Solaire

Nordine BOUDJELIDA

 Les professionnels sont il prêts à l’arrivée de la Réglementation Thermique 2012

L’ADEME n’a pas vocation à réaliser des contrôles, mais nous écoutons les représentants des professionnels et des entreprises.  Les services de l’Etat et la Cellule Economique Rhône-Alpes qui réunit les informations sur la construction possèdent  des indicateurs. Je serai prudent mais pour le secteur du neuf, nous avons le recul fourni après de nombreux appels à projets PREBAT.
Le nombre de demandes de  labellisation a augmenté  de 65% à la fin de 2010 par rapport aux trois derniers mois précédents. Pour la maison individuelle, les informations sont beaucoup plus difficiles à réunir, les intervenants sont plus nombreux et plus épars et les maitres d’ouvrages demandent moins souvent la labellisation de leur construction.

La règlementation sera-telle rapidement appliquée ?

La réglementation, est souvent mal perçue. Certains  continuent à penser qu’une réglementation se met en place lentement, qu’il faut laisser du temps  pour que chacun applique, qu’il faut des délais, des dérogations.

Il faut sortir de ces habitudes. Les périodes d’adaptation sont de plus en plus courtes, il y a aura de moins en moins de dérogation.
L’un des thèmes souvent évoqué pendant le grenelle de l’Environnement a été celui des signaux à envoyer aux marchés. C’est le rôle de la réglementation qui doit accélérer les mutations, changer les habitudes, pousser à anticiper.
Ce n’est d’ailleurs pas un obstacle pur les grandes entreprises, qui acceptent les nouvelles règles et travaillent pour s’y adapter. Cela peut être difficile pour des structures plus petites, mais le sens de la loi c’est d’œuvre dans le sens de l’intérêt général.

La règlementation 2012 peut-elle entrainer des surcoûts ?

  Le niveau des surcouts a évolué. On parlait il y a quelques années de surcoûts de 15 à 20%. On parle aujourd’hui de surcoûts de 5 à 10%, c’est du moins ce qui a été observé  précisément sur des réalisations dans le cadre des appels à projets PREBAT, qui étaient elles-mêmes en avance sur les obligations.
  Ces surcoûts pourront être réduits avec la généralisation des matériaux, des équipements et des techniques et grâce à une mise en œuvre plus efficace.

Les surcouts  sont donc maitrisables ?

Il ne faut d’ailleurs pas parler de surcout, il faut parler d’investissements,  destinés à permettre  par la suite des économies dans la gestion des bâtiments.
Il faut que chacun adopte un comportement plus conforme à l’intérêt général et envisage l’avenir. Dépenser davantage pour l’efficacité énergétique ou l’environnement, c’est réduire des dépenses futures, voire réduire des risques comme les risques liés au changement climatique.
On ne peut pas imaginer des voitures dans lesquelles les freins seraient sur option. Il faut obligatoirement des freins pour s’arrêter.

Il faut aussi prendre en compte le fait que des constructions plus efficaces, de meilleure qualité,  trouveront davantage leur place sur le marché, de la vente ou de la location, ce qui est le cas de bâtiment basse consommation.
Enfin, il ne faut pas publier les usages. Un batiment basse consommation ne suffit. Il faut que les utilisateurs l’habitent correctement. Il faut donc des consignes applicables, on est ici dans l’immatériel, mais c’est fondamental.

Quelles sont les orientations futures des actions de l’ADEME ?

L’ADEME a pour fonction d’impulser, d’être en avant. Une fois qu’une règlementation est adoptée, nous sommes déjà passés à l’étape suivante.
Nous travaillons de plus en plus sur  le poids de l’énergie grise, et pas seulement l’énergie de fonctionnement d’un bâtiment, d’un logement.
L’énergie grise est représentée par l’énergie utilisée pour produire tous les éléments, mais aussi les matériaux. Il faut évidemment prendre en compte la production, mais aussi le transport. Et cette énergie grise prise en compte pour la construction neuve, doit aussi, être prise en compte dans le cas de la réhabilitation, car la question peut parfois de poser de l’intérêt de réhabiliter !

Voyez vous émerger des filières nouvelles pour les matériaux permettent d’améliorer l’efficacité énergétique comme le chanvre ou la paille ?

Je serai prudent sur ce point là qui relève des compétences du Centre scientifique et Technique du Bâtiment. En revanche un matériau se développe fortement partout, c’est le bois, aussi bien pour la construction que pour la production d’énergie. Je l’ai vu en Lorraine région d’où je viens, avec des difficultés au niveau de la première transformation, des scieries, comme en Rhône-Alpes.

Quelles nouvelles étapes pour filière ?

  Il est nécessaire de regarder justement sur ce point comment on valorise la production régionale de bois. Si des bois partent pour être transformés loin de leur lieu de production, le bilan environnemental, mais aussi économique et en terme d’emplois est moins bon. Or, les économies qu’on cherche à obtenir, on peut les réaliser en transformant localement. Il faut vraiment développer les filières de proximité pour obtenir des bilans intéressants.

  Le bois énergie a posé polémique parfois entre l’ADEME et les associations de surveillance de la Qualité de l’Air ?

Il faut que les filières se mettent en pace  pour assurer l’approvisionnement, en quantité et en qualité. Aussi bien pour les plaquettes, les granulés que pour le bois bûches ? Nous sommes vigilants à la qualité  de la matière première et à celle de la combustion.
     Nous savons que la combustion du bois émet des particules, des poussières, des particules de 10 microns, qui sont nuisibles  à la santé et ces particules peuvent être identifiées, différenciées des particules émises par le moteur diesel!  
    On ne peut pas savoir quelle est l’appareil qui les émet, mais on sait que sur des installations importantes,  deux ou trois kilowatt, l’investissement qui permet de filtrer les poussières, peut-être réalisé. Ce n’est pas le cas sur une installation de petite puissance, 300 KW par exemple, qui permet de chauffer une dizaine de logements.
  Nous avons comme objectif de réduire la quantité de micro particules bien dessous des 150 microgrammes  par mètre cube d’air qui sont la norme actuelle. Dans le cadre des Plan de Protection de l’Atmosphère et dans le cadre des appels à projets du Fonds Chaleur Bois, les aides de l’AGENCE ne vont qu’à des installations qui ne dépassent pas 30 microgrammes par mètre cube d’air et nous irons vers 20 milligrammes.

Le solaire thermique a du mal à se développer alors qu’il s’agir d’un investissement plus léger ?

Il s’agit d’un investissement plus léger mais moins spectaculaire et dénué de dimension spéculative. Il a été occulté en quelque sorte par le photovoltaïque. C’est pourtant un bon investissement sur le plan technique. Les bailleurs sociaux se sont lancés.

Où le photovoltaïque en est-il ?

   Nous travaillons avec l’Institut National de l’Energie Solaire sur un programme de suivi des installations solaires thermique en Rhône Alpes, pus en Provence Alpes Côte d’Azur et en Languedoc Roussillon. L’objectif est de suivre le productible, les incidents et d’avoir des retours d expériences. Nous allons engager la même démarche sur le solaire photovoltaïque.

    Le solaire photovoltaïque s’était emballé. Les tarifs d’achats avaient suscité des comportements spéculatifs, avec la création d’intermédiaires qui mettent en place des interfaces commerciales, sans assurer la réalisation, avec parfois une qualité insatisfaisante.
  Or la situation des finances publiques , on le voit en ce moment n’a pas permis de soutenir ce développement qui avait permis à la France d’être dans les objectifs prévus par le Grenelle de l’Environnement. Il fallait refroidir la machine.    Nous en sommes aujourd’hui à des actions qui doivent permettre à la filière solaire de se développer sur des bases solides.
    Recueilli par Michel Deprost ( Enviscope) et Sylvain D’huissel ( Lyon Pôle Immo)

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