Énergie

Démantèlement nucléaire : un marché encore incertain selon Colombus Consulting

Pour le cabinet de conseil en management Colombus Consulting le marché du démantèlement peut être estimé à 35 milliards d’euros pour les 50 prochaines années. Mais le rythme du croissance du marché est incertain et le secteur est d’un accès difficile tant les compétences exigées sont élevées.

Le marché français du démantèlement des réacteurs nucléaires est estimé à 35 milliards d’euros répartis sur les 50 prochaines années. L’estimation couvre la trentaine d’Installations Nucléaires de Base (INB) en cours de démantèlement et plus de 90 installations qui seront démantelées dans les décennies à venir.

L’évolution du marché dépendra de la durée de vie des réacteurs de deuxième génération, réacteurs à eau pressurisée (REP) en cours d’exploitation. Le démantèlement de ces réacteurs représente à lui seul 50 % de ce marché. Si le marché du démantèlement reste attractif, l’enjeu pour la filière française est d’être en mesure d’accompagner son rythme de croissance.

Pour Christophe Bailey, associé du cabinet Colombus Consulting en charge de l’offre Énergie : « ” Le développement du marché est intimement lié à la durée de vie des réacteurs. Si cette dernière est prolongée à 60 ans, le marché décollera vers 2035 ».

L’enjeu pour la filière française du démantèlement est d’accompagner la croissance du marché « Les acteurs doivent disposer d’une visibilité partagée du marché du démantèlement nucléaire. Il est néanmoins complexe de la construire compte-tenu des multiples facteurs qui accélèrent ou freinent l’essor du marché », ajoute Nadège L’Hostis, consultante senior spécialiste des questions énergétiques chez Colombus Consulting.

Des rythmes différents

Plusieurs facteurs peuvent imprimer un rythme au marché. Le lancement du grand carénage par EDF, la prolongation des centrales et un cadre rigide peuvent entrainer un développement lent du marché. Le vieillissement des centrales, la limitation de la production nucléaire à 50% de la production électrique peut entrainer avec des fermetures de réacteurs et un rythme de démantèlement plus rapide. Les coûts de l’EPR, le besoin d’une énergie bon marché peuvent prolonger le parc, alors que la compétitivité accélérée des renouvelable peut inciter à arrêter des réacteurs.

Une rentabilité longue à atteindre

Pour se positionner sur le marché et bénéficier de son développement l’investissement est nécessaire dès aujourd’hui. L’accès au marché est rendu difficile par d’importantes barrières. La durée moyenne pour atteindre le seuil de rentabilité se situe entre 10 et 15 ans. Les marges ne dépassent pas les 5%. « L’entrée sur le marché sera facilitée pour les industriels pouvant se différencier grâce à une solution innovante ou créer des synergies avec les autres activités de leur entreprise », ajoute Taha Zeggwagh, consultant senior expert en conduite de projets de transformation dans le secteur du nucléaire.

L’intégration du marché du démantèlement nécessite, selon Colombus Consulting, le développement d’atouts spécifiques : des compétences pour l’intervention en milieu irradié, la culture sûreté, le respect des exigences qualité, la confiance des exploitants. La connaissance des réglementations et normes spécifiques du secteur est aussi indispensable et les intervenants doivent fournir la preuve de leur mise en œuvre, au travers de certifications normatives ou qualifications par les exploitants, est essentielle pour intégrer le marché (CAEAR, CEFRI, …).

  1. « Démantèlement nucléaire : quels défis pour la filière française ? », réalisée conjointement avec Centrale Supélec.

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