Environnement

Deux chercheuses grenobloises montrent «l’inclination verte» des nanotechnologies

Pour les entreprises, il s’agit d’un défi important : préserver leur performance économique tout en réduisant leur impact négatif sur l’environnement. Dans le contexte des nanotechnologies, la société émet des résistances sur les effets potentiellement négatifs et à risque de celles-ci. «Nous nous sommes intéressées à la création de connaissances vertes dans les nanos afin de déterminer si ces toutes dernières technologies peuvent contribuer à la durabilité mondiale. Pour cela, nous avons étudié les demandes de brevets déposées par les firmes» expliquent les deux chercheuses. Elles ont pu constater que 806 firmes nanos – soit plus de 22 % de la base de données consultée ont au moins un brevet avec des dimensions environnementales dans leur portefeuille. Au total, cela représente plus de 5 500 brevets verts déposés ces dernières années.

Efficacité énergétique, réduction de la pollution

Moyen de préserver leur compétitivité, conscience de la pollution et/ou de la nécessité de se conformer aux règlementations en vigueur expliquent les stratégies de R&D adoptées par de nombreuses entreprises sur ces questions. Les résultats de cette recherche révèlent que les brevets les plus déposés concernent l’efficacité énergétique, puis la réduction de la pollution et les matériaux biodégradables. En effet, sur les 5 500 brevets déposés, 2 474 l’ont été dans le domaine de l’énergie, 1 711 pour la réduction de pollution, 911 dans les matériaux dégradables.

Innovation verte et grands groupes

Autre élément significatif de cette étude, la typologie des entreprises qui se lancent dans l’aventure de l’innovation verte. 90 % d’entre elles ont été créées avant l’an 2000, et sont plutôt des grandes entreprises (+ de 50 % sont de très grandes entreprises soit plus de 1 000 salariés) issues de la chimie, des biotechs, de la microélectronique… « Cela s’explique par le fait que le développement des nanotechnologies représente un coût conséquent pour les entreprises. Celles qui se lancent dans les nanos disposent déjà d’une base de connaissances et se tournent vers l’infiniment « petit » pour améliorer les résultats de leurs produits » commente l’une des chercheuses.

L’Asie plus sensibilisée

Ce sont les entreprises asiatiques qui sont plus impliquées dans la création de connaissances vertes, viennent ensuite les Etats-Unis et l’Europe. Au moment où l’étude a
été réalisée, sur les 502 firmes nanos que compte l’Asie, 192 ont déposé des brevets verts. (Europe : 1700/ 269 – Etats Unis : 1264/306).

Les résultats montrent un aspect des nanos peu abordé par l’ensemble de la société, qui traditionnellement se concentre sur leurs effets potentiels négatifs. Caroline Gauthier précise « Les nanotechnologies vertes peuvent être présentées comme un moyen de réduire les résistances les concernant. En effet, si l’industrie des nanotechnologies a comme feuille de route la durabilité, qu’elle systématise la création de produits verts et qu’elle communique plus clairement sur leurs risques mais aussi sur leurs bénéfices (par exemple pour la planète), l’opinion publique pourrait accepter davantage ces technologies.»

A PROPOS DE

Caroline Gauthier est docteur en Sciences Economiques de l’université de Toulouse I et d’University College of London – UK, HDR de l’IAE d’Aix-en-Provence. Elle est actuellement professeur chercheur à GEM, consultante pour l’UE, l’OCDE, l’ONU et des ministères canadiens et français, elle est experte sur les thèmes Innovation et développement durable.

Ses recherches ont été publiées dans Technovation, Journal of Technology Transfer, Journal of Business Ethics, Ecological Economics, RAM…

Corine Genet est professeure associée à Grenoble Ecole de Management. Elle est titulaire d’un doctorat en Sciences Economiques et Sociales et du diplôme de l’IEP de Grenoble. Depuis 2002, elle est professeure au sein de GEM, où elle a développé un programme de formation en management des entreprises de biotechnologies (Mastère spécialisé), en partenariat avec l’Université Joseph Fourier.

Ses thèmes de recherche portent sur le transfert de technologie, la valorisation de la recherche par la création de start-up et la dynamique des firmes dans des champs émergents comme les biotechnologies ou les nanotechnologies.

VOIR AUSSI