Environnement

Jean-Louis Lambert, président de la CAPEB Rhône-Alpes : les entreprises du bâtiment ont besoin d’une dynamique

Jean Louis Lambert, président de la CAPEB Rhône-Alpes, répond aux questions d’Enviscope.com et de Lyon Pole Immo.

 Que représentent les entreprises artisanales du bâtiment en Rhône-Alpes ?

L’artisanat et les petites entreprises du bâtiment dans la région représentent 44 000 entreprises, environ 158 000 salariés. La moitié de ces entreprises n’emploient pas de salariés. Les trois quarts des entreprises sont actives dans le secteur de la rénovation, une proportion d’activité qui ne varie pas, et qui montre l’importance de la rénovation dans notre activité et pour le parc lui-même.

L’évolution de notre tissu d’entreprises montre des traits qui doivent attirer l’attention. La taille des entreprises a tendance à diminuer. Les entreprises importantes les fameuses Entreprises de Taille Intermédiaire, ETI, dont on nous vante les mérites ont tendance à être de moins en moins nombreuses.

Il s’agit là des conséquences d’un effet de seuil, pour certaines obligations, mais c’est aussi l’illustration d’une complexité croissante de la vie économique, des réformes qui viennent sans cesse transformer et compliquer le travail du chef d’entreprise en particulier de petite entreprise, qui ne peut plus consacrer de temps à ces tâches, ni employer une personne pour les assumer.

Le comble de cette complexité est d’ailleurs atteint quand une collectivité comme la Région par exemple est obligée de créer des procédures pour accompagner les entreprises pour la mise en œuvre de mesures. Cette vie de plus en plus complexe se retrouve aussi au niveau national évidemment. Pour la rénovation, les procédures sont de plus en plus compliquées, puisqu’elles additionnent l’éco prêt à taux zéro, les déductions fiscales, les certificats d’économie d’énergie, CEE, et le label Reconnu Garanti de l’Environnement, RGE.

Comment le secteur des petites entreprises du bâtiment évolue-il ?

Nous nous trouvons toujours confrontés à la question des auto entrepreneurs. Ce statut a été créé pour faire sortir du travail au noir une partie de l’activité. Je n’aime pas l’expression travail au noir, car toutes les personnes ne sont pas malhonnêtes.

Mais ce statut ne règle rien sur le fond. Il n’est pas inscrit dans une vraie dynamique de développement, bien qu’il bénéficie d’avantages fiscaux et sociaux importants. Les auto entrepreneurs se trouvent rapidement confrontés aux limites de leur démarche. Aussitôt qu’ils augmentent leurs activités, ils sont assujettis à des prélèvements auxquels ils ne sont pas préparés. Ils sont donc plutôt incités à maintenir leur activité en deçà d’un seuil qui leur convient.

Ces entreprises sont à l’origine d’une concurrence déloyale du fait de l’existence de deux régimes de TVA, pour des entreprises qui interviennent vraiment pour la plupart d’entre elles, sur le même marché. Plus de la moitié des inscriptions au Registre des Métiers, dans notre secteur sont le fait d’auto entrepreneurs.

Le développement des auto entrepreneurs a-t-il d’autres effets négatifs ?

Les auto entrepreneurs ne créent pas d’emplois, car le plafond de leur chiffre d’affaires ne le permet pas. Ce qui a plusieurs conséquences.

Cela a pour effet de ne pas régler la question de l’emploi qui n’est souvent vue qu’à court terme, comme si l’emploi ne pouvait être que le résultat d’annonces, de mesures ponctuelles. IL y a beaucoup de communication dans tout cela alors que l’emploi suppose une prise en compte de la micro-économie, des réalités du fonctionnement des entreprises.

Mais l’absence de création d’emploi de la part des auto entrepreneurs, a une autre conséquence.
Ce statut ne permet pas l’embauche, en particulier pas l’embauche d’apprentis. Or, la formation d’apprentis est nécessaire pour renouveler les compétences de notre secteur où les petites entreprises sont déjà très nombreuses, donc handicapées parfois par leur petite taille en terme de réactivité, de service.

Le nombre d’apprentis dans les sections bâtiment des centres de formation a déjà reculé de 30%. Et si nous prolongeons la courbe, nous irons plus loin, les conditions mêmes de la formation risquent d’être remises en cause, et ce n’est pas la concentration de la collecte de moyens de la formation, des outils de formation qui permettra de répondre aux questions. On a besoin d’appareil de formation de proximité, capable de prendre en compte des réalités très différentes.

 

 

Que pensez-vous du régime unique Quel impact chiffré va avoir en 2014 la montée des taux de TVA sur le secteur? Comment la CAPEB perçoit-t-elle la réforme du statut de l’autoentreprise?

 

 

Comment le secteur de l’artisanat et des petites entreprises appréhende les questions d’environnement et d’énergie ?

Depuis plusieurs années toutes nos entreprises ont entendu parler de changement climatique, d’économies d’énergie, de Kyoto. Elles ont entendu parler d’isolation thermique par l’extérieur, d’étanchéité à l’air.

La CAPEB a réalisé un effort important pour pousser les formations dans cette direction, en utilisant plusieurs mesures, comme le plan FIBAT pour lequel Rhône –Apes a été a région qui a mis en place le plus grand nombre de formations. On peut estime qu’en cinq ou six ans, environ 5000 entreprises ont suivi des formations FIBAT. La CAPEB Rhône-Alpes dispose aussi d’un outil de formation, FABRA.

Des entreprises ont aussi mis en oeuvre des facilités permises par les Certificat d’Economie d’Energie.

Mais il faut avouer qu’on se retrouve là face au système compliqué que j’évoquais tout à l’heure.

L’éco conditionnalité qui suppose que les entreprises soient labellisées Reconnu Garant pour l’Environnement, va entrer en vigueur au juillet prochain ?

Nos entreprises sont très concernées, surtout celles qui travaillent avec les fluides, l’électricité, l’eau l’air, le chauffage. Oui, et sur ce point je suis sceptique quant au nombre de labels qui seront attribués.

 

La fiscalité réduite peut-elle avoir un impact sur la demande et sur le carnet de commandes des entreprises ?

La TVA au taux de 5% conditionné par la détention du label RGE est une bonne chose, mais là encore. Il faudra que la gestion de ce taux ne soit pas compliquée. Il faudra que le consommateur et les entreprises puissent se retrouver facilement entre les diverses catégories de travaux.

 

 

-Impact de la baisse d’activité (nette baisses des mises en chantier en

2013) dans le secteur: combien de pertes d’emplois en Rhône-Alpes en

2014 dans le secteur de l’artisanat du bâtiment

 

 

 

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