Construction et aménagement

Entretien avec Marie Odile NOVELLI : Le logement a besoin d’innovation environnementale et sociale

Vous vous êtes rendue récemment à Genève pour visiter une coopérative de logement. Les coopératives sont une solution pour le problème du logement ?


Nous avons visité une coopérative d’habitants qui possède et gère une cinquantaine de logements, qui comportent des équipements solaires sur le toit, mais aussi des parties communes, comme des chambres pour recevoir des personnes de passage, un atelier, une buanderie… La coopérative est une coopérative faitière, qui construit et possède les logements. Les coopérateurs sont coopérateurs de cette coopérative faitière et des associations qui gèrent les immeubles.


La solution coopérative est évidemment plus économique dans une agglomération où la demande est très forte et les prix très élevés et ou les trois quarts des habitants sont locataires. Ce type de solution répond au besoin de plus en plus exprimé de prendre en main la question de logement, de la gérer eux-mêmes, de s’y impliquer, entre autres pour des raisons de coûts.


L’accès au logement est devenu un problème crucial en Rhône-Alpes aussi, avec un doublement des prix en dix ans et environ 300 000 Rhônalpins mal logés. L’habitat recouvre d’autres enjeux que le simplement logement. Il touche l’économie avec la capacité de créer des emplois, l’environnement par les aspects énergétique et climatique, de santé avec les matériaux sains, et le social, comme mode de vie. C’est pourquoi bien qu’elle n’en n’ait pas la compétence la Région Rhône-Alpes s’investit pour développer une offre accessible à tout et stimuler l’innovation. Nous avons consacré près de 30 millions d’euros au logement en 2008.


Les coopératives d’habitants se développent-elles en Rhône-Alpes ?


Il y a une expérience ancienne, qui date de l’après-guerre et du besoin de construire, avec les mouvements des Castors, puis le mouvement est retombé. La forme coopérative suscite un regain d’intérêt depuis quelques années, car elle permet par l’implication des personnes une sensible baisse des coûts en même temps qu’un enrichissement social. On peut citer des initiatives comme celles d’HABICOOP, qui accompagne un projet de Village Vertical à Villeurbanne, un projet à la Duchère, un projet à Confluence et d’autres projets dans plusieurs villes de Rhône-Alpes. Une société coopérative comme Rhône Saône Habitat renoue avec ses racines et son savoir lui permet de s’impliquer dans des projets. Le rôle de la Région est se soutenir des innovations, de soutenir en particulier l‘ingénierie dans des montages qui ne sont pas habituels.


La démarche coopérative peut s’appliquer au logement social. PLURALIS a lancé des opérations à Meylan il y a trente ans. Plus récemment, il développe des actions d’auto-rénovation à Villefontaine. Dans l’agglomération grenobloise, il y a des initiatives portées par les Habiles. On trouve aussi une opération d’auto-constructions groupées à Crolles, soutenue par la Fondation de France et la Région, qui permet à des personnes qui ont des revenus faibles de s’engager dans la construction de leur logement.


Comment la Région intervient-elle pour soutenir la production de logements accessible ?


Nous passons des conventions avec les intercommunalités qui portent des Programmes Locaux de l’Habitat visant la production de logement accessibles. Plus de la moitié des Rhônalpins vivent sur un territoire où la Région a passé une convention et 9000 logements sont aidés chaque année. La Région agit notamment en faveur de publics qui éprouvent des difficultés particulières, les personnes handicapées, les personnes les plus démunies, les jeunes en insertion sociale et professionnelle, les saisonniers.


Cette innovation permet aussi l’amélioration environnementale ?


Nous avons mis en place en 2007 un référentiel avec l’ADEME et l’Association Régionale des HLM pour améliorer les performances environnementales des logements neufs construits par les bailleurs sociaux. C’est une première en France, permise par le dialogue entre bailleurs et collectivités.


Non seulement nous avons élaboré le référentiel, mais nous avons financé la formation des personnels de la quasi totalité des organismes HLM à la qualité environnementale. La Région a apporté des compensations financières pour prendre en compte les surinvestissements, aidé le recours au conseil. Aujourd’hui, 16% de la production HLM en Rhône-Alpes bénéficie de ce référencement, contre 10% en 2008 et nous arriverons à 100% dans quelques années.


Mais l’effort est énorme pour le parc existant ?


La construction neuve représente environ 10 000 logements par an. Le parc existant représente 400 000 logements, dont une partie a des performances très médiocres, avec une consommation parfois supérieure à 450 kWh par mètre carré et par an. Les crédits nécessaires pour réaliser les améliorations et amener le parc à un niveau de consommation de 50 kilowatt heure par an sont estimés à 3 milliards d’euros. Le programme PREBAT contribue à enclencher ces améliorations. Des moyens du Fonds européen de Développement Régional ont été fléchés il y a quelques mois dans cette direction, ce qui tombe bien au moment où le secteur du bâtiment a besoin d’être soutenu et la Région apporte un complément pour faire passer des immeubles de 150 à 80 kW heure par mètre carré par an.


Mais nous sommes passés d’une stratégie locale de soutien à des opérations, à une stratégie de filière, visant à qualifier plus largement les acteurs. Cela a été le cas en Matheysine où nous avons travaillé avec Néolia, un bailleur social de Franche Comté devenue propriétaire de 450 logements miniers. Néolia a été convaincu d’engager finalement des opérations de réhabilitation plus poussée, ce qui permettra de mettre en place une offre de qualité dans un secteur où la demande croit régulièrement et sans doute à cet opérateur d’élargir son expérience.


Vous faites passer l’innovation par l’amélioration de la qualité d’usage ?


Le rôle de la Région c’est aussi de stimuler l’amélioration de la qualité d’usage, qui va au-delà de la simple accessibilité. La démarche consiste à associer les personnes elles-mêmes à la conception des locaux ou des lieux où elles vont vivre, à faire travailler ensemble personnes handicapées et valides. Nous avons recouru à cette démarche pour le futur siège de la Région. La contribution des associations a permis d’apporter de nombreuses améliorations aux premières propositions de l’architecte Christian de Portzamparc. Nous soutenons aussi des bourses de logements adaptés, pour recenser dans les bassins de vie l’offre de logements qui peuvent être proposés à des personnes handicapées, et nous agissons pour que le CROUS tienne compte de la qualité d’usage dans la rénovation de ses résidences.


La région soutien aussi l’innovation dans le domaine des jardins et pour des quartiers durables ?


Le soutien aux jardins sociaux, aux jardins partagés se trouve au carrefour de plusieurs préoccupations : la nécessité de permettre à des personnes de boucler leur budget, mais aussi de mieux s’alimenter. Le jardinage est aussi une manière de créer des liens et de prendre soin de l’’environnement. Nous intervenons pour favoriser le montage d’opérations mais aussi pour financer l’investissement dans de l’outillage, pour louer ou acquérir des terrains.


La Région a lancé un appel à projets pour des quartiers durables. Il y a beaucoup d’intérêt, mais encore peu de références L’initiative est portée conjointement avec Didier Jouve, vice président en charge de développement durable et de l’Aménagement du Territoire. L’idée de d’apporter un financement pour un projet par département, à raison d’une aide à l’ingénierie de 60 000 euros par an sur trois ans et des aides à l’investissement.


Pour en savoir plus sur Habicoop : http://www.habicoop.fr/spip.php?rubrique77


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