Le Collectif “Sciences-Technologies-Actions” mobilise contre les adversaires de la science

Le Collectif “Sciences-Technologies-Actions” (STA) a été  créé il y a quelques jours à l’initiative plusieurs scientifiques qui déplorent que l’expertise scientifique soit souvent oubliée dans les prises de décisions politiques. La liste des signataires figure en fin de l’article dont le texte est reproduit intégralement.

L’objectif du Collectif est de sensibiliser les décideurs de tous niveaux à l’importance des avis scientifiques lors des prises de décision. Notre société fait de plus en plus appel à la technologie.dans tous les domaines, et il importe que la voix des opposants de tous poils, jouant sur les peurs collectives n’impose des décisions déraisonnables, contraires à l’intérêt général.

Il y a un an, a été adoptée à l’Assemblée Nationale une “Résolution sur les sciences et le progrès dans la République”, à l’initiative de Bernard Accoyer (LR) et Jean-Yves Le Déaut (PS), une proposition également déposée par Dominique Orliac (PRG).

Ce texte rappelle “que la France, héritière d’une longue tradition scientifique, rationaliste et de la philosophie des Lumières, a toujours incarné le progrès et la science au service de l’humanité”. Il affirme « que la recherche scientifique et technologique constitue un élément indispensable à la compétitivité de la France au niveau européen et même mondial ».

Ce texte a été voté à l’unanimité par les trois groupes qui l’ont déposé. On notera cependant que certains ont trainé les pieds…, et que les extrêmes du Parlement n’ont pas pris part au vote. Ainsi, dans la République Française, tous ne considèrent plus la science comme un bien public (une Res Publica). La déconstruction postmoderne des « valeurs de la république » est à l’œuvre aussi dans le domaine scientifique et technique. Bien sûr, il est possible de faire un mauvais usage des découvertes scientifiques, comme de tous les outils à la disposition de l’humanité. Faut-il pour autant renoncer au progrès ?
Nous constatons d’autre part, avec les auteurs de cette Résolution, “que l’expertise scientifique n’est plus assez prise en compte dans les processus de la décision politique”. Les exemples abondent de renoncements des décideurs publics devant un obstacle médiatique, en contradiction flagrante avec les faits scientifiques.

La France isolée dans l’Europe agricole

C’est par l’application de tels procédés que la France s’est isolée dans l’agriculture européenne. Le gouvernement français ne fait pas confiance à ses propres comités d’homologation et de régulation des nouveaux produits, etc., n’écoute pas les recommandations de ses propres conseillers scientifiques et ni les experts agronomes de ses services publics comme l’ANSES, l’INRA, ou encore les Académies.

Dans l’affaire du glyphosate, par exemple, ce ne sont pas les avis sur le caractère non-cancérigène de l’herbicide provenant d’une dizaine d’agences dans le monde, y compris européennes, qui ont prévalu, mais le classement scientifiquement marginalisé d’une agence de l’OMS (contredite par d’autres structures de l’OMS). ( NDLR: l’Agence internationale contre le Cancer, basée à Lyon).  Tout se passe comme si les décideurs publics ne pouvaient que s’aligner sur les marchands de peur et les idéologues.
Il est inquiétant que des tractations politiciennes se fassent sur le dos de telle ou telle technologie. En 2007, l’interdiction de la culture des maïs transgéniques (qui s’auto-protègent contre certains insectes ravageurs en respectant l’environnement) a été entérinée suite à un accord du gouvernement avec des groupes « écologistes » avant même le début des débats du Grenelle de l’environnement.

Dans la même veine, en novembre 2011, un accord électoraliste entre Europe Écologie-Les Verts et le PS, prévoyait la « fermeture progressive de 24 réacteurs [nucléaires] » et un « arrêt immédiat de Fessenheim » en cas de victoire à la Présidentielle de François Hollande en 2012.
Le gouvernement actuel persiste à vouloir fermer cette centrale, alors que cela obligera la collectivité nationale à dépenser au moins 1 milliard d’euros de plus chaque année pour son électricité (en comparaison avec sa prolongation à 50 ans). Cela est déraisonnable dès lors que la sûreté nucléaire n’est pas le motif de fermeture. En outre, remplacer du nucléaire par des centrales à cycles combinés à gaz ferait perdre une partie de l’indépendance énergétique française (qui est déjà actuellement inférieure à 50%), accroîtrait le déséquilibre de notre balance des paiements et augmenterait nos émissions de gaz à effet de serre.
Nous sommes consternés que la question des « perturbateurs endocriniens » (sujet scientifique complexe) devienne sujet électoral, que les gouvernements s‘alignent sur une certaine phobie de la « chimie », que la simple exploration d’hydrocarbures dans le sous-sol soit interdite, qu’une installation d’antenne-relais puisse être interdite suite à des campagnes de désinformation, etc.

L’action  pour la vaccination saluée

On saluera cependant l’action d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé, sur la vaccination. Elle s’est appuyée sur l’expertise scientifique et a dénoncé toutes les fausses informations, avant de prendre sa décision (qui reste politique).
Néanmoins, un an après le vote de cette Résolution rien n’a changé sur le fond. Le régime de la « post-vérité » – mélange de mensonges, de manipulations et de pseudo informations – a même gagné du terrain dans le domaine scientifique et technique. Nous appelons les décideurs publics à cesser le déni de réalité, pour éviter que la France ne glisse vers le déclin. La Résolution invitait à « donner plus d’importance aux études et rapports de l’OPECST dans l’élaboration et le suivi des politiques qui impliquent la science ou ses applications ». Cela ne suffit pas : compte tenu du faible niveau scientifique de trop de parlementaires, un sursaut civique dans la population est nécessaire. Il doit mobiliser les scientifiques, les ingénieurs, les techniciens, les intellectuels, les agriculteurs et tout citoyen qui se sent concerné par cette perte de légitimité de la France dans l’avancée des savoirs et des techniques. Le Collectif Science-Techniques-Action (https://sciencetechaction.tumblr.com/) a été créé dans ce but :  d’aider à remettre les arguments scientifiques rationnels au cœur de la décision politique.

Les signataires :

Albert Amgar, dirigeant retraité d’une entreprise de services aux entreprises alimentaires.

Michelle Archimbaud, docteur es sciences.

Bernard Auxenfans, membre de Stanford university alumni.

Brigitte Axelrad, professeur honoraire de philosophie et psychosociologie.

Laurent Berthod, ingénieur agronome.

Chris Bowler, coordinateur scientifique de Tara Oceans.

Francois-Marie Bréon, physicien-climatologue.

Bertrand Cassoret, Ingénieur et Docteur en génie électrique.

Philippe Charlez, ingénieur spécialiste des ressources non conventionnelles et de la transition énergétique.

Didier Crépin, ingénieur, sécurité nucléaire et environnement.

John Davison, Directeur de Recherche (retraité).

Christophe d’Hulst, professeur des universités.

Jacques Duran, physicien.

Bernard Durand, géologue et géochimiste des combustibles fossiles.

Gidali Gutner, ingénieur nucléaire et thermodynamique à la retraite.

Dominique Greneche, docteur en physique nucléaire.

Philippe Joudrier, directeur de recherches retraité.

Jean-Pierre Jacquot, professeur des universités, membre senior de l’Institut universitaire de France.

Philippe Hansen, rédacteur de énergie-crise.fr.

Gérard Kafadaroff, fondateur de l’Association française des biotechnologies végétales.

Jean de Kervasdoué, professeur émérite du CNAM et membre de l’académie des technologies.

Marcel Kuntz, biologiste.

Vincent Laget, ingénieur.

Isabelle Lagroye, Enseignant-chercheur, Experte en bioélectromagnétisme.

Jean-Michel Ortega, directeur de recherches émérite.

Léon Otten, professeur des universités.

Gérard Petit, cadre supérieur retraité du secteur de l’énergie.

Anne Perrin, Expert-conseil risques électromagnétiques.

Sébastien Point, docteur-Ingénieur en physique, chercheur industriel.

Francis Quétier, professeur des universités.

Sébastien Richet, ingénieur.

Claude Ringot, ingénieur retraité.

Jean Pierre Riou, retraité de l’éducation nationale.

Michel Simon, citoyen, maire honoraire, chevalier de la Légion d’honneur.

Philippe Stoop, docteur-ingénieur en agronomie.

Guy Vallancien, membre de l’Académie nationale de médecine.

Max Verdone, ingénieur retraité.

Jean-Philippe Vuillez, professeur d’Université-Praticien Hospitalier (CHU).

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