Environnement

Réacteurs à neutrons rapides : la France poursuit la recherche

Réacteurs à neutrons rapides : la France poursuit la recherche

La recherche sur les réacteurs à neutrons rapides se poursuit en France, notamment dans le cadre du CEA.

L’arrêt de Superphénix en 1997 a été un moment historique dans l’histoire du nucléaire en France. Une brèche dans la muraille du “tout nucléaire”. Un point de non retour. Pour beaucoup avec la fin de SuperPhénix, la France allait sortir du nucléaire, ou pour le moins, ne pas en ouvrir une nouvelle page.

La France a pendant longtemps été en tête des recherches sur les réacteurs à neutrons rapides (RNR). Elle a développé cette technologie avec des réacteurs de recherche de plus en plus puissants : Rapsodie (40 MW), Phénix (250 MW) et Superphénix (1240 MW).

En 2018, malgré l’arrêt et le démantèlement de Superphénix, les recherches sur les RNR n’ont pas été abandonnées. Les enjeux restent les mêmes. Les réacteurs à neutrons rapides permettent de recycler les matériaux fissiles issus de la réaction nucléaire et ainsi, de ne pas s’en tenir à l’utilisation du seul uranium enrichi et de réduire les volumes de déchets. Les réserves de combustible disponibles sont ainsi étendues à l’uranium même appauvri et au plutonium qui peut à nouveau produire de l’énergie. Un avantage supplémentaire est mis en avant depuis quelques années : les RNR ont, comme les autres technologies nucléaires,  l’avantage d’être peu producteurs de carbone. C’est cet atout qui explique qu’aux Etats-Unis, l’exploitation prolongée des centrales nucléaires est avancée comme instrument de lutte contre le changement climatique. C’est cet atout qui maintient le nucléaire dans l’agenda énergétique français y compris dans la Loi pour la Transition Energétique pour la Croissance Verte (TEPCV) votée en 2015.

Ceci explique que le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives) travaille fortement sur le développement des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium. Son programme de recherche pour un réacteur prototype de nouvelle génération, la génération IV, doit  passer de la définition d’un Avant Projet Sommaire (APS) à un Avant Projet Définitif. Le programme vise notamment à qualifier les briques qui permettront de construire un jour les successeurs des réacteurs actuels.

«  Le CEA travaille sur ce programme avec 14 partenaires industriels dont le rôle est de prendre en charge, d’assurer la fiabilité des divers éléments qui, assemblés, permettraient de construire des RNR à la fois fiables sur le plan technique et concurrentiel dans un environnement où les énergies renouvelables seront montées en charge. » explique Nicolas Devictor, responsable du Programme de la Génération IV des réacteurs au CEA.

Le consortium comprend bien sûr Framatome, en charge des parties nucléaires, réacteurs et circuits, et EDF en tant qu’exploitant de Superphénix, et exploitant historique du nucléaire en France. Bouygues suit les dossiers de Génie civil qui représentent une part importante des  investissements.  « Il convient aussi de maintenir, de stimuler tout un tissu de petites et moyennes entreprises qui doivent conserver les compétences nécessaires à la conduite d’un projet de réacteur à neutrons rapides », précise Nicolas Devictor.

Les  travaux des spécialistes français sont menés en lien avec d’autres pays. La France a noué des liens avec le Japon. Après la catastrophe de Fukushima, le pays, confronté à une remise en cause de son modèle énergétique et de son modèle nucléaire, se pose la question d’un nucléaire plus durable, produisant moins de déchets, plus sûr. Le Japon travaille avec la France sur la mise au point de nouveaux réacteurs RNR refroidis au sodium avec comme objectif un réacteur de 600 MW.

Les spécialistes français coopèrent aussi avec leurs collègues américains. Le CEA a récemment signé une déclaration d’intérêt avec le Département américain de l’Energie, pour développer des recherches communes. Les Etats-Unis cependant, n’accordent pas la priorité à la réalisation d’un Réacteur à neutrons rapides, destiné à produire de l’électricité. Ils privilégient plutôt le développement d’un réacteur d’irradiation permettant de qualifier des combustibles avancés proposés par les industriels américains, et en particulier pour transmuter les déchets de fissions, pour en réduire leur volume et la durée de leurs radiations.

 

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