Sclérose en plaques : une piste pour les chercheurs de l’Université de Genève

Des chercheurs de l’Université de Genève ont découvert qu’un agent de liaison à l’ADN, TOX,  annihile les défenses mises en place par le cerveau contre les réactions auto-immunes qui attaquent ses cellules, créant des dégâts irréversibles.

La sclérose en plaques touche une personne sur 1000. Elle se manifeste par poussées en engendrant des troubles fonctionnels variables pouvant toucher la vision, la communication et les fonctions locomotrices. Il n’existe à ce jour  pas de remède,  les traitements reposant principalement sur la prise en charge des symptômes, en favorisant notamment l’accélération des phases de rétablissement après une rechute et en réduisant la quantité et la gravité des rechutes. Les causes de la maladies sont aussi mal connues, certaines causes pouvant être d’origine environnementale.

Des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ont publié dans la revue Immunity, des travaux qui ouvrent de nouvelles perspectives dans la compréhension et le traitement des maladies auto-immunes.

Réactions auto-immunes

On sait que la sclérose en plaques est provoquée par des facteurs génétiques, mais aussi par des facteurs environnementaux comme les infections ou encore le tabac. Mais on ignore pourquoi  elle se déclenche dans certains cas et pas dans d’autres. «Nous avons alors décidé d’analyser les facteurs infectieux en étudiant les réactions auto-immunes provoquées par différents pathogènes, afin de tenter d’identifier un élément qui influerait sur le développement de la sclérose en plaques en cas d’infection», explique Doron Merkler, professeur au Département de pathologie et immunologie de la Faculté de médecine de l’UNIGE et au Service de pathologie clinique aux HUG.

Les chercheurs ont sélectionné deux pathogènes distincts provoquant une réponse du système immunitaire: un pathogène viral, et un pathogène bactérien injectés à des souris saines. Une réaction immunitaire quantitativement identique des lymphocytes nommés T CD8+ a été constatée.  Mais, seule la souris infectée par le pathogène viral a développé la sclérose en plaques. Les chercheurs ont ensuite analysé comment l’expression des gènes des cellules T CD8+ variait en fonction du pathogène utilisé pour les activer. Ils ont identifié TOX, un facteur de liaison de l’ADN exprimé uniquement dans les cellules activées par le pathogène viral.

L’environnement inflammatoire influence donc  la présence de TOX dans les lymphocytes T qui pourrait jouer un rôle dans le déclenchement de la maladie.  Les immunologistes ont  validé le lien entre TOX et la sclérose en plaques en supprimant l’expression de ce facteur de liaison à l’ADN dans les lymphocytes T CD8+ de souris saines.

Le rôle de TOX

Quel est alors le rôle de TOX dans le déclenchement de la maladie  ? «Notre cerveau a une capacité de régénération limitée, explique Doron Merkler. C’est pourquoi il doit se protéger des réactions immunitaires du corps qui peuvent détruire ses cellules en voulant combattre le virus, créant des dégâts irréversibles. Le cerveau met en place des barrières qui bloquent le passage des lymphocytes T.» Or TOX, en modifiant l’expression de récepteurs de la surface des lymphocytes T CD8+ chargés de recevoir les signaux de blocage envoyés par le cerveau, permet à ces cellules de franchir les garde-fous et d’attaquer les cellules cérébrales, provoquant  la maladie.

Les chercheurs ont constaté que TOX était également exprimé dans les lymphocytes T présents dans les lésions de sclérose en plaques. « C’est un résultat encourageant pour la compréhension des causes de la maladie, mais il reste encore beaucoup de travail pour établir ce qui provoque véritablement la sclérose en plaques chez l’homme», confirme Nicolas Page. A présent, les chercheurs vont cibler le fonctionnement de TOX et son implication dans d’autres maladies auto-immunes ainsi que dans certains cancers.

 

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