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Nanomatériaux: pour Laurent Charlet, il faut dépasser la nanophobie

Professeur à l’Université Joseph Fourier, responsable de l’équipe de Géochimie de l’environnement du Laboratoire de géophysique interne et tectonophysique de Grenoble, Laurent Charlet est intervenu lors du séminaire organisé sur les  nanomatériaux, par Envitéra et Envirhonalp, à Villeurbanne.

L’enseignant chercheur a resitué largement le débat lors de cette rencontre ouverte au public.

Les usages des nanoparticules sont nombreux. Aux Etats-Unis, une tendance récente consiste à peindre des toits avec des peintures blanches pour éviter les ilots de chaleur. Le phénomène accroit l’accumulation de chaleur pendant la journée, chaleur stockée dans les immeubles qui contribue au réchauffement de l’air urbain. Ce «  whitening city »  suppose l’utilisation de nanoparticules d’oxyde de titane.

Des recherches sont menées pour utiliser des nanoparticules sur les panneaux photovoltaïques, des peintures, des poignées anti bactériennes. En médecine des nanoparticules sont utilisées pour  réduire les doses d’antibiotiques ou pour accroitre l’efficacité de traitements contre le cancer.

On trouve des nanoparticules dans les pneumatiques, dans les freins où des nanoparticules d’oxyde d’antimoine remplacent l’amiante, dans des circuits électriques.  Des nanoparticules sont utilisées dans des emballages comme en cosmétique pour des crèmes solaires, des rouges à lèvres, pour des produits de  blanchissement des dents. ” Il est plus difficile d’avoir des informations dans ce secteur. L’Oréal a un centre de nanoparticules en Irlande sur lequel les informations ne sont pas données” explique Laurent Charlet.

Utilisation ancienne

Le recours à des nanoparticules n’est pas récent. L’artisanat et l’industrie utilisent depuis longtemps  certaines nanoparticules… …  sans le savoir !  Un procédé ancien consiste à utiliser des fumées de silice pour accélérer la prise du ciment.

«  Notre monde est en train d’être envahi par ces nanoparticules” reconnait Laurent Charlet. Cette invasion inquiète car la connaissance plus fine laisse entrevoir des usages intéressants et des risques. La question n’est pas marginale: l’industrie produit déjà dans le monde 200 tonnes de nanotubes de carbone par an.

Des nanoparticules naturelles

  Il faut d’autant plus avoir une connaissance globale que les nanoparticules ” artificielles” s’ajoutent aux nanoparticules naturelles. Des nanoparticules se trouvent dans des sols volcaniques, sont produites par l’érosion. Les bactéries  contiennent des nanoparticules, comme la magnétosine, qui permet d’orienter dans le champ magnétique.

Certaines particules sont produites involontaitement par des activités humaines traditionnelles. Des  aérosols résultant de la combustion de charbon ou de la bouse de vache noircissent les glaciers de lHimalaya, contribuent changement d’albédo qui accélère la fonte de ces réserves d’eau douce

Connaissance

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La nanophobie qui voit des nanoparticules dangereuses partout, doit céder la place à la connaissance. Une nanoparticule c’est une particule qui doit être inférieure dans une dimension à 100 nanomètres, c’est-à-dire à 10 millionièmes de mètre.

La deuxième caractéristique importante est la surface des nanoparticules. Les nanoparticules présentent des surfaces considérables. Pour un même élément, il peut exister  des milliers de formes de nanoparticules. Les nanoparticules ne sont pas stables par rapport à la coagulation: agglomérées, elles n’auront pas le même effet qu’isolées. ” Des nanoparticules naturelles sont nombreuses. Dans un mètre carré de sol, il ya 30 à 50 millions de mètres carrés de surface de nanoparticules, d’argile, d’oxyde,  mais ces particules n’ont pas créé trop de problèmes en raison de l’agrégation qui fait le structure des sols” explique Laurent Charlet

Définir les dangers puis les risques.

Pour donner un statut aux nanoparticules, il convient d’étudier les dangers liés à une exposition. Il faut ensuite calculer le risque, c’est-à-dire la probabilité d’être exposé.

Il faut ensuite mesurer leur présence. Il s’agit donc de développer des dosimètres capable de mesurer la présence de particules dans l’air, l’eau, le sol. Il faut ensuite contrôler la diffusion de ces particules, définir les conditions de manipulation pour les travailleurs pour éviter le contact avec la peau, l’inhalation, l’ingestion. Avant de passer à la protection des consommateurs.

michel.deprost@enviscope.com

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