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Parc de la Tête d’Or: une myrtille qui fleurit loin de sa Nouvelle Guinée au

Vaccinum Tectiflorum est une myrtille replantée des montagnes de Nouvelle Guinée dans la serre des plantes carnivores du Jardin Botanique de Lyon. La floraison exceptionnelle de cette plante montre la fragilité et la plasticité du végétal.

A première vue, c’est une myrtille  comme beaucoup d’autres, parente éloignée des myrtilles des monts d’Ardèche et des versants alpins. Petite taille, tige fine, feuilles modestes et arrondies, Vaccinum Tectiflorum n’est pas impressionnante de couleur ou de forme. Elle ne montre pas les dents, les corolles, les sacs et autres pièges à insectes de ses voisines carnivores, qui font de la collection du Parc de la Tête d’Or, à Lyon, l’une des plus belles de la Terre.

Le spécimen objet de tous les soins, dans cette serre à l’ambiance tropicale, passerait inaperçu s’il n’était un vivant exemple de l’extraordinaire plasticité du végétal.

Montagnes tropicales

Vaccinum Tectiflorum, a été inventée par  François Danet, qui s’occupe de l’herbier et des collections vivantes, du Jardin Botanique du Parc. Quand il n’est pas dans les volumes d’herbier ou dans le jardin, François Danet, sur son temps personnel, s’évade dans les montagnes de Nouvelle Guinée, ( 1). C’est là qu’il explore avec des habitants de l’archipel, des montagnes qui grimpent souvent  jusqu’à trois mille mètres d’altitude, dans un climat tropical.

Là, le botaniste cherche des plantes rares, voire inconnues, par exemple des membres de l’espèce Vaccinum, qui appartient à la famille des Ericacae. (2)  “ Je cherche des plantes, et repère facilement la famille à laquelle elle appartient, mais sur le terrain on n’a pas les herbiers. Il faut alors comparer ensuite avec des herbiers, lire des articles récents dans des revues. ” explique François Danet.

Si la plante n’a jamais été décrite, le botaniste lui donne un nom  en deux termes latins, comme l’a fait le premier le botaniste suédois Linné. Vaccinum Tectiflorum,  ” fleur sous un toit” c’est donc une ” myrtille”, mais une myrtille dont les petites fleurs blanches sont couvertes par la feuille arrondie qui lui sert de toit, feuille qui sur d’autres espèces est tout à fait indépendante de la fleur.

Un accident de l’évolution

Il s’agit d’une originalité comme l’évolution peut  en créer. ” explique le spécialiste de myrtilles qui a déjà décrit petite dizaine d’espèces. Pourquoi la queue de la feuille se recourbe-t-elle pour permettre à cette dernière de recouvrir la fleur? Un accident génétique sans doute qui a modifié le programme de développement du végétale, un accident qui a créé cet abri pour la fleur, accident positif qui a donc pu être légué en héritage de génération en génération de plantes! On peut penser que si l’accident génétique avait été négatif, il aurait de ce fait même pas été transmis.

Monde passionnant que celui des plantes, qui invite à scruter les détails, à sentir ce qui permet à telle ou telle fleur de s’épanouir, d’apprécier tel terrain, telle acidité, telle humidité, de survivre à tel stress incroyable, au gel mais peut-être de succomber bizarrement à tel autre modification climatique.

En tous les cas, Vaccinum Tectiflorum,  l’une des quelques 130 espèces de myrtilles de Nouvelle Guinée,  se plait à Lyon, à l’abri d’une serre de le Tête d’Or, où vous pouvez aller la découvrir…

michel.deprost@enviscope.com

 

1) de l’ordre des Ericales, de la sous classe des Dilleniidae, de la classe des Magnoliopsida, de la division des Magnoliophyta , du sous-règne des Tracheobionta, du Règne des Plantes.

2) Les sommets culminent à 5030 mètres.

 

 

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