Construction et aménagement

La qualité d’usage des bâtiments, en débat à la Biennale de l’Habitat Durable de Grenoble

Comment conjuguer performance énergétique des bâtiments et confort d’usage pour les habitants, face à l’évolution de la société et de ses comportements, mais aussi face au changement climatique, tel était le sujet d’un des plateaux de la Biennale de l’Habitat Durable, qui se tenait les 9, 10 et 11 avril.

Sur le plateau TV de la Biennale de l'Habitat
Sur le plateau TV de la Biennale de l’Habitat Durable, installé au centre de l’éco-quartier de la Caserne de Bonne, Nathalie Croisé de BFM Business fait témoigner les différents intervenants sur l’usage et la performance des bâtiments. De gauche à droite : Etienne Vienot (RAEE), Patrick-Yann Dartout (Vivapolis), Valérie David (Eiffage), Philippe Van de Maele (Bouygues Construction) et Michel Ida (Ideas Lab). [Photo Enviscope]

De façon directe, Valérie David, directrice du Développement durable d’Eiffage, pose les enjeux du débat.

« Le bâtiment performant on sait faire. Ce qu’il faut c’est raisonner au niveau du quartier, gérer la ressource en eau, envisager des épisodes de pluies torrentielles, étudier les déplacements, intégrer les questions environnementales en plus des mutations sociologiques ».

Ces mutations se sont accélérées : accroissement de la longévité, familles mono-parentales[1], mutation de l’emploi, l’accompagnement de ces évolutions ne peut être linéaire. D’autant que ces évolutions se produisent simultanément à une très forte urbanisation de la population, ajoute-t-elle. Ce sont 70 millions de citadins en plus chaque année dans le monde. La ville devient le creuset de cette double mutation climatique et sociologique.

La technologie n’est pas la seule solution

Pas si évident de prendre en compte les deux phénomènes. On le constate, la technologie ne peut être l’unique réponse.

La domotique, par exemple, peine à se développer pour des questions d’acceptation des gens explique Michel Ida, directeur de l’Ideas Laboratory du CEA. En opposition avec l’approche techno-push, avec sa double casquette d’ingénieur et d’artiste, il est de ceux qui préconisent d’associer les utilisateurs en amont de tous les projets. Ce sont eux qui suggèrent les solutions viables, et ainsi passer du rêve à la réalité.

Etienne Vienot, chargé de mission à Rhône-Alpes Energie Environnement, confirme cette version. « Les performances des bâtiments sont rarement atteintes, et la tendance est de considérer que c’est à cause des occupants. En réalité il faut travailler sur les comportements et mettre l’individu au centre de la problématique ». Il faut intégrer les utilisateurs dans le processus. Citant le cas d’écoles ou de maisons médicales, il suggère de co-rédiger le livret-utilisateur avec les occupants.

Acceptabilité et qualité d’usage

L’enjeu de l’acceptabilité par ceux-ci n’est en effet pas simple, explique également Philippe Van de Maele, directeur Innovation et Construction durable de Bouygues Construction.

Il travaille sur le démonstrateur ABC (Autonomous Building for Citizens), un bâtiment de 90 logements totalement autonome, dont la construction est projetée sur la presqu’ile à Grenoble. Il devrait produire et stocker son énergie, être autonome en eau, récupérer et valoriser ses déchets. C’est un vrai casse-tête technologique et réglementaire, mais l’enjeu est également dans l’acceptabilité des occupants.

Avec Grenoble Habitat, partenaire de l’opération, ils ont commencé à tester les concepts. Si l’idée d’un espace commun, de jardins, voire de chambres d’amis partagées, semble passer, c’est étonnamment la buanderie mutualisée, qui parait poser problème.

La ville durable française s’exporte

Sur ces questions et les façons d’y répondre, les entreprises françaises sont en pointe. Valérie David, évoque le projet Astainable, contraction d’Astana capitale du Kazakhstan et de « sustainable », qui sera officiellement présenté par Eiffage le 20 mai prochain.

Ce simulateur de la ville durable est appliqué au cas précis de la ville d’Astana. Elle subit de fortes amplitudes de températures, mais aussi une très forte urbanisation avec les conséquences qui en découlent sur la pollution, la qualité de vie, les embouteillages. Le démonstrateur doit être à même de diagnostiquer les problèmes, proposer des solutions et les mettre en images.

Les solutions françaises s’exportent aussi à travers la marque Vivapolis, qui fédère à l’international les acteurs publics ou privés, qui veulent promouvoir les modèles français d’aménagement durable. Ces modèles sont appréciés des étrangers, pour qui la France représente une qualité de vie commente Patrick-Yann Dartout. Vivapolis s’appuie sur les éco-quartiers et les réalisations de villes comme Lyon, Grenoble ou Nantes.

Ces concepts de villes durables à la française font certainement plus envie que certaines mégalopoles américaines ou asiatiques.

antoine.reboul@enviscope.com

 

 

[1] Un divorce génère en moyenne un besoin supplémentaire de 0,7 logement.

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