Énergie

Hydroélectricité : un projet du gouvernement qui dérange

Le gouvernement, s’apprêterait à annoncer instaurer des SEM (Société d’Économie Mixte) dont l’actionnariat serait réparti à 51 % public et 49 % ouverts  à des opérateurs européens au travers d’appels d’offres. Ballons d’essai destinés à tester les réactions du secteur de l’énergie, des partis, des syndicats, ou véritable intention, il est difficile de savoir.

Il fallait que le Gouvernement trouve des réponses aux  obligations européennes d’ouvrir le secteur de l’hydroélectricité à la concurrence européenne pour permettre à des opérateurs des 27 pays de l’Union d’exploiter les aménagements hydrauliques français, parmi les plus importants de l’Union.

Deux schémas avaient été imaginés pour les remises des concessions : la mise en concession des ouvrages, puis la mise en concession, dans un souci de cohérence industrielle de vallées entières. Mais les résistances sont fortes en France devant cette concession à des exploitants étrangers.

Des sociétés d’économie mixte

Le Gouvernement met sur la table une nouvelle formule un peu compliquée. Des sociétés d’économie mixte seraient créées au sein desquelles les capitaux publics seraient majoritaires, et les capitaux privés minoritaires. Les capitaux publics seraient détenus par l’État ou des collectivités. Le reste du capital serait vendu, sur appels d’offres à des investisseurs, notamment étrangers.

Le montage est complexe sur le plan financier. La nouvelle organisation risque de poser des problèmes d’organisation. «  Si une telle proposition se concrétisait, la FNME CGT y serait radicalement opposée. Celle-ci n’est ni plus ni moins qu’une privatisation partielle de la production hydraulique française. On connaît la suite ! » explique la Fédération des Mines et de l’Energie de la Confédération.

Le syndicat est prudent, rappelle Robert Gerenton, de la Fédération de l’Energie CGT, en poste dans l’Unité Alpes d’EDF dans la basse vallée de l’Isère.

Robert Gérenton rappelle qu’en 2005, la privatisation de la SHEM (Société Hydroélectrique du Midi, ex-SNCF) et le transfert de l’exploitation du Rhône d’EDF à la CNR a créé une relation concurrentielle entre les opérateurs.

Robert Gérenton souligne les conséquences techniques et économiques de cette séparation de la gestion et des ressources humaines. Les 1 700 hydrauliciens de la CNR ont été «  exclus » de la formation professionnelle exclusivement dispensée par EDF. La nouvelle situation a limité la mobilité inter- entreprises.

Risques sur le maintenance et l’ingénierie

Le schéma prêté au Gouvernement remettrait en cause l’égalité de traitement des salariés. Robert Gérenton souligne aussi les risques que ferait planer une telle organisation sur la maintenance, réalisée par des équipes spécialisées de techniciens et d’ingénieurs, qui aujourd’hui se déplacent d’un site à l’autre d’EDF. La question se pose aussi de la recherche, de l’innovation en hydraulique. Comme la question de l’ingénierie, activité exercée  par 1 900 spécialistes, installés notamment à Grenoble et au Bourget-du-Lac.

A terme, la CGT entrevoit une perte de contrôle sur les entreprises d’électricité. La Compagnie Nationale du Rhône, dont la répartition de l’actionnariat est à ce jour, 49,97% GDFSUEZ/50,03 % publics, aurait pu rappelle la CGT, à plusieurs reprises, et de façon sournoise, basculer à la faveur de l’actionnariat privé sans la vigilance et la mobilisation des salariés et de la FNME CGT.

La FNME CGT lors de son audition par la mission parlementaire Hydroélectricité a par ailleurs attiré l’attention sur les conséquences d’un nouvel éclatement du parc hydraulique.

michel.deprost@enviscope.com

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