Énergie

Nucléaire : L’exploitation pendant 40 ans n’est pas à priori évidente pour l’ASN

Pour le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, Franck-Pierre Chevet, la situation globale du parc nucléaire d’EDF est satisfaisante, mais la prolongation des réacteurs pendant quarante ans n’est pas à priori évidente.L’ASN a présenté le 15 avril à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), son rapport sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en 2013.  L’ASN a présenté son rapport le 16 avril à la presse internationale, nationale et régionale.

L’année 2013 se situe dans la continuité des années précédentes et l’ASN n’a pas constaté de nouveau problème majeur et la situation actuelle est globalement assez satisfaisante.

Pour les centrales nucléaires d’EDF, l’ASN a constaté comme en 2012, un accroissement significatif de la durée des arrêts pour maintenance des réacteurs. Cette situation peut avoir des impacts défavorables sur la sûreté et doit faire l’objet d’une action prioritaire d’EDF. La rigueur des opérations d’exploitation au quotidien reste aussi à améliorer. En matière d’environnement, l’ASN observe encore de nombreux écarts sur l’ensemble des centrales.

Parmi les sites EDF qui se distinguent de manière positive, l’ASN note les sites de Penly et Golfech qui se détachent favorablement en sûreté nucléaire. Penly, Golfech et Civaux  se placent bien en  matière de radioprotection, et Dampierre en matière de protection de l’environnement.  Plusieurs sites dont Bugey, affichent des performances en retrait.

L’avenir du parc nucléaire est au cœur des préoccupations de l’Autorité de Sûreté. Le parc de centrales nucléaires d’EDF a été mis en service progressivement de la fin des années soixante-dix au début des années 2000. Les réacteurs doivent subir tous les dix ans une visite décennale permettant de contrôler la bonne tenue des éléments irremplaçables que sont notamment les réacteurs. Un «  feu vert » pour dix ans ne signifie pas un chèque en blanc et l’ASN peut après un contrôle, décider la mise à l’arrêt d’une installation.

Pour que l’ASN donne le feu vert pour dix ans, plusieurs conditions essentielles sont nécessaires. D’abord, les équipements importants pour la sûreté tels que la cuve du réacteur ou l’enceinte de confinement doivent répondre aux exigences initiales fixées lors de la conception. Les installations doivent être réévaluées au regard des exigences de sûreté les plus récentes qui s’appliquent aux réacteurs de nouvelle génération tels qu’EPR. Le nucléaire progresse en France par intégration des retours d’expérience, et non pas seulement par rapport au respect des règles de conception initiales.

 

Le président de l’ASN rappelle que les améliorations demandées au titre des évaluations complémentaires de sûreté effectuées après l’accident de Fukushima doivent  être réalisées. Pierre-Franck Chevet a rappelé que les dates des visites décennales ne sont pas calées sur les anniversaires décennaux des réacteurs.

« Un accident nucléaire est toujours possible ».

« La gestion d’un accident est un sujet majeur sur lequel il convient de progresser », a précisé Pierre-Franck  Chevet. Fukushima a démontré, après Tchernobyl, qu’au-delà de toutes les actions de sûreté qui visent à prévenir de tels accidents et à réduire leurs conséquences, il faut se préparer à faire face au niveau international à des crises de grande ampleur et de longue durée.

« De telles crises en Europe concerneraient plusieurs pays, et nous devons impérativement travailler à harmoniser nos gestions de crise, qui actuellement sont basées sur des critères techniques de décision différents ».

Au-delà de la responsabilité première de l’exploitant pour la gestion sur site d’un accident  l’ASN  préconise de mettre en place en Europe des dispositions exceptionnelles de gestion de crise permettant à l’Autorité du pays où surviendrait un accident de bénéficier de moyens renforcés. Cet élargissement s’inspire de l’organisation mis en place en France par EDF sous la forme d’une Force d’Action Rapide Nucléaire mettant à  la disposition des exploitants d’une centrale, des moyens prépositionnés au niveau régional.

michel.deprost@enviscope.com

VOIR AUSSI