Énergie

Albert Bressand : les Européens doivent regarder en face le paysage énergétique mondial

Ils  sont une douzaine de doctorants venus de divers pays de l’Union européenne, pour cette formation intensive sur les enjeux énergétiques  mondiaux. Les trois jours à l’INSA de Lyon ont été organisés par Béatrice Frezal, enseignante, spécialiste de l’intelligence économique et Christophe Menezo, enseignant chercheur  à l’INSA, titulaire de la chaire INSA-EDF sur l’efficacité énergétique dans le bâtiment.  Ces futurs chercheurs travaillent sur des sujet pointus, mais ils doivent comprendre les enjeux mondiaux de l’énergie. La formation fait partie de l’Ecole doctorale de KIC Inno Energy, pôle de l’EIT (Insitut Européen de Technologie) équivalent du MIT.

Or, dans l’énergie, le paysage planétaire change d’une manière spectaculaire. C’est ce qu’a expliqué ALBERT  BRESSAND, professeur aux Universités de GRONINGEN et COLUMBIA ( USA) , Conseiller spécial d’ANDRIS PIEBALGS, Commissaire européen au Développement.

Des énergies fossiles abondantes

ALBERT BRESSAND a insisté sur les ruptures technologiques qui  maintiendront les énergies fossiles en haut du tableau des ressources. Pour le pétrole, le gaz, le charbon les réserves exploitables sont énormes.  ” Il y a bien un peak oil, mais il correspondait à un moment des technologies“. Les technologies permettront d’aller chercher  de nouvelles ressources.

La question du climat entière

Ces perspectives ne règlent pas, loin de là, la question climatique. Certes, des technologies propres permettent d’utiliser le charbon en réduisant les émissions de CO2. Les Chinois travaillent dur sur le dossier. Des solutions sont envisageables pour utiliser le carbone. Jean Paul REICH, en charge du dossier pour le Groupe GDF Suez explique qu’il est possible de produire des hydrocarbures de synthèse, avec du carbone et de l’hydrogène produit à partir d’électricité d’origine renouvelable !

Mais c’est la demande qui pose aussi question. Or, la demande progressera. Inévitable. “ La population mondiale a augmenté, le nombre de pauvres aussi, mais la proportion de personnes en grande pauvreté à diminué, elle est passée de 40% à 18% et la Banque mondial a pour objectif de réduire cette proportion à 3% d’ici à 2030.” rappelle ALBERT BRESSAND.

Un pic de la demande , constaté dans certains pays développés, peut être espéré au niveau mondial mais pas avant très longtemps. En attendant,  l’Europe devra compter avec d’autres régions du monde calées sur d’autres références. Les Etats-Unis mettent en avant leur mode de vie et leur compétitivité. La Chine, l’Inde, et d’autres émergents, avancent le droit de leurs peuples à accéder à plus d’énergie. Le Japon, lui, est prêt à acheter l’énergie au prix fort.

L’Europe ne pourra pas imposer ses points de vue

L’Europe qui pèse de moins en moins sur le plan démographique et économique n’imposera pas ses vues .  ” L’Europe est kantienne, explique Albert BRESSAND, elle a une vision du monde idéale et morale. Il faut davantage de réalisme, un peu de machiavelisme dans l’approche des questions énergétiques.

Pour ne pas être distancée, l’Europe devra avoir,  enfin, une vraie politique énergétique continentale. C’est aussi le point de vue de François Xavier Testard Vaillant, en charge de la représentation d’EDF R et D auprès de l’Europe. C’est le point de vue des groupes énergéticiens, c’est aussi une évidence, même si l’énergie est appelée à être décentralisée. 

La stratégie européenne ne devra pas être limitée aux marchés, mais devrait inclure les options technologiques. L’Europe ne peut continuer à soutenir par des subventions payées par le consommateur, ce qui doit relever de la recherche.

Pour Albert BRESSAND , après des années de recherche et développement tous azimuts , l’Europe doit choisir des technologies matures capables de fonctionner sur le marché en tenant compte des urgences climatiques. L’Europe peut apporter au monde pas des intentions, mais des solutions. De quoi inspirer les futurs chercheurs.

michel.deprost@enviscope.com

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