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L’Albenc célèbre l’Avenir au naturel et débat avec Boris Cyrulnik de l’écologie bio culturelle

La plus importante manifestation de produits bio de Rhône-Alpes se tenait ce week-end en plein air sur la petite commune de l’Albenc, du sud Grésivaudan dans la vallée de l’Isère. Plus qu’une foire, c’est l’occasion d’une rencontre entre le grand public, des écologistes convaincus de longue date et des intervenants de haut niveau. Samedi soir l’invité était le célèbre médecin Boris Cyrulnik.

Bien sûr il y a les étals de fruits et légumes tous bio, les produits de l’artisanat, couvertures ou matelas en laine cardée à la main. Les bulbes de plantes alpines côtoient les miels sauvages. Sous les tentes blanches du grand parking devant la mairie, installateurs de chauffage solaire s’alignent au côté des économiseurs d’eau, des producteurs de moellons en chanvre et des promoteurs du « logiciel libre ».

Ils sont 230 exposants, comme déjà plusieurs années. « Nous pourrions en avoir beaucoup plus », annonce Michaël Bard, jeune président d’Espace Nature Isère [1], association organisatrice de l’événement pour la 18e année. « Un comité de sélection retient les propositions les plus conformes à l’esprit du festival et nous vérifions après dans les stands que l’offre correspond » poursuit-il. Il faut reconnaitre que la qualité des produits est au rendez-vous !

Le bio et les débats

Au rendez-vous aussi, avec les quelque 150 bénévoles mobilisés pour l’occasion, tout le monde associatif et militant, qui défend les valeurs de l’écologie depuis longtemps.

Tel Francis Meneu, président de la Frapna Isère [2], qui apporte son concours à la manifestation, telle Françoise Ginier-Gillet qui a porté l’association Espace Nature Isère pendant de nombreuses années, la députée écologiste Michèle Bonneton ou Jacqueline Collard, présidente de Sera [3] (Santé Environnement Rhône-Alpes), qui poursuit son combat en invitant le philosophe et journaliste d’investigation Roger Lenglet. Celui-ci, qui intervenait samedi après-midi sur la toxicité des nanotechnologies, pourtant un des fleurons de la recherche grenobloise, est l’auteur de nombreux ouvrages sur des scandales comme celui de l’amiante.

Au-delà du marché bio, ce sont les idées et convictions qui mobilisent les visiteurs, par exemple l’opposition aux gaz de schiste ou l’avis défavorable à l’installation de Center Parcs à Roybon, rendu en début d’été par la commission d’enquête publique.

Ce dernier événement est clairement un motif de satisfaction pour Benoit Leclair, vice-président de la Région, en charge de l’Energie et du Climat. Bien sûr « le projet fait des emplois, mais aussi des dégats [4], d’autant que ce type de parc ne tient que par des subventions publiques » explique-t-il.

Au chapitre des satisfactions, Benoit Leclair mentionne l’engagement de la collectivité dans une démarche de Territoires à énergie positive (Tepos). Une quinzaine de territoires, dont le Pays du sud Grésivaudan dont fait partie la commune de l’Albenc, ont été retenus par la Région. L’objectif est de faire baisser leur consommation d’énergie de 50% et faire en sorte que d’ici 2050, les 50% restants soient produits par des énergies renouvelables (ENR).

Boris Cyrulnik, l’écologie bio culturelle

Débat encore, lors de la grande soirée du festival qui a fait salle comble, à laquelle avait été convié Boris Cyrulnik. Ethologue, neurologue, médecin psychiatre et psychanaliste, Boris Cyrulnik s’est fait connaitre du grand public par ses travaux sur la résilience, ou la capacité des êtres vivants à rebondir et reprendre vie après un choc traumatique.

Il explique comment l’homme et l’animal font partie du même monde. « Si on tue une abeille, on tue notre espérance de vie ».

Nos progrès techniques sont sources de traumatismes, de catastrophes (cata = coupure) et la vie qui repart après, si elle  repart, ne peux pas être celle connue précédemment. En cas de désastre (disparition des astres) la vie ne peut plus redémarrer.

S’appuyant sur plusieurs expériences liées au monde animal, il explique que l’adptation perpétuelle de l’espèce peut conduire à une suradaptation de certains groupes, comme ces enfants des rues hyper adaptés à leur univers violent, mais incapables de revenir à une vie sociale normale.

De même que les cerfs Sika de l’île Saint-James qui prolifèrent dans un milieu favorable, vont décéder d’un stress dû à leur surpopulation, la survie de l’homme sur la planète est menacée par sa propre ingéniosité et industrie, par une sorte de « malheur au vainqueur ».

antoine.reboul@enviscope.com

 

[1] Espace Nature Isère (ENI), organisateur du Festival de l’Avenir au Naturel, assure en tant qu’association une veille écologique, gère des espaces naturels sensibles et dispense des formations sur la protection de l’environnement. www.enisere.asso.fr

[2] Frapna Isère www.frapna-38.org

[3] Santé Environnement Rhône-Alpes (Sera) www.sera.asso.fr

[4] Le projet de Center Parcs prévoit l’établissement d’un complexe de loisirs de plus de 200 ha en forêt de Chambaran. Le problème est celui d’un site fragile, celui de la tête de bassin versant des rivières de l’Herbasse et de la Galaure, ainsi que des prélèvements et rejets en eau, n’apportant pas de garanties suffisantes au regard de la loi LEMA sur l’eau.

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