Environnement

Comment les pannes du gène P53 favorisent le cancer

Certains gènes de notre patrimoine génétique sont aussi présents dans d’autres espèces. Ces petites fabriques chimiques ont été mises au point il y a très longtemps lors de l’évolution, et remontent même, pour certaines à l’époque des bactéries.

C’est le cas du gène p53, identifié il ya trente ans par des chercheurs écossais, américains et français.  Environ 60 000 articles scientifiques ont été écrits sur ce gène que les biologistes qualifient de « gardien de l’intégrité de la cellule »

Un rôle capital

Si p53 a été précieusement conservé chez des milliers d’espèces, c’est qu’il a un rôle capital. «  P53  surveille la reproduction des cellules, leur division et leur croissance programmée. Si les mécanismes ne se déroulent pas comme prévu, p53 répare. Si la réparation ne fonctionne pas, p53 détruit la cellule en lui envoyant des protéines mortelles » explique Jean Jacques Diaz, responsable d’équipe au Centre de recherche sur le cancer de Lyon.

Si tout fonctionne bien quand p 53 répare, rien ne va plus quand p53 est en panne. P53, ou plutôt ses mutations et les dysfonctionnements qu’elles entrainent sont connues pour avoir un rôle central dans le développement des cancers, c’est un suppresseur de tumeur. » explique Jean Jacques Diaz. Les mutations héréditaires de P53 sont peu répandues : quatre cents familles concentrent les individus porteurs de mutations, dans quelques régions du monde. Porter une mutation de P53 prédispose précocement à développer un cancer. En revanche le fonctionnement de P53 peut être altéré pendant la vie d’un individu par des substances provenant de son comportement alimentaire, de son mode de vie, de l’exposition à certains environnements ou virus. C’est ainsi qu’on retrouve des mutations de p53 dans plus de 50% des cancers non héréditaires.

Mieux connaitre p 53

Les chercheurs s’efforcent depuis trente ans de préciser les divers effets des mutations de p53, de réduire ces effets, de voir comment ce gène peut être utilisé comme un tueur de tumeurs.

L’étude récente à laquelle ont collaboré les chercheurs lyonnais a levé un nouveau coin du voile. L’absence de p53 dans les cellules cancéreuses produit une forte quantité de fibrillarine (FBL). Cette forte quantité de fibrillarine est responsable de la production de ribosomes modifiés qui produisent des protéines favorisant la prolifération et la survie des cellules cancéreuses  soumises à des stress tels que les traitements par chimiothérapies.

Les  protéines  sont produites  par l’intermédiaire des  ribosomes. La prolifération des cellules cancéreuses est plus importante que celle des cellules saines et nécessite une quantité accrue de ribosomes. La modification des ribosomes peut favoriser la production de protéines utiles aux cellules cancéreuses.

Les chercheurs ont identifié des modifications des ribosomes  des cancers du sein et du côlon. Ils ont utilisé des lignées cellulaires qui ont perdu p53 et  montré que ce gène est également le gardien de l’intégrité des ribosomes. La quantité anormale de FBL induit une production de ribosomes spécifiques des cellules cancéreuses qui synthétiseront alors préférentiellement des protéines favorisant non seulement la prolifération mais aussi la survie des cellules cancéreuses soumises à différents types de stress tels que les traitements par chimiothérapies. L’accumulation de la FBL est associée à un mauvais pronostic des patientes atteintes d’un cancer du sein.

Plusieurs thérapies ont été mises en place pour réparer les pannes de p53. Les avancées des chercheurs lyonnais et écossais permettront d’améliorer la connaissance des mécanismes de la formation des cancers, mais aussi les traitements anticancéreux.

michel.deprost@enviscope.com

L’article :

Le gène p53 muté, perturbe le fonctionnement des ribosomes qui produisent en excès des protéines favorisant le développement des cellules cancéreuses. L’équipe « Domaines Nucléaires et Pathologies » dirigée par Jean-Jacques Diaz, rattachée au Centre de recherche en cancérologie de Lyon (CRCL, Inserm/CNRS/Centre Léon Bérard/Université Claude Bernard Lyon 1) et localisée au Centre Léon Bérard (1) a publié ses résultats dans la revue Cancer Cell du 9 septembre 2013.

p53 acts as a safeguard of translational control by regulating fibrillarin and rRNA methylation in cancer Cancer Cell, édition en ligne du 9 septembre 2013

Virginie Marcel1,2, Sandra E. Ghayad1,2, Stéphane Belin1,2, Gabriel Therizols1,2 , Anne-Pierre Morel1,2, Eduardo Solano-Gonzàlez3, Julie A. Vendrell1,2,4,5, Sabine Hacot1,2, Hichem C. Mertani1,2, Marie Alexandra Albaret1,2, Jean-Christophe Bourdon5, Lee Jordan6, Alastair Thompson5, Yasmine Tafer1,2, Rong Cong7, Philippe Bouvet7, Jean-Christophe Saurin1,2,8, Frédéric Catez1,2, Anne-Catherine Prats3, Alain Puisieux1,2 & Jean-Jacques Diaz1,2.

1Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon UMR Inserm 1052 CNRS 5286, Centre Léon Bérard, F-69373, Lyon, France

2Université de Lyon, F-69003, Lyon, France. Université Lyon 1, ISPB, Lyon, F-69622, France, F-69000 Lyon, France

3Université de Toulouse, Université Toulouse III – Paul Sabatier, TRADGENE, EA4554, Institut des Maladies Métaboliques et Cardiovasculaires, 1 Avenue Jean Poulhes, BP 84225, F-31432 Toulouse, France

4ISPB, Faculté de Pharmacie, Université Lyon 1, Lyon, France

5Dundee Cancer Center, Clinical Research Center, Ninewells hospital and Medical School, Scotland, UK

6Department of Pathology, Ninewells Hospital and Medical School, Dundee DD1 9SY, UK

7Laboratoire Joliot-Curie, Ecole Normale Supérieure de Lyon, Université de Lyon, CNRS USR 3010, SFR BioSciences UMS3444, Lyon 69364, France

8Gastroenterology Unit, Edouard Herriot Hospital, Hospices Civils de Lyon, 69002 Lyon, France

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