Dans le cadre de son rapport sur les risques sanitaires générés par les réseaux sociaux numériques, l’ANSES souligne les troubles anxio-dépressifs.
Le lien entre l’usage des réseaux sociaux numériques et les symptômes anxio-dépressifs relève de dynamiques complexes, rappelle le rapport. Les symptômes anxio-dépressifs résultent d’interactions entre vulnérabilités psychologiques, contextes familiaux, sociaux et environnementaux, mais aussi des activités des adolescents sur les réseaux sociaux.
Plusieurs études montrent deux groupes en situation de vulnérabilité : les filles, d’une part, et les adolescents présentant initialement des symptômes dépressifs ou anxieux d’autre part. L’usage des réseaux sociaux numériques constitue un facteur contributif des troubles anxio-dépressifs. Plusieurs facteurs intermédiaires entrent en jeu: altération du sommeil, cyberharcèlement, comparaison sociale. Le FoMO (Fear of missing out), est défini comme la peur de manquer des expériences sociales, telles que des événements ou des informations.
Cyberharcèlement
Le cyberharcèlement entretient un important du lien entre utilisation des réseaux sociaux numériques et les symptômes anxio-dépressifs. La cyber-victimation entraîne une augmentation des symptômes dépressifs, symptômes qui à leur tour, augmentent la probabilité de devenir victime de cyberharcèlement, par exemple au travers d’une activité plus fortement orientée vers l’interaction sociale et les réseaux sociaux numériques.
Le FoMO, nourri par le désir de rester lié aux autres, entraine une connexion qui elle-même peut entraîner une perte de contrôle dans l’usage du numérique, favorisant le développement d’un usage problématique des réseaux sociaux. Cet usage est régulièrement associé à un mauvais sommeil, à des troubles anxiodépressifs, voire à des troubles du comportement.
Non seulement l’usage problématique des réseaux sociaux numériques peut favoriser une détérioration de la santé mentale, mais inversement, un état de mal-être psychologique initial peut induire un recours accru, parfois compulsif, aux réseaux sociaux numériques, créant ainsi une spirale de difficultés difficile à rompre.
Certains auteurs ont formulé l’hypothèse que, face à des émotions négatives, certains jeunes adoptent une méthode de gestion du stress fondée sur l’échappatoire vers les réseaux sociaux numériques afin de soulager rapidement leurs émotions négatives. Mais cette stratégie d’échappement favorise vite une perte de contrôle dans l’utilisation des réseaux sociaux.
Exploitation des mécanismes psychologiques
Certaines interfaces des réseaux sociaux numériques sont délibérément conçues pour exploiter de manière trompeuse ces mécanismes psychologiques afin d’attirer et retenir l’attention des utilisateurs. C’est le cas du défilement infini et des contenus éphémères qui jouent sur le FoMO. De plus, les algorithmes de personnalisation de contenu des réseaux sociaux numériques créent un effet « silo » : plus un utilisateur interagit avec des contenus promouvant des idéaux de beauté, par exemple, plus ces contenus lui sont suggérés, renforçant ainsi leur influence.
Renforcement par les algorithmes
Ce renforcement algorithmique peut concerner les contenus relatifs aux troubles des conduites alimentaires, ceux relatifs au suicide, à l’automutilation et aux conduites addictives. Ces contenus banalisent ces comportements, voire leur imitation chez ces jeunes déjà en détresse. Un adolescent cherchant des informations sur la souffrance psychique sera exposé de manière accrue par les réseaux à des témoignages ou à des contenus susceptibles de renforcer ou provoquer mal-être et idées suicidaires.
Les réseaux sociaux numériques, comme d’autres médias, peuvent contribuer à l’effet Werther, un concept décrivant la contagion suicidaire par imitation, en accélérant la diffusion à grande échelle de ces contenus relatifs aux suicides de personnalités ou de pairs




