Environnement

Terres Australes : les bagues pénalisent les manchots royaux

Des manchots bagués à l’aileron ont au bout de dix ans un taux de survie de 16 % inférieur à leurs congénères non bagués. La bague réduit de 39% le succès reproducteur des animaux. Ces résultats ont été obtenus par des chercheurs conduits par Yvon Le Maho, chercheur CNRS à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (CNRS / Université de Strasbourg) et membre de l’Académie des Sciences. Les travaux publiés le13 janvier par la revue Nature ont été soutenus par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor. Ils ont été menés en collaboration avec les universités d’Oslo et de Tromsø (Norvège). Ils ont été menés avec la station biologique de la Tour du Valat (Camargue) et le Muséum national d’Histoire naturelle. Ils ont bénéficié du soutien financier et/ou logistique du CNRS, de l’IPEV, des TAAF, de la Fondation Bettencourt-Schueller et de la Fondation des Treilles.
Au sommet de la chaîne alimentaire marine, les manchots sont sensibles aux modifications des ressources marines. Jusqu’à présent, la grande majorité des données disponibles a été obtenue au moyen de bagues fixées aux ailerons. Ces bagues métalliques sont lisibles à distance, permettant ainsi d’éviter tout stress de recapture.
La bague a cependant des effets délétères: blessures à l’aileron ou bien un surcoût énergétique de la nage ou de la pêche. Bien que des études sur des durées moyennes ont conclu à un impact nul, les chercheurs français ont renoncé à l’utilisation de bagues qui reste une méthode encore largement utilisée.
Etude sur dix ans
L’étude menée sur dix ans sur cent manchots royaux s’est déroulée de la manière suivante. Les cent manchots ont été munis d’étiquettes électroniques implantées sous la peau. La moitié portait également une bague alaire. Les chercheurs ont suivi le taux de mortalité et le succès reproducteur. Les résultats prouvent l’impact important du baguage alaire : ce dernier affecte à la fois la survie et la reproduction de ces animaux, à moyen et à long terme. Le taux de croissance de la population baguée est a fortiori également touché. Au cours de la décennie, les 50 manchots bagués ont engendré 39% de poussins en moins (ce chiffre englobe la ponte et le fait d’amener son poussin à l’indépendance alimentaire). De plus, leur mortalité a été 16% supérieure à celle de leurs congénères non bagués.
Les oiseaux bagués arrivent plus tardivement sur leur lieu de reproduction. Et, après avoir été bagués pendant 10 ans, ils continuent à avoir une entrée en reproduction retardée, du fait de voyages alimentaires toujours plus longs. L’étude réfute ainsi l’hypothèse selon laquelle les manchots pourraient s’habituer à la bague au bout d’un certain temps. Autre résultat capital : les manchots bagués ne réagissent pas de la même manière que les manchots non bagués à la variabilité climatique (température de la mer principalement).

« En période favorable, quand la température de la mer est basse et les ressources alimentaires abondantes, il n’y a quasiment pas de différence entre les animaux bagués et non bagués », précise Claire Saraux, premier auteur de cet article. « En revanche, lorsque la température de la mer est plus élevée, les manchots doivent aller plus loin pour trouver leur nourriture, les oiseaux bagués restent alors plus longtemps en mer ».
L’étude remet en question les nombreuses campagnes de baguage de manchots. Ces résultats sont propres aux manchots et ne peuvent être généralisés aux oiseaux volants bagués à la patte.

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