qui arrive, qui montre notre incroyable fragilité. Nous ne pouvons faire confiance seulement aux experts. Nous devons les écouter, mais la société civile détient aussi ses experts. Au Ceser, les membres sont tous à leur manière des experts, de leur activité économique, de leur territoire, et tous ensemble, ils ont une expertise, celle de la société civile organisée.

Qu’est ce qui ne fonctionne pas dans notre société ?

Nous n’avons pas assez mis en avant les corps intermédiaires, que sont les syndicats, les représentants des entreprises, des salariés, du monde associatif. Ces corps intermédiaires ont été écartés.

Avec quelles conséquences ?

Nous avons vu, par exemple, les conséquences de cette relégation des corps intermédiaires lors du dossier des retraites. Une personnalité avait été chargée de mener la concertation, Monsieur Jean-Paul Delevoye(1), mais on a vu que cela ne suffisait pas. Il était nécessaire d’écouter les corps intermédiaires que sont les syndicats de salariés. A défaut de prendre en considération les corps intermédiaires, on a plongé le pays dans le désordre. Or si le Conseil économique et social et environnemental avait été saisi du dossier, il aurait largement discuté de la réforme, en amont, et une issue aurait été trouvée.

Comment ramener la confiance ?

Il faut rétablir la confiance dans notre démocratie représentative. Or, cette démocratie repose sur des bases fragiles. Une étude du Cevipof récemment publiée par l’Institut des Études politiques de Paris montre les différents degrés de confiance de nos concitoyens envers tel ou tel corps de notre société.

Les partis politiques ne recueillent la confiance que de 13 % de nos concitoyens, les syndicats seulement 31 %, les associations 67 %, les petites et moyennes entreprises 79 % et l’hôpital 87 %.

Cette étude monte que notre démocratie ne peut pas reposer sur les seuls scrutins, sur des représentants qui ne sont parfois élus, en fait, que par une minorité de la population, et qui bénéficieraient d’un chèque en blanc.

Nos élus sont très actifs, très dévoués partout sur nos territoires, mais le politique a besoin de s’appuyer sur la société civile, il a besoin de s’appuyer sur des institutions comme le Ceser, et les conseils locaux de développement qui représentent la société civile organisée. Et pour nous il n’est pas question de concurrence, l’heure n’est pas aux polémiques ou aux divisions, et nous devons nous rassembler ; c’est que ce m’a dit récemment le préfet de Région.

Ne faut-il pas réorganiser les pouvoirs locaux, les renforcer, eux qui sont justement les plus proches des habitants et des réalités de terrain ?

Évidemment. Notre organisation régionale et locale est très compliquée. Communes, intercommunalités, départements, régions : les strates se superposent sans forcément de cohérence, avec même parfois des concurrences.

Il faut aussi redonner aux collectivités ce lien avec les citoyens qu’est la fiscalité. Ce lien est rappelé par la Déclaration des droits de l’Homme qui insiste sur la participation de chacun au fonctionnement de la société en contribuant par l’impôt.

Or, la taxe d’habitation, qui n’était pas en soi une taxe juste, a été purement et simplement supprimée, faisant ainsi disparaître un lien entre les élus locaux et leurs concitoyens. Et pour les régions, qui connaît les impôts qu’elles prélèvent ? Cette ignorance est aussi pour beaucoup dans le manque de lien, dans l’éloignement.

1) Jean-Paul Delevoye a été président du Cese, Conseil économique, social et environnemental national.

 

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