Dans les villes, les papillons ont besoin de milieux ouverts et continus

Estelle Rochat , chercheuse à l’EPFL, explique comment dans les villes l’aménagement peut être défavorables aux papillons, ou au contraire permettre le maintien de leur diversité.

Comment caractériser les milieux «  utiles » aux papillons, par rapport à d’autres insectes ?
Les milieux favorables pour une espèce dépendent notamment du mode de déplacement de l’espèce ainsi que des ressources disponibles pour que l’espèce puisse se nourrir et se reproduire. Pour les papillons, les milieux favorables se caractérisent donc par une végétation contenant des plantes favorables au butinage et l’absence de structures construites entravant le déplacement par les airs , bâtiments ou surfaces construites hautes, etc.. Il existe toutefois des différences entre les papillons. Par exemple, les milieux forestiers peuvent être favorables pour certains papillons mais ce ne sera par exemple pas le cas de la Piéride de la Rave qui apprécie les milieux ouverts et ensoleillés. D’autres insectes présentant des modes de dispersion similaire à ceux des papillons peuvent avoir des milieux favorables très similaires, alors que des insectes vivant proche du sol ou à proximité de point d’eau par exemple se retrouveront dans des milieux naturels différents.
Quelles sont les espèces les plus courantes dans nos villes par exemple Lyon, Genève, Lausanne etc…)

Je ne suis malheureusement pas spécialiste des papillons et je ne saurai pas vous donner la liste des espèces les plus courantes dans nos villes. La Piéride de la Rave que nous avons étudié fait néanmoins partie des papillons que l’on peut rencontrer fréquemment en milieu urbain.

Quel est l’impact d’autres facteurs : pollution atmosphérique, insecticides et autres molécules…

Notre étude n’a pas analysé l’impact de ces facteurs supplémentaires. A priori les insecticides ont un impact direct sur la survie des papillons en tuant notamment les larves. Les pesticides doivent également avoir un impact important en supprimant les plantes favorables pour le butinement. Ces différents paramètres n’ont toutefois pas été intégrés dans notre étude qui s’est concentrée sur l’influence des structures construites et de l’absence de connectivité entre les espaces naturels. L’ajout de paramètres liés aux différents types de pollution devraient donc encore renforcer les phénomènes observés en réduisant encore plus fortement la persistance des populations de papillons dans les milieux concernés.

Comment comparer les populations entre les milieux urbains, surburbains, ruraux et naturels ?

Dans notre étude, nous avons délimité des zones correspondant aux milieux urbain, suburbain et rural en fonction principalement de la couverture du sol et du pourcentage de zones construites ou non naturelles. Une fois ces différentes zones délimitées, nous avons utilisé les résultats des simulations informatiques pour calculer le nombre d’individus survivant à chaque génération dans les différents types de zones. De même, nous avons pu calculer le niveau de consanguinité dans chaque zone.

Quelle est la place des papillons en terme de diversité ?

Les papillons jouent en un rôle important en tant que pollinisateurs et pollinisent notamment des plantes différentes de celles préférées des abeilles. De plus, ils sont souvent considérés comme un bon indicateur de la biodiversité générale d’un milieu. En effet, ils sont relativement peu spécialistes et arrivent à se nourrir de plantes variées. Leur déclin permet donc de mettre en évidence une chute plus générale de la biodiversité.

 

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