Biotope

Georges Elzière, président du Club Alpin : la pratique naturelle de la montagne, expérience enrichissante

Comment expliquer l’évolution des rapports à la montagne quand certaines années le nombre de pratiquants parait diminuer, quand la fréquentation des refuges semble baisser ?


Il y a près de quarante à Toulouse où j’étais enseignant, lorsque je demandais quelle était la profession des grands-parents des élèves, une majorité répondait « paysan ». Aujourd’hui, le lien avec la nature a complètement disparu. Beaucoup de jeunes ne connaissent pas la campagne, encore moins la montagne. J’ai emmené des jeunes dans une sortie, dans les environs de Grenoble, et quand je leur demandais de fermer la barrière pour que les vaches ne sortent pas du pré, ils n’imaginaient pas que les vaches puissent bouger et sortir. Il faut recréer ce contact avec la nature. Le club Alpin s’occupe des activités sportives de montagnes, gère des chalets refuges, mais il a aussi la protection de l’environnement dans ses préoccupations depuis toujours.


Ceci dit la baisse est relative : si la fréquentation touriste estivale de montagne diminue, l’engouement pour certaines activités comme l’alpinisme hivernal, le ski de randonnée, la raquette ne faiblit pas, au contraire. De plus concernant la fréquentation dans les refuges elle stagne plus qu’elle ne baisse avec un taux de variation annuel de 1%.



Quelles initiatives avez-vous prises pour rendre la montagne plus accessible?


Nous avons pensé aux jeunes en lançant il y a quatre ans, les Ecoles de sport et d’Aventure. Ces 160 écoles dont 51 labellisées, encadrées par des professionnels ou des bénévoles qualifiés, forment chaque année 4000 jeunes aux techniques de la randonnée, de la montagne, de l’évolution en milieu naturel. Elles permettent à nos clubs de proposer pour les jeunes des activités périscolaires en contact avec la nature, qui associent l’apprentissage à l’évolution autonome en milieu de montagne.


Nous proposons aussi des activités pour les adultes de niveaux très différents, qui réunissent convivialité, mais aussi apprentissage et perfectionnement, ce qui permet à des pratiquants de venir préparer leur saison de ski ou leur saison en montagne, au contact de personnes qualifiées.


Nous avons engagé une politique tarifaire destinée à favoriser l’accueil en montagne et dans les refuges des jeunes et des familles. Un enfant de moins de 8 ans ne paie pas la nuitée, et un mineur de plus de 8 ans bénéficie d’une réduction pouvant aller jusqu’à 45%.


Comment conserver une vie associative qui réponde aux attentes de la société ?



Il faut faire évoluer les structures, ne pas rester figer dans la passé, en finir avec l’image parfois élitiste, voire fermée, que peut avoir le Club Alpin. Le Club Alpin, reconnu d’utilité publique, a joué à plusieurs reprises un rôle dans la création de structures qui permettent l’accueil en montagne, la randonnée, mais aussi de structures comme l’Union des Centre de Plein Air, l’UCPA.


Le Club a toujours cherché à rester indépendant, à perpétuer ses valeurs, de découverte de la montagne, mais aussi de responsabilité, de sécurité, de goût de l’effort, tout en évoluant pour répondre aux attentes de la société.


Le Club Alpin Français était autrefois un club national unique, doté de sections locales. C’est aujourd’hui une fédération , La Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne, dont les anciennes « sections » sont devenus des clubs dotés de la personnalité juridique. La fédération s’est structurée en comités régionaux et comités départementaux. Il y a quelques années, nous avons décidé d’améliorer le maillage du territoire en facilitant la création de clubs de proximité, plus favorables à une réelle vie associative. Le nombre de clubs affiliés à la Fédération est passé de 194 clubs en 2000 à 275 clubs en 2009.


Le Club Alpin Français, devenu Fédération française des Clubs alpins et de Montagne aspire à permettre la pratique de tous les sports en milieu de montagne, l’alpinisme, la randonnée, le ski sous toutes ses formes, la raquette, la descente de canyon, et l’escalade dans les conditions naturelles, sur le terrain de la montagne parce qu’ainsi pratiquées elles se révèlent l’occasion d’une expérience humaine enrichissante.


Recueilli par Michel Deprost


michel.deprost@enviscope.com


Pour en savoir plus sur le Club Alpin Français: www.clubalpin.com



VOIR AUSSI