Bioéconomie

Les entreprises du paysage victimes de la fiscalité et de la concurrence déloyale

Les entreprises du paysage à leur tour, manifestent leur mécontentement et leur inquiétude devant la dégradation de leur situation. Les instances nationales l’Union nationale des entreprises du paysage ( UNEP) montent à leur tour au créneau. Le Conseil Stratégique de l’Unep appelle les entrepreneurs à alerter les parlementaires et à rejoindre les mouvements de protestation qui s’organisent localement.

Le président de l’Union nationale des Entreprises du Paysage, Emmanuel Mony est particulièrement inquiet : « Les mauvaises nouvelles s’accumulent depuis quelques semaines pour les entreprises du paysage. La commande publique est en chute libre, la TVA augmente et la concurrence déloyale fait des ravages. Pour couronner le tout, le gouvernement continue de faire la sourde oreille face à nos 25 propositions pour verdir la France. Les projets de loi en cours de discussion, comme la loi Duflot, ou le projet de loi agricole sont des occasions ratées de remettre les jardins et espaces verts au cœur de la société. Les 28 000 entreprises du paysage sont à bout de nerfs ! ».

Chiffre d’affaires moyen par actif en baisse de 10%

Les 28 000 entreprises  du secteur réalisent un chiffre d’affaires  5,25 milliards € et emploient 92 000 actifs. A 95 %  elles ont moins de 10 salariés. La profession, souligne l’UNEP,  se paupérise rapidement: le chiffre d’affaires moyen par actif a chuté de 10 % en  quatre ans.
La situation s’est fortement détériorée depuis le début de 2013 avec un recul de 3,5 % de l’activité  au premier trimestre et aucune croissance au deuxième  2013.

Les marchés publics enregistrent à eux seuls une baisse record de –5 % sur le premier trimestre, et  de 1 % au deuxième trimestre. « Les collectivités locales ne jouent plus le jeu », s’inquiète Emmanuel Mony. D’autant que la chute du marché de la construction augure d’une nouvelle baisse à venir des carnets de commandes.

Une fiscalité vécue comme confiscatoire

Emmanuel Mony s’interroge sur le paradoxe de l’éco-taxe : « L’éco-taxe est censée favoriser l’économie décarbonnée. Alors pourquoi l’appliquer aux entreprises du paysage ? Nous chargeons sur des camions nos matériaux et arbres à planter – ces mêmes arbres qui jouent ensuite un rôle essentiel pour stocker le CO2. Nos camions servent à transporter les produits de la biomasse vers les plateformes de compostage. Doit-on punir les entreprises qui ont pris l’habitude de recycler leurs déchets verts ? ».

Pour la TVA le passage de 19,6 à 20 % renchérira le coût des services et aura  un effet négatif sur la demande de travaux de jardinage. Le cas particulier des services à la personne est encore plus préoccupant. En passant de 7 % à 19,6 %, et bientôt 20 %, le taux de TVA sur les prestations de jardinage à domicile est quasi-triplé. Selon un dernière enquête de l’UNEP, plus d’un client sur deux prévoit désormais de se tourner vers un prestataire non déclaré ou de diminuer la prestation. 7 800 entreprises employant 11 200 actifs sont directement menacées.

Une  concurrence déloyale de plus en plus vive

Les entreprises du paysage souffrent d’une dévalorisation des prestations du fait d’un dumping social en provenance de pays  à main d’œuvre bon marché, ou de la compétition d’auto-entrepreneurs sans qualification.
Pour Emmanuel Mony, « Les auto-entrepreneurs qui s’improvisent jardiniers représentent une concurrence déloyale. La plupart ne s’embarrassent pas des mêmes contraintes que les entreprises du paysage en matière de qualifications, de respect de la réglementation et d’assurances. Notre métier comporte des risques et la sécurité est primordiale. Ils tirent les prix vers le bas, ne prennent guère de précaution, et nuisent à l’image de qualité pour laquelle nous nous battons. »

L’Unep qui avait publié début 2013, 25 propositions pour un avenir plus vert n’a pas eu de réponse. L’UNEP proposait de disposer d’un espace vert à moins de 300 mètres de chez soi,  d’instaurer une contribution en faveur de la biodiversité dans la construction, de favoriser les parkings végétalisés.
Aucune des 25 mesures n’a été prise en compte , ni dans le  plan Bâtiment, ni dans la la loi Duflot. Le projet de loi agricole adopté en Conseil des Ministres, pour lequel l’Unep avait fait des propositions, ne nécessitant pour la plupart aucune nouvelle dépense, fait  l’impasse sur les préoccupations de la profession.

michel.deprost@enviscope.com

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