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« La loi de transition énergétique est une vraie bonne nouvelle »

 

Au lendemain des annonces par la ministre de l’Ecologie du projet de loi, tant attendu par les professionnels du secteur, Enviscope a recueilli les premiers commentaires et réactions d’un spécialiste de la gestion de l’énergie. Olivier Cateura, PhD, est professeur de Management Stratégique à Grenoble Ecole de Management (GEM). Il est responsable du mastère spécialisé en Management & Marketing de l’Energie.

« C’est une vraie bonne chose, cela sort enfin, globalement cela va dans le bon sens ». Olivier Cateura, professeur responsable du mastère spécialisé « Management & Marketing de l’Energie » à GEM, est très positif sur le projet de loi que vient de dévoiler Ségolène Royal, ou plus exactement sur le fait qu’après plus d’un an et demi de réflexion, il était temps que cela sorte. Il précise tout de suite qu’il faudra voir comment les mesures s’appliquent de façon opérationnelle, ajoutant qu’elles nécessiteront également de la constance. Il rappelle que déjà il y a 10 ans, le même diagnostic avait été fait sur les besoins de soutien de la filière et que les efforts n’avaient pas été poursuivis.

Autre aspect important, pour Olivier Cateura, celui d’associer les territoires, les citoyens. Il évoque le cas du fournisseur d’énergie verte Enercoop[1], qu’il suit en Rhône-Alpes, exemplaire sur le plan de la responsabilité, des comportements, acteur d’une transition énergétique citoyenne. A l’opposé du territoire et de la proximité, il se demande « comment entrainer nos partenaires européens. Comment chacun peut-il montrer la voie et s’engager dans cette nécessité qu’est la transition énergétique ».

Modalités opérationnelles

Il y a aujourd’hui une logique d’opportunité pour les investissements dans les EnR. « Il n’y a pas que l’électricité, il faut diversifier les sources, la méthanisation, l’hydroélectricité, les hydroliennes… Grenoble a dans ce domaine avec HydroQuest[2]un acteur important. Il faut également penser à l’éolien, au photovoltaïque, qui ont été fragilisés. Ce qui nous a manqué c’est la constance. »

Les marges de manœuvre existent. Il faut développer l’autoconsommation, en liaison avec les territoires et s’intégrer dans les réseaux locaux. Olivier Cateura cite l’exemple des communes de Voreppe et Coublevie dans le Pays voironnais, qui se sont associées pour créer un réseau de chaleur biomasse[3]. « Cette expérience prend du sens, on s’associe pour réduire les coûts d’achat. Il y a des identités possibles de Région à Région. La logique girondine est trop lourde à mettre en place ».

Bâtiment, véhicule électrique, domaines d’application

Dans le secteur du bâtiment, le professeur de GEM retient le volet efficacité. Les équipements et les outils existent, ce qu’il faut c’est faire évoluer les comportements, développer la formation des entreprises. « La volonté vient du secteur des bâtiments publics. C’est bien. La Caisse des Dépôts est le bras armé. La ministre amène de l’énergie, de la volonté, mais il faut de la constance » rappelle-t-il à nouveau.

Pour le véhicule électrique (VE), la réalisation d’objectifs ambitieux repose sur des effets de volume, ceux engendrés par les flottes des services publics et des entreprises. Faisant référence à Citélec Grenoble dont GEM fait partie, l’association qui développe la mobilité électrique, Olivier Cateura indique que l’enjeu c’est le déploiement des bornes de recharge. « Il faut rassurer le consommateur, l’amener à tester les véhicules, dans des déplacements professionnels par exemple ». Il ajoute que « s’il y a mutualisation des véhicules électriques, on va pouvoir lever les verrous liés au financement, dans une logique collective ».

Au final, la raison voudrait que l’on prenne dans l’enveloppe des 65 milliards d’euros que nous consacrons aux importations d’énergies fossiles, pour réduire la facture et relocaliser l’emploi. La tendance est annoncée, « en tant que citoyens allons-y plus vite, plus fort, en intégrant l’Europe et les territoires. »

Propos recueillis par antoine.reboul@enviscope.com

 


[1] Enercoop, société coopérative nationale de fourniture d’énergie exclusivement décarbonée (photovoltaïque, éolien, hydraulique,…), vient d’annoncer qu’en plus d’être verte l’électricité qu’elle fournit à ses clients rhônalpins est produite en totalité dans la région.

[2] Le projet Hydrofluv, piloté par le grenoblois HydroQuest a été retenu par l’appel à projet (FUI) de mars 2013. En mai 2014, le consortium, constitué par les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN), HydroQuest et Groupe Valorem, ont déposé un dossier de candidature pour l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) « Énergies marines renouvelables – Fermes pilotes hydroliennes ».

[3] Voreppe et Coublevie ont créé une régie commune, confié à Dalkia et EDF Optimal Solutions le soin de monter et d’exploiter le futur réseau de chaleur biomasse (plaquettes bois produites dans un rayon maximum de 80 km). En 2015, plus de 800 logements et une quarantaine de bâtiments collectifs, publics et privés, seront chauffés et alimentés en eau chaude sanitaire par le réseau.

 

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