Construction et aménagement

Réchauffement : en Ardèche, Sainte-Eulalie a tourné la page du ski de descente

Le téléski de Sainte-Eulalie arrêté depuis une vingtaine d’années a été démonté par l’association Mountain Wilderness et des volontaires, avec l’aide de la commune. Changement climatique oblige, le village de la montagne d’Ardèche tourne la page du ski de descente.

Le téléski de Sainte-Eulalie arrêté depuis une vingtaine d’années a été démonté par l’association Mountain Wilderness et des volontaires, avec l’aide de la commune. Changement climatique oblige, le village de la montagne d’Ardèche tourne la page du ski de descente. ©Mountain Wilderness

Il y a cinquante ans, il y avait de vrais hivers à Saint Eulalie, commune de la Montagne d’Ardèche. La neige tombait dès novembre et durait largement jusqu’en avril. La montagne était tellement, et si longtemps, blanche que l’engouement pour le ski de descente avait gagné ces hauteurs de plateaux et de sucs, sur la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et L’Océan.

Des téléskis ont été édifiés au milieu des années soixante. Ils ont alors accueilli des foules de skieurs, entre 1300 et 1400 mètres d’altitude et au sommet de l’unique piste. Les fins de semaine, des centaines d’amateurs de glisse venant de basse Ardèche, de la Vallée du Rhône, de la Drôme, faisaient la queue. Pendant les vacances de Noël et de Pâques, les centres d’hébergement étaient pleins d’écoliers. Les classes de neige prospéraient. Les restaurants faisaient le plein. L’association gestionnaire du centre de vacances était florissante. Le ski avait sorti Saint Eulalie de son isolement hivernal, de silence et de burle, pour relier le village à une certaine modernité. Et cela a duré une bonne vingtaine d’années, toute une époque.

Mais des alertes sont venues. Dès les années quatre-vingt-dix, les hivers se sont fait plus doux, la neige plus rare. Comme les skieurs. Le téléski a été arrêté une première fois. La commune y est allée de sa poche, pour entretenir les moteurs, les câbles, les perches. En vain.

À Saint Eulalie le téléski a été arrêté. Les élus municipaux ont baissé les bras. Le téléski est devenu une plaie dans le paysage et parfois un danger, jusqu’à son démontage au début de ce mois d’octobre sous l’impulsion de Mountain Wilderness.

Le ski de fond reste possible

On peut encore skier à Sainte Eulalie, en surveillant bien la météo, en saisissant une chute de neige. La neige peut être rabattue vers des para-neige, ce qui permet d’aménager des pistes pour le ski de fond ou pour la pratique de la raquette dans des paysage magnifique. La Haute Ardèche a encore des stations de sport d’hiver épargnées quelques semaines par an par le réchauffement, comme à la Croix de Bauzon ou à la Chavade.

Pour le tourisme, Saint-Eulalie compte sur un atout magnifique, le Mont Gerbier de Jonc qui culmine à 1551 mètres. Ce suc de renommée internationale ne bougera pas. Chaque année, le site exceptionnel attire quelque 500 000 visiteurs, clients des commerces qui s’étendent à son pied. Un circuit balisé de 3 kilomètres permet la découverte des sources de la Loire, qui donneront naissance au plus grand fleuve de France, (1013 kilomètres). La ferme de Bourlatier, grange noble construite au milieu du XVIII° est aujourd’hui la ” ferme mémoire de la montagne ardéchoise “.

Un village vivant

« Tous les touristes ne passent pas par le bourg de Saint-Eulalie, qui reste un village bien vivant et actif », souligne en substance le maire, Patrick Méjean, maçon de son état. L’agriculture et l’élevage restent des piliers de l’économie locale avec 17 exploitations dont certaines transforment leur lait. Sainte-Eulalie a comme atouts, ses paysages, son air pur, sa qualité de vie, au cœur d’un pays de quelques communes, intégrées depuis quelques années dans la Communauté de Communes de la Montagne d’Ardèche. La Communauté dont le siège est à Coucouron, est sans doute un peu trop vaste. Il faut une heure et demie en voiture pour la traverser. Mais cette densité faible, ces paysages naturels, sont aussi des atouts. Pendant la pandémie, la mairie a reçu des appels d’immigrants potentiels. Si Sainte-Eulalie a fait son deuil du manteau neigeux, elle attend avec impatience un réseau numérique performant.

VOIR AUSSI