Environnement

« Le nouveau Plan Loup est un plan de chasse d’une espèce protégée » selon l’Aspas

Loin de penser que le plan a essayé de ménager à la fois la protection de l’espèce et les intérêts des éleveurs, Pierre Athanaze, président de l’Aspas, regrette que ce soit une confirmation a minima des obligations de protection du loup. « L’Etat s’est placé en limite de ce que lui permet de faire l’Europe » dit-il.

L’Etat réaffirme heureusement certaines évidences fondamentales : 1/ le loup reste une espèce protégée, 2/ il faut permettre la progression de l’espèce, 3/ il faut lutter contre le braconnage, 4/ l’interdiction de tir des loups est maintenue dans le cœur des parcs nationaux et des réserves naturelles. « Heureusement ! Car le contraire serait à la fois extrêmement grave pour la protection de la biodiversité, et ne respecterait pas les obligations légales de la France par rapport à ses engagements européens (Directive Habitat Faune Flore, Convention de Berne) » précise l’Aspas. Sauf toutefois pour les tirs expérimentaux désormais autorisés dans la zone cœur du parc des Cévennes.     

Une déresponsabilisation des éleveurs ?

Toujours selon l’Aspas, le nouveau plan ne proposerait rien de satisfaisant pour améliorer réellement la cohabitation entre le loup et le pastoralisme. Des troupeaux domestiques pourront être déclarés « non protégeables » par leurs éleveurs. La prédation par des loups ou par des chiens devrait continuer et donc la situation empirer.

Quant aux « tirs de prélèvements », ils devraient tout simplement être abolis car ils n’ont rien à voir avec la protection des troupeaux : ces tirs consistent à tuer un loup possiblement très loin du bétail, sans rapport avec la prédation. Pierre Athanaze indique qu’il s’agit pour lui de « tirs politiques. Huit fois sur dix quand on tue un loup, on déstabilise la meute, qui pour se nourrir va préférer des bêtes plus faciles plutôt que du gibier sauvage ». La solution pérenne, c’est la protection des troupeaux.

Un véritable plan de chasse du loup

Le nombre maximum de loups pouvant être tué chaque année a doublé et l’Aspas craint qu’il puisse encore être augmenté régulièrement, suivant l’augmentation de la population de loups. « Ce n’est pas comme ça que ça marche. La population de loups s’autorégule et se stabilise comme c’est le cas en Italie ».

Malgré l’existence d’un quota de prélèvement, l’association déplore que les moyens soient mis pour atteindre ce plafond annuel : des « tirs de défense renforcés » avec plusieurs tireurs, possiblement plus loin des troupeaux qu’auparavant, et la mobilisation maximale des chasseurs. Cette politique s’apparente à un véritable plan de chasse, comme pour une espèce gibier.

Même s’il ne nie pas les préjudices que le loup peut occasionner aux troupeaux, pour Pierre Athanaze « Le loup est encore le bouc-émissaire facile d’une filière ovine confrontée à des difficultés économiques infiniment plus vastes ». Ce nouveau « Plan loup » apparait comme une occasion manquée d’œuvrer à une réelle cohabitation entre le loup et le pastoralisme.

Penser aussi forêt et tourisme

Il regrette également qu’on n’ait pas regardé la question avec l’œil du forestier : « En faisant changer le comportement des espèces proies du loup, notamment des populations d’ongulés, on permet une meilleure régénération de la forêt, on limite l’abroutissement des végétaux ».

Enfin l’angle touristique est ignoré. Le loup et l’ours permettent par exemple dans le parc des Abruzzes la mise en place de toute une économie touristique en relation avec leur présence.

antoine.reboul@enviscope.com

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