Jean-Pierre Royannez (FRSEA) : il ne faut pas alourdir l’agriculture par des handicaps

La sécheresse  et un changement climatique déjà réel, alourdissent les handicaps de l’élevage et de l’agriculure en Rhône-Alpes. Jean-Pierre Royannez, président de la Fédération des Syndicats d’Exploitants Agricoles de Rhône-Alpes explique quelles sont les difficultés de l’élevage régional.

La sécheresse qui sévit de manière de plus en plus grave dans la région est un handicap de plus pour l’élevage et l’agriculture?

Jean-Pierre Royannez : Nous étions récemment avec le président Queyranne dans l’Ouest de Lyon, pour évoquer les conséquences de la sécheresse qui sévit dans la région. Nous étions chez un agriculteur, on peut dire modèle, qui produit diverses cultures dont du maïs pour des volailles. Les maïs étaient secs et il aurait suffi d’une allumette pour y mettre le feu. La récolte ne sera pas utilisable alors que ce collègue a semé, réalisé tout le travail. Il devra acheter du maïs pour nourrir ses volailles.

On parle de réchauffement climatique, il est là. Nous aurons de plus en plus de chaleur, de canicule, de sécheresse. On le dit pour les êtres humains, ils ont besoin de boire, c’est aussi vrai pour les plantes et pour les animaux.

Quelles solutions pour la gestion de l’eau?

Il tombe beaucoup d’eau en Rhône-Alpes et il en tombera : nous devons décider de la gérer en fonction de l’évolution du climat. L’agriculture n’utilise que 3 % des précipitations qui tombent sur la région. Il nous faut des réserves d’eau, adaptées aux besoins des exploitations.

Nous sommes évidemment opposés à des projets qui mettraient en cause la diversité, les cours d’eau, mais tout cela peut se gérer. Avec 15 000  à 20 000 mètres cubes de réserves, il est possible d’aider une exploitation à traverser une période difficile, d’apporter de l’eau aux maïs, aux blés, sur les pâturages. Les champs et les prés font aussi partie de la diversité et les animaux mêmes les animaux sauvages ont besoin d’eau. Il ne faut pas oublier qu’une retenue créée donc elle-même de la diversité, et qu’il est possible de relâcher l’eau en tenant compte des besoins des milieux. Or nous voyons que les accords passés entre l’État et les organisations professionnelles pour faciliter la création de retenues n’ont pas débouché sur des réalisations.

Les conséquences ?

Quand les éleveurs ne disposeront plus de foin ou de paille, ils achèteront des fourrages qui viendront d’autres pays, même d’Espagne qui n’est pas un pays très humide. Ce fourrage aura un impact environnemental et énergétique.

Les problèmes de l’agriculture sont-ils causés par le fonctionnement de l’Europe ? Cette dernière privilégie la mise à disposition de matières premières qui puissent être proposées par l’agroalimentaire, et elle ne protège pas, sauf exception des produits IGP, des produits qui auraient simplement l’avantage d’être produits près des marchés

On critique souvent l’Europe mais sur plusieurs points c’est nous même en France qui créons nos handicaps. L’Europe énonce des règles valables pour tous les pays et certains États décident d’ accroître les règles. Ils placent alors leur producteur en situation défavorable.
C’est ce qui se passe dans le secteur des fruits où le consommateur français peut consommer des fruits qui on reçu des traitements reconnus par l’Europe alors que les fruits français auront du répondre à des normes plus onéreuses.

 La solution ?

Il ne faut pas penser qu’il ne peut y avoir qu’en seule forme d’agriculture, des exploitants qui ne produisent que des produits onéreux. Il peut avoir des exploitations de grande taille, performantes sur les plans économique et environnemental. L’environnement, le bien-être des animaux n’ont pas de rapport avec la taille, il peut y avoir des grandes exploitations bien gérées sur le plan de l’environnement, car elles ont investi et de petites exploitations moins performantes sur le plan environnemental. Il faut aussi produire pour tous les consommateurs, il faut seulement qu’on n’ajoute pas de contraintes réglementaires, sociales, environnementales, inutiles, auxquels les autres agriculteurs ne sont pas soumis. Sinon nos producteurs disparaîtront et les consommateurs devront acheter de plus en plus de produits importés sans même savoir d’où viennent ces produits.

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