Bioéconomie

Coopération : Pierre Rabhi avait raison

Retour à la terre, agroécologie, intervention dans les pays du Sud, apôtre de la sobriété heureuse, Pierre Rabhi, disparu samedi à l’âge de 82 ans avait raison avant beaucoup sur le changement nécessaire de notre modèle de fonctionnement.

Michel Deprost

Il tenait à le rappeler, il avait quitté la région parisienne bien avant la pandémie de Covid, et avant la vague-néo-rurale de 1968 pour s’installer en Cévennes ardéchoises. Même s’il était trop ésotérique pour certains, même s’il n’avait pas techniquement toujours raison, Pierre Rabhi avait montré une voie.

En particulier celle de la coopération sans frontières en matière agricole. Pierre Rabhi était un africain par le sol et par le sang, mais aussi par l’esprit. Il n’avait pas renié ces racines et était allé enseigner l’agroécologie dans les pays du Sahel, déjà en proie dans les années soixante-dix et quatre-vingt à une crise climatique (sécheresses), mais aussi agricole.

C’est bien le chemin qu’il faudrait reprendre avec vigueur, pour aider les États du Sahel, mais aussi de toute l’Afrique, à développer leurs agricultures, leurs campagnes, afin de bien nourrir leurs populations, préserver leurs sols, pour résister aux impacts du changement de climat, et permettre aux jeunes Africains de vivre et de travailler au pays, comme le disaient les défenseurs du Larzac il y a un demi-siècle au sud du Massif Central. Vivre et travailler au pays doit rester plus facile que de risquer sa vie à migrer, à la merci des passeurs.

C’est le chemin qu’il faut reprendre, et élargir, pour éviter une urbanisation incontrôlée, une paupérisation rampante, une déstabilisation sociale endémique. L’agronome René Dumont, auteur de L’Afrique Noire est mal partie, l’avait dit pendant des années. Pierre Rabhi, aussi.

A l’heure où la France annonce vouloir se désengager du Sahel pour laisser aux États africains, la responsabilité de résister au terrorisme islamiste, nous devrions nous poser la question d’une relance des coopérations. L’Agence française de Développement (AFD) fait beaucoup, les coopérations décentralisées existent, mais le mouvement de coopération auquel participait Pierre Rabhi n’est plus dans l’air du temps. Il doit revenir.

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