Bioéconomie

Michel Dantin, Député européen: l’Europe joue son indépendance alimentaire

Comment la politique agricole commune doit-elle évoluer?

Il y aune dizaine d’années, le budget européen de la PAC, la Politique Agricole Commun avait été fortement réduit à la demande du premier Ministre britannique, Tony Blair. Un rendez-vous était  prévu à mi-parcours pour éventuellement réduire les moyens de la PAC Finalement au moment du rendez-vous les moyens de la PAC ont été accrus.

Aujourd’hui la situation de l’Europe a encore évolué. Des pays émergents sont demandeurs de matières premières pour nourrir leur habitants, c’est le cas de l’Inde, et de la Chine qui a acheté 49% du soja sur le marché mondial. D’autres pays conservent leurs productions pour leurs besoins propres : le Brésil conserve sa canne à sucre pour produire de l’éthanol, l’Argentine conserve sa viande pour ses habitants. Le prix du sucre qui était de 400 euros la tonne a bondi à 700 euros.

La question qui se pose à l’Europe est celle de son indépendance alimentaire. Nous en sommes revenus à ce qui a été à l’origine de la PAC qui signifiait Politique Alimentaire Commune. L’Europe était largement dépendante, à hauteur de 80% de  son approvisionnement. L’Europe doit agir pour sa sécurité alimentaire.

Quelle est place de l’agriculture par rapport à l’agroalimentaire?

L’agriculture doit fournir l’industrie agro-alimentaire, mais elle doit aussi fournir directement les marchés et apporter des produits aux consommateurs.

Comment faire évoluer les aides européennes?

Les aides européennes sont accordées aux entreprises et non aux personnes, mais on constate que des entreprises agricoles bénéficient d’aides importantes.

C’est  le cas d’exploitations  qui se trouvent dans des conditions de fonctionnement très favorables sur le plan du sol et du climat, et qui ont une taille telle qu’elles doivent pouvoir trouver, par des économies d’échelle, une rentabilité. Si de telles entreprises ne trouvent pas de rentabilité, c’est un problème.

Il faut reconnaitre qu’au sein même de l’agriculture européenne, de grandes distorsions existent, même entre des grandes exploitations de pays de l’Ouest, et des exploitations issues des anciennes fermes collectives privatisées, en particulier dans les pays danubiens, où des exploitations dépassent 50 000 hectares.
Le Parlement devrait donc proposer une dégressivité des aides européennes à partir de 100 000 euros d’aide, puis un maximal de 300 000 euros d’aides.

Comment résoudre la question des distorsions sur le plan des règles concernant les phytosanitaires?

Des distorsions se sont créées entre plusieurs pays, notamment la France, l’Espagne, et l’Italie, quand des molécules autorisées par un Etat ne l’étaient pas dans un autre. Une nouvelle règle a été mise en place à partir de 2009, qui prévoit qu’une molécule autorisée dans un pays, pour une zone biogéographique, l’est automatiquement dans un autre pays pour la même zone biogéographique. Cette règlementation se met progressivement en place.

Comment régler la question des impasses agronomiques, après l’abandon de certaines molécules, constatées pour certaines cultures, comme la lavande?

L’Europe compte en effet plusieurs cultures confrontées à ces impasses, pour des cultures  relativement peu importantes en volume d’un point de vue européen. Ces cultures ne bénéficient pas de recherche privée de la part de grands groupes, aussi la recherche publique doit prendre le relais.

Mais la recherche publique dans ce domaine, en Europe, n’est pas assez puissante, tous les pays ne disposent pas d’un institut comme l’INRA qui a été le moteir de l’innovation agricole en France. Mais on peut imaginer que la recherche publique se penche sur des molécules déjà autorisées, dont certains usages pourraient être élargis.

Recueilli par michel.deprost@enviscope.com

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