1. Accueil
  2. >
  3. Actualités
  4. >
  5. Mobilité
  6. >
  7. Eliane Giraud (Rhône-Alpes)...

Eliane Giraud (Rhône-Alpes) : le Lyon-Turin ne devra pas pénaliser la modernisation ferroviaire

La Déclaration d’Utilité Publique des accès français du Lyon Turin ne règle pas la question du financement. Or ce dernier dans le contexte actuel semble difficile. Comment la Région entend-elle tenir ses engagements  dans le dossier Lyon Turin et les  objectifs d’amélioration du réseau régional ?

La DUP marque une étape importante dans le processus juridique du projet Lyon-Turin. Elle permet d’arrêter le tracé des accès français et d’engager les procédures d’acquisition des terrains nécessaires. Rappelons que lors de l’enquête publique qui a eu lieu en 2012, la Région avait émis un avis favorable adopté par l’ensemble des groupes de la majorité et l’UDC et une abstention de Europe Ecologie les Verts et un vote contre du FN.

Aujourd’hui, le financement du tunnel international de 57 km est en cours de finalisation, puisque la loi de ratification sera présentée à l’Assemblée nationale, puis au Sénat prochainement. La Commission européenne a adopté un budget transports permettant d’apporter les 40 % de financement attendus pour la traversée des Alpes, les 60% restant étant à la charge des deux Pays : l’Italie pour 57,9 %, qu’elle vient de confirmer récemment et la France pour 42,1%.

La Commission Mobilité 21, a considéré dans son rapport que le tunnel transfrontalier restait un engagement prioritaire des deux Etats français et italien. Dans un souci de réalisme budgétaire, elle a classé les accès français en secondes priorités, avec une réalisation étalée dans le temps, en fonction de l’horizon de saturation des lignes actuelles. Rappelons qu’elle propose que cette question soit régulièrement revue. La Région Rhône-Alpes, les Départements de l’Ain, du Rhône, de l’Isère, de la Savoie et de la Haute-Savoie et les principales agglomérations de Lyon, Grenoble, Chambéry, Annecy et Aix-les-Bains, notamment, s’étaient  tous engagés en 2007 à travers un protocole d’intention de financement.

Rappelons que, l’entretien courant de ce réseau relève de la responsabilité de Réseau Ferré de France et de l’Etat. En ce qui concerne l’amélioration du réseau régional les discussions vont s’engager avec l’Etat pour préparer le volet mobilité du prochain Contrat de plan : c’est dans ce cadre que seront définis les montants financiers qui y seront consacrés.

Quel est le rythme d’investissements pour le réseau régional, quel serait le rythme d’investissements pour le Lyon-Turin ?

Chaque année le budget de la Région est de 400 M€ en fonctionnement et 200 M€ environ en investissement.

La Région a ainsi réaménagé la plupart des gares Annecy, Saint-Etienne, Roanne, Ambérieu, Bourg-en-Bresse, Romans, et à venir Grenoble et Chambéry, pour un budget de 18 M€ par an tout au long du Contrat Etat-Région 2007-2013.

Elle a renouvelé ou rénové son parc de matériel pour 100 M€ par an en moyenne soit près de 1,3 milliard d’euros depuis 10 ans et investi dans la modernisation des infrastructures comme notamment l’électrification et le doublement sur le sillon alpin sud (Valence-Grenoble-Chambéry) pour 180 M€ sur 540 M€ de travaux, mais aussi le CEVA (liaison ferroviaire Cornavin-Eaux Vives-Annemasse). Mais je vous rappelle que l’entretien du réseau régional est de la responsabilité de Réseau Ferré de France.

Pour ce qui concerne le Lyon-Turin, le rythme des investissements dépendra de celui de l’Etat et du traitement indispensable du Nœud Ferroviaire Lyonnais.

Bien que le projet soit figé par la DUP, comment est-il possible de trouver une cohérence, sur le plan technique et sur le plan du calendrier, avec les priorités de la Région, sur l’axe Chambéy-Annecy ?

Ce qui est figé dans la DUP, c’est le tracé et les caractéristiques techniques des accès français du Lyon-Turin. Ces accès  permettront aussi d’améliorer les dessertes TGV entre Paris, Chambéry et Annecy. La modernisation de la ligne Chambéry-Annecy est aussi la poursuite de ce qui s’est fait sur le sillon alpin sud entre Valence et Grenoble ; c’ est l’un des projets prioritaires, que la Région souhaite examiner dans le cadre de la préparation du volet mobilité du futur Contrat de plan Etat-Région.

Ces deux projets sont compatibles au plan technique, puisque les accès français du Lyon-Turin permettront d’éviter un rebroussement vers Chambéry pour les trains Lyon-Annecy les rendant plus performants en termes de temps de parcours.

Comment des projets d’amélioration,  comme Lyon-Ambérieu, Lyon-Chambéry, Grenoble-Gap, pourront-ils être réalisés ?

Il ne faut pas opposer le Lyon-Turin et les projets régionaux. En effet, les accès français du Lyon-Turin vont notamment permettre d’améliorer la circulation des trains entre Lyon et Chambéry en « doublant » la voie unique de 43 km entre Saint-André-le-Gaz et Chambéry, qui pénalise tant l’accès au sillon alpin et aux Savoies.

Sur les lignes comme Grenoble-Gap ou Valence-Die, nous ne pouvons que constater que Réseau Ferré de France n’a pas mis les budgets de maintenance suffisants. C’est un problème important que nous partageons avec Paca. J’ai pris l’attache de mon homologue et nous avons convenu de travailler ensemble sur cette question, qui porte plus globalement sur la desserte des zones des Hautes-Alpes et l’accès à la montagne par les réseaux nationaux. Il faut sécuriser les TER qui circulent sur ces lignes, car ils y jouent un rôle majeur pour l’aménagement des territoires en zone de montagne.

Pour la ligne Lyon–Ambérieu, Réseau ferré de France (RFF) nous a informé qu’il allait mener des travaux de renouvellement des voies et ballast en 2014.

Pour  obtenir une meilleure efficacité du TER, la Région ne doit-elle pas ouvrir ce dernier à la concurrence, ce que l’Allemagne a progressivement réalisé, en améliorant les services, la fréquentation, l’emploi, et en réduisant les subventions publiques ?

La Loi a prévu que l’ouverture à la concurrence pour l’exploitation des TER ne pourrait pas avoir lieu avant 2019. D’ici là, la Région devra établir une nouvelle convention avec la SNCF, l’entreprise publique nationale.

L’enjeu sera bien de trouver comment, ensemble, nous pourrons offrir plus de services de qualité, attirer plus de voyageurs, tout en maîtrisant la contribution financière de la Région.  Les Régions ne sont pas entrées dans le débat de l’ouverture à la concurrence, elles en ont uniquement pris acte.

Comment la Région peut-elle inciter au report modal ?

Pour les voyageurs, la Région participe activement à améliorer les services TER, proposer des trains plus confortables et plus performants, des gares plus accueillantes, des tarifs plus attractifs et mieux adaptés.

Reste à la SNCF à faire arriver les trains à l’heure et assurer les services nécessaires aux rhônalpins. Depuis 10 ans ce sont 50 % de voyageurs en plus que le TER Rhône-Alpes transporte. De plus, la Région travaille avec ses partenaires urbains pour améliorer l’intermodalité et proposer, comme à Lyon, des tarifs combinés répondant aux attentes des voyageurs (Pass T-libr) ou des bouquets de services plus complets, avec le projet de Pass-mobilité à Grenoble. Les modes de déplacements dits doux sont également pris en compte dans les actions menées au titre de l’écomobilité.

Sur les marchandises, notre engagement en faveur du Lyon-Turin est bien-sûr lié à une volonté d’augmenter le report modal. Même si le fret ferroviaire relève d’abord de la compétence de l’Etat, qu’il peut inciter à se développer à travers la réglementation, les dispositifs d’incitation tarifaires, la réalisation d’une infrastructure comme le Lyon-Turin est la possibilité d’enfin proposer un service de qualité à un coût compétitif pour améliorer les conditions de nos échanges entre la France et l’Italie.

L’Italie est notre deuxième partenaire économique comme nous sommes le sien. C’est l’enjeu européen du Lyon-Turin de fluidifier et développer le fret ferroviaire à travers les Alpes et entre l’Ouest et l’Est de l’Europe. Ce projet est de plus un projet écologique majeur, qui permettra de diminuer les nuisances environnementales pour les populations des vallées alpines, une vraie nécessité de santé publique.

Enfin, dans un souci de cohérence, la Région qui doit avoir de nouvelles compétences de matière économique, ne doit elle pas s’intéresser au fret ferroviaire, en particulier aux plates formes industrielles, à des opérateurs ferroviaires locaux ?

Dans le cadre de la loi de décentralisation et de réforme de l’action publique, la Région devrait avoir un rôle affirmé de chef de file dans le domaine de l’Economie. Mais d’ores et déjà l’action de la Région en faveur du fret ferroviaire passe par la réalisation du Lyon-Turin, le soutien à l’Autoroute Ferroviaire Alpine et toutes les opérations qui permettront d’améliorer, fluidifier nos échanges à travers les alpes avec l’Italie. C’est important pour Rhône-Alpes, pour la France et pour l’Europe.

Vous me parlez d’élargissement des compétences de la Région, nous y sommes favorables mais à la condition d’avoir les moyens de les porter.

Propos recueillis par michel.deprost@enviscope.com

Eliane Giraud a répondu par écrit aux questions posées par écrit, par Enviscope.

LinkedIn
Twitter
Email

à voir

Related Posts

Mag2lyon numéro 163
Lire la vidéo
Lire la vidéo
Lire la vidéo

Derniers articles publiés

Enquêtes

Reportage Vin 31

Dossiers

Territoires

Environnement

Energie

Mobilité

Médiathèque

économie

économie durable

bioéconomie

économie circulaire

Construction et aménagement

Recherche

Bienvenue !

Connectez-vous à votre compte

Récupérez votre mot de passe

Veuillez entrer votre nom d'utilisateur ou votre adresse e-mail pour réinitialiser votre mot de passe.