Énergie

Les Japonais ne sont pas convaincus par la relance du nucléaire

Les Japonais sont encore sous le choc du tsunami et des accidents nucléaires de mars 2011. Le pays a été contraint à une transition énergétique rapide dans un contexte difficile, dont il ne s’est pas remis.

«  Le Japon est une ile, il ne peut pas bénéficier d’interconnexion comme peuvent le faire les pays européens.” a rappelé Eric Preud’homme, d’EDF, lors d’une conférence donnée dans le cadre de la Société française d’Energie Nucléaire, mardi 11 à Lyon. Le Japon ne peut compter que sur lui-même pour produire son électricité. Il n’a pas de ressources naturelles, gaz ou pétrole.

De plus, le pays est coupé en deux sur le plan de l’électricité. Une partie de son réseau fonctionne à une fréquence 50 hertz, une autre  à une fréquence de 60 Htz et les capacités de transfert d’une partie du réseau à l’autre sont faibles environ 1 GW.

Des économies d’énergie énormes

Les Japonais ont été contraints à des économies d’énergie brutales: réduction de la demande de 8% pour les ménages, de 15% pour les entreprises qui ont dû essayer produire une partie de leur courant. Le Japon a produit en 2011 un million de voitures en moins que l’année précédente. La climatisation a été limitée à 29 degrés ce qui a entrainé des décès dans les populations de personnes âgées.

Le pays a recouru massivement à des énergies fossiles : les importations de pétrole ont augmenté de 200%, et les importations de gaz naturel liquéfié de 38%. Le nucléaire représentait 25% de la production d’élecrtricité, les fossiles 66%. La part de ces derniers a grimpé à 90%. Le Japon a explosé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, fait plonger sa balance commerciale.

Pas prêts à une relance du nucléaire

Le Japon  doit tourner la page de Fukushima.  « Les trois réacteurs sont mis en sécurité,  et les opérations de démantèlement pourront commencer, mais elles dureront entre 30 et quarte ans «  souligne Eric Preud’homme. La centrale puise chaque jour 1000 tonnes d’eau dans une phréatique et  rejette chaque jour quelques 400 tonnes d’eau irradiée qu’il faut stocker dans des cuves qui contiennent déjà  400 000 tonnes  d’eau, des cuves sont certains fuient.

Trois ans après, selon Eric Preud’homme, les Japonais ne sont pas prêts une relance du nucléaire, bien qu’ils aient élu un premier ministre qui avait annoncé son intention de construire de nouvelles centrales. ,

L’opinion est encore majoritairement opposée au nucléaire, surtout chez les personnes les plus âgées, qui ont le sentiment d’avoir été trahies. Les jeunes générations sont moins hostiles.

Si le Japon relance des centrales nucléaires, les conditions du redémarrage seront  draconiennes. Le pays  investira dans les renouvelables, comme le montre l’accord entre la préfecture de Fukushima et l’Institut allemand Fraunhofer, de Fribourg, pour développer le solaire. Le nucléaire japonais devra fonctionner avec une autorité de sureté indépendante.  Le type de centrale devra être choisi avec précaution, entre la filière eau bouillante et la filière à eau pressurisée.  Les risques sismiques seront davantage pris en compte. Il sera nécessaire de prendre en compte les failles qui ne présentent pas un risque de séisme inférieur à 400 000 ans, alors que le niveau de risque était de 130 000 ans. Des centrales plus sûres, devraient être construites dans des régions moins exposées, sur la côte occidentaleet non en bordure du Pacifique.

michel.deprost@enviscope.com

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