Energie

A Grenoble, de nombreuses contributions au débat sur la transition énergétique

Michel Colombier, directeur scientifique de l’Iddri1, plante le décor en évoquant les quelque 20 scénarios qui polarisent les débats au plan national. A Grenoble, comme d’ailleurs chez les industriels présents Saint Gobain ou Schneider Electric, on n’a pas attendu pour agir. « Dès 1999 nous avons commencé à travailler sur nos domaines de compétences que sont les transports et le bâti », explique Jean-Marc Uhry, vice-président de la Métro. En Rhône-Alpes, c’est Benoit Leclair, vice-président de la Région en charge de l’Environnement qui est à la manœuvre, notamment à travers «Terra 2050 »2, scénario régional ambitieux visant le facteur 4. L’action de Rhône-Alpes est d’ailleurs saluée par Cécile George, directrice de l’accès aux réseaux électriques à la CRE3, qui cite les 15 projets de smart grids développés à Lyon et Grenoble.

   

Pour Roger Léron, président de Rhône-Alpes Energie Environnement, ici au côté de Benoît Leclair, vice-président de la Région, « il ne faut pas s’arrêter aux prix de l’énergie, mais intégrer aussi la qualité de l’air et l’environnement. » [Photos Enviscope]

Autour de la table, si on ne sait pas répondre à la question sur la part de l’électricité dans le mix énergétique de demain, on s’accorde en revanche sur : – la nécessité de développer les ENR, mais à condition d’un fort investissement sur les réseaux (40 Md €) insiste Jacques Longuet, directeur d’ERDF Alpes-Bourgogne ; – la nécessité de penser un système global et non pas par filière recommande Nouredine Hadj-Saïd, professeur à Grenoble INP ; – le fait de voir le national et le local comme complémentaires.

National, local de nouvelles répartitions des compétences ?

Sur ce dernier point, celui de la gouvernance, les lignes bougent. Déjà en avril dernier des propositions avaient été faites par un groupe représentant collectivités locales et ONG visant à renforcer l’échelon territorial et le rôle des Autorités organisatrices de la distribution (AOD). Bertrand Lachat, représentant les communes concédantes en tant que président du Sedi et de l’Usera4, rappelle d’ailleurs que la loi de décembre 2012 organise le regroupement des communes au sein d’un syndicat départemental, interlocuteur privilégié des gestionnaires de réseaux.

De leur côté des agglomérations comme Grenoble revendiquent la compétence d’autorité organisatrice. Et le Grand Lyon, en fusionnant avec une partie du département du Rhône –opération validée en Conseil des ministres le 10 avril 2013– a précipité les choses. C’est ce qui incite Jean-Yves Balestas, adjoint au maire de Saint-Marcellin à plaider pour la constitution d’une métropole regroupant toutes les villes du sillon alpin, de Valence à Annecy, dans laquelle on puisse se donner les moyens d’agir. Ce à quoi Benoit Leclair réagit en disant qu’entre les deux métropoles il y aura tous les territoires ruraux, laissés pour compte.

Le financement, nerf de la guerre

Sur la question du financement, plusieurs solutions sont évoquées : la SPL mise en place par la Région, l’appel à tiers financeur… Le sénateur haut-savoyard, Jean-Paul Amoudry, vice-président de la FNCCR5, souhaite quant à lui « que l’on conserve ce qui marche ». Il veut renforcer le Facé6 et généraliser l’usage des Certificats d’économie d’énergie (CEE). Des CEE que Roger Léron, président de RAEE, voudrait bien voir évoluer en “CAA”, si l’on peut dire : Certificats d’Amélioration de l’Air. Il propose également d’aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence (7Md € par an).

Pour Pierre Ducret, président de la Caisse des Dépôts et Consignations – Climat, qui rendra son rapport à Delphine Batho et Cécile Duflot la semaine prochaine, « Le plus difficile c’est le bâtiment public. L’essentiel de la dette portera sur l’Etat, qui n’a plus de marge de manœuvre ». Pourtant c’est le public qui doit montrer la voie, si l’on veut atteindre l’objectif de 500 000 logements rénovés par an. C’est au niveau européen que la décision doit être prise. « Un plan de rénovation des logements peut avoir un effet de levier bien plus important et rapide qu’un plan sur les infrastructures » ajoute Pierre Ducret, qui préconise en plus que les prêts de rénovation thermique soient assimilés à des prêts immobiliers.

antoine.reboul@enviscope.com

1 IDDRI : Institut du Développement Durable et des Relations Internationales

2 TERRA 2050 : Transition Energétique Région Rhône-Alpes 2050

3 CRE : Commission de Régulation de l’Energie

4 SEDI:  Syndicat d’Energies du Département de l’Isère, USERA : Union des Syndicats d’Energies de Rhône-Alpes

5 FNCCR : Fédration Nationale des Cellectivités Concédantes et Régies

6 Facé : Fonds d’amortissement des charges d’électrification

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