Environnement

Catastrophe nucléaire: les conclusions pour la France

Il est trop tôt pour tirer des conclusions de la catastrophe japonaise pour la France. C’est ce qu’affirmait samedi, André Claude Lacoste, Président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire.

Trop sans doute sur le plan technique. Il est trop tôt pour connaitre le déroulement précis des évènements japonais, ce qui pose problème. Trop tôt pour connaitre l’impact du séisme et la part de risques sous-estimés prise par les autorités japonaises et l‘exploitant, quand ils ont décidé de construire des centrales dans une des régions du monde les plus soumises aux risques sismiques.

Reviendront dans les discussions, l’évaluation du risque sismique en France, les séismes de références et la question suivante : les séismes passés donnent-ils une idée des séismes futurs ? On discutera de la sécurité du parc nucléaire français par rapport au risque sismique, en insistant sur un contexte différent, et en rappelant que d’ores et déjà EDF a tenu compte de demandes de l’ASN pou renforcer ses mesures anti sismiques trop faibles.

On évoquera les faiblesses génériques de plusieurs réacteurs français dont les groupes électrogènes de secours présentent un défaut qui pourrait empêcher leur démarrage qui doit permettre en cas d’incident, de refroidir le coeur du réacteur. Tout cela remontera sur la place publique et c’est normal et c’est très bien.

Car il ne suffit pas on l’a vu au Japon, de mettre le cœur du réacteur directement à l’abri du risque sismique. En effet, le cœur du réacteur, comme un cœur humain, ne fonctionne bien que s’il est relié d’une manière fiable au reste de la machine. Or le problème de la centrale de Fukushima ne vient pas du cœur mais de la défaillance d’un système de refroidissement de secours qui n’a pas fonctionné. Il vient de systèmes périphériques mais vitaux qui ont montré leur fragilité. En France, la solution devrait venir d’un renforcement des équipements des centrales nucléaires en cours dans plusieurs centrales.

Mais ce n’est là qu’une partie du problème.

Ce qui reviendra dans le débat ce sont au moins deux points.

Le premier, c’est que le risque zéro n’existant pas, lorsqu’un grain de sable enraye la machine nucléaire, même un pays très avancé technologiquement n’est pas capable de maitriser un système qui localement déraille. On n’est jamais à l’abri d’une catastrophe locale.

Le deuxième point est le suivant. L’énergie nucléaire est un système extraordinairement centralisé et rigide dont le fonctionnement et les défaillances ont un impact social et économique important. Cette rigidité nucléaire dans laquelle s’est engagée la France a retardé d’énormes efforts en faveur de la maitrise de l’énergie, et retardé le développement d’énergies locales et renouvelables. Cette rigidité d’une production électrique concentre a fragilisé le pays lorsque des secteurs entiers ont été privées d’électricité après des tempêtes.

Le 9 mars, la fin du moratoire sur le photovoltaïque, donnait un coup de frein à la filière photovoltaïque française dénoncé par les professionnels du secteur. Anne Lauvergeon présidente d’AREVA, rappelait que le métier d’AREVA était la construction d’équipements complexes, le photovoltaïque ne faisant pas partie du métier du groupe.

Or, des moyens de productions d’énergie décentralisés ont été développés depuis que la France a choisi le nucléaire. Ces moyens encore marginaux, (photovoltaïque, éolien, biomasse) doivent être développés pour assurer l’indépendance énergétique et la sécurité d’approvisionnement. Pour assurer la sécurité tout court. La catastrophe nucléaire japonaise ne peut que relancer le débat énergétique en faveur d’énergies renouvelables, locales et sûres. Elle ne peut que relancer aussi des débats sur l’aménagement du territoire et l’urbanisation en mettant en avant l’importance d’une maitrise de la croissance urbaine.

michel.deprost@enviscope.com

 

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