Environnement

Pôle éco-conception : Saint-Etienne veut « verdir » le business des PME

Certains industriels locaux faisaient déjà de l’éco-conception (1) sans le savoir, cherchant souvent, pour de simples raisons de coûts, à réduire systématiquement les quantités de matière ou la consommation d’énergie dans leurs process. Mais le rôle précurseur, en Rhône-Alpes et en France, des deux CCI ligériennes a fait que la démarche s’est ici très vite structurée autour d’un constat simple et pragmatique : la « green économy », ce n’est pas seulement imaginer et développer des technologies révolutionnaires ou futuristes. C’est aussi et d’abord « verdir » le business déjà existant dans la production de biens et de services.

D’abord un diagnostic
Ce pôle éco-conception s’est d’abord organisé comme un service consulaire, orienté en priorité vers les PME de son territoire. Le premier outil pédagogique qu’il a développé pour elles fut un « Diagnostic éco-conception », dont la 3eme version sort en ce mois de juin 2012. Cet outil répertorie près de 500 critères d’éco-conception et a été segmenté en trois versions : agro-alimentaire, industrie et services.
Samuel Mayer, ingénieur chimiste de formation et directeur du pôle, revendique le coté avant tout « pratico-pratique » de cet outil qui se veut un véritable marche-pied vers l’éco-conception pour les entreprises.

Deux cents diagnostics
Depuis sa création, le pôle éco-conception stéphanois a ainsi réalisé, à raison d’ une vingtaine par an, près de deux-cents diagnostics d’éco-conception auprès d’industriels de la région dans des domaines très variés : fabrication de tablettes de poudre solubles, de matériel de fitness, de mobilier gonflable, d’outils coupants, de compresseurs, activité de teinturerie industrielle, production de désinfectants et de détergents , entreprises des secteurs du luxe, de l’armement , de l’agro-alimentaire ou du loisir…
Séduites par l’originalité de la démarche stéphanoise, de nombreuses régions s’y sont intéressées. Du coup, en 2008-2009, le Pôle, toujours avec le soutien de la CCI, est devenu une association à part entière, présidée par l’ancien délégué interministériel au développement durable Christian Brodhag, directeur de recherche à l’Ecole des Mines, avec comme vice-président, Eric Paquet, directeur environnement du groupe Casino. Elle compte à ce jour une quarantaine de relais actifs dans l’Hexagone, via les réseaux consulaires ou des associations d’industriels, et a noué des partenariats au Québec et en Wallonie.

Un traité d’écoconception
Cinq permanents, ingénieurs ou dîplômés en management, plus quelques thésards ou post-doc, y phosphorent pour aider les PME a adopter des méthodes de production plus respectueuses de l’environnement. Parmi les outils développés: les « ateliers du pôle éco-conception », formations pratiques et ultra-concentrées pour les chefs d’entreprises ; l’édition d’ouvrages dont un « traité d’éco-conception » qui fait autorité, ou encore « Okala » un cours d’éco-conception spécialement destiné aux designers, « car du fait de leur position très en amont dans la production, les designers sont responsables d’environ 80 % de l’impact environnemental d’un produit… » explique Samuel Mayer.  
Autre best-seller du pôle, le sérious game « B to Green », jeu de Monopoly pédagogique pour guider les chefs d’entreprises se lançant dans le développement durable.
Et l’association, forte aujourd’hui de 150 adhérents, dont deux-tiers d’entreprises, est en train de percer aujourd’hui à l’international : reconnue exemplaire pour sa démarche globale par l’Union européenne, elle s’apprête à signer avec l’Espagne (Pays Basque), la Belgique ( Flandres) et le Pays de Galles un nouveau partenariat qui devrait consacrer cette reconnaissance de l’Europe, et les financements qui y sont liés.

henricolomb@wanadoo.fr

Pour en savoir plus sur le Pôle éco-conception : www.eco-conception.fr

(1) L’éco-conception, fusion des termes « écologie » et « conception », est une démarche consistant à intégrer l’environnement dès la conception d’un produit, mais aussi dans toutes les étapes de son cycle de vie: extraction des matières premières, fabrication, transport, usage, fin de vie, recyclage… Cette discipline récente évolue aujourd’hui vers « l’éco-socio-conception », pour intégrer, en plus des critères écologiques, les principes de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de l’équité intergénérationnelle et interculturelle. Cette préoccupation va se situer au cœur des débats du sommet Rio+20 de juin 2012, consacré entièrement à la « Green economy ».

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