Biotope

Immobilier de montagne: des pistes pour sortir de la bulle

L’immobilier de montagne représente un énorme patrimoine, en perte de vitesse, sous-utilisé, construit à coup de défiscalisation. Les initiatives locales, de nouvelles formes de gestion et de commercialisation permettent d’envisager une sortie de la bulle. Les rencontres bi-annuelles de Montagne 2040 aux Arcs ont montré samedi des pistes.

On passe d’une économie de l’avoir, à une économie de la fonctionnalité, solidaire et sociale.” Claude Comet, conseillère régionale déléguée en charge de la Montagne et du Tourisme résume le virage que l’immobilier de montagne peut amorcer, pour éviter le dérapage silencieux d’une bulle spéculative.

Deux opportunités doivent permettre de  permettre de changer d’époque : le vieillissement des propriétaires et l’émergence de nouveaux rapports à la propriété. Ces pistes ont été tracées samedi , en présence de Jean-Jack Queyranne, lors des rencontres semestrielles organisées par le Conseil Régional de Rhône-Alpes, aux Arcs, dans le cadre de la démarche Montagne 2040 lancée par la Région en 2013.

Premier changement, la mutation des générations. Sur 1,8 million de lits touristiques dans les Alpes du Nord,  305 000 seulement sont des lités marchands gérés par des structures collectives hôtels, résidences de tourisme, villages de vacances, auberges de jeunes, centres sportifs. L’immense majorité des lits se trouve dans des résidences secondaires propriétés de particuliers, y compris des meublés proposés par des agences ou en résidence de tourisme. L’offre s’est accrue dans les années quatre-vingt de 50 000 lits par an.

La construction, dopée par des incitations fiscales, et les permis de construire laxistes est le fait de propriétaire qui souhaitaient accroitre leur patrimoine. Mais aujourd’hui, l’essentiel de ces lits sont des lits froids que leur propriétaire utilise peu pour eux-mêmes, leur famille ou des amis.

Or les propriétaires dépassent le cap de la soixantaine au-delà duquel se pose la question de la transmission. Certains peinent à entretenir leur bien à payer les charges. Mais leurs enfants sont souvent peu enclins à prendre le relais. Les nouvelles générations ne partagent au plus qu’un attachement minime aux lieux où ils sont venus skier enfants! Très souvent les héritiers n’ont plus envie de venir toujours dans la même station. Ils ont pour la plupart des revenus inférieurs à ceux de leurs parents.

C’est l’occasion de tourner la page en adoptant une autre vision de la propriété. Le changement de génération peut être l’occasion de cessions, dans le cadre d’opérations de restructuration par exemple menées sous la houlette de la Caisse des Dépôts et Consignations. Le groupe isérois de distribution de matériaux de construction SAMSE s’engage dans des opérations de réhabilitation aux côtés d’artisans.

C’est aussi l’occasion d’inventer de nouvelles formes de commercialisation des biens. Des appartements doivent être commercialisés d’une manière décloisonnée. Une résidence de tourisme peut proposer des appartements en dehors de ses murs. Une hôtellerie  nouvelle peut proposer des appartements et des prestations hôtelières dans un parc d’appartement disséminé dans plusieurs immeubles.

Les techniques numériques, les médias sociaux, peuvent aider la mise en relation directe des propriétaires et des utilisateurs. Des outils de commercialisation  moins onéreux, plus rapides, peuvent contribuer à baisser les coûts. Les propriétaires eux-mêmes doivent accepter d’abaisser le montant des locations. Une association de Saint-Gervais (Haute-Savoie) met en relation propriétaires et demandeurs qui n’ont pas les moyens de payer le prix du marché. Moyennant un loyer revu à la baisse, quelques services, le propriétaire est assuré de percevoir de quoi faire face à ses charges.

Les pistes de la sortie de bulle existent. Il faut les élargir.

michel.deprost@enviscope.com

VOIR AUSSI