Énergie

Incident de Tricastin : le risque de réaction en chaîne est contrôlé selon l’Autorité de Sûreté

Le 8 septembre lors du déchargement du combustible du réacteur n° 2 de la centrale nucléaire EDF du Tricastin, deux assemblages combustibles sont restés accrochés aux structures internes supérieures de la cuve du réacteur. L’évènement crée une situation très délicate, soulignée par exemple par la CRII RAD et les Verts de Rhône Alpes.

Les 29 et 30 septembre EDF a présenté à l’ASN, sur une maquette de cuve de réacteur, au centre d’expérimentation et de validation des techniques d’intervention sur chaudières nucléaires à eau pressurisée (CETIC) de Châlon-sur-Saône, les solutions envisagées pour récupérer ces deux assemblages. Le dossier de la solution retenue par EDF comprenant une analyse de risque liée à l’intervention a été transmis à l’ASN qui demande une expertisé par l’IRSN ( Institut de Sûreté et de Radioprotection Nucléaire) Au vu des résultats l’ASN statuera sur la solution proposée et sur la nécessité d’imposer, le cas échéant, à EDF des mesures complémentaires.


Chute éventuelle des assemblages



Par ailleurs, l’Autorité de Sûreté Nucléaire explique avoir mené une inspection inopinée le 17 septembre pour examiner la gestion de l’événement. Philippe Ledenvic, directeur régional de l’industrie , de la recherche de l’Environnement, qui est aussi délégué régional de l’ASN, a écrit au directeur de la Centrale une lettre de suite qui livre les informations suivantes.


Actuellement , une éventuelle chute des deux assemblages pourrait avoir deux conséquences. Le premier est un risque de criticité, c’est à dire le déclenchement d’une réaction en chaîne incontrôlée. L’ASN considère qu’il n’y a pas de risque de criticité. Les barres de contrôle de la réaction en chaîne sont en effet complètement insérées dans le cœur du réacteur. L’eau de refroidissement contient une forte concentration en bore, un élément qui absorbe les neutrons ce qui permet d’étouffer la réaction en chaîne.


Le deuxième risque est le relâchement à l’intérieur et à l’extérieur de la centrale de produits de fission gazeux La lettre du délégué de l’ASN rappelle que l’enceinte de confinement et le système de ventilation sont conçus pour éviter les rejets d’éléments hors de l’enceinte. A ce jour à aucun rejet à l’intérieur ou à l’extérieur de l’enceinte de confinement du bâtiment réacteur et le refroidissement des assemblages est assuré.


L’Autorité de Sûreté estime que l’organisation de crise mise en place par le CNPE a « permis de bien gérer l’événement malgré l’absence de procédure spécifique associée » . L’exploitant du CNPE de Tricastin a ainsi dû déterminer en urgence, le 8 septembre 2008, quelle était l’organisation à mettre en place pour gérer l’événement ainsi que les options techniques à déployer pour garantir la sûreté du réacteur et assurer la sécurité des intervenants.


Vérifier le jeu entre entre les assemblages


L’inspection note aussi la non prise en compte d’une des actions correctives mises en oeuvre dans le cadre du retour d’expérience d’un événement similaire survenu au CNPE de Nogent-sur-Seine en 1998. Les services centraux d’EDF avaient ajouté une prescription qui consiste à vérifier que le jeu entre deux assemblages ne dépasse pas 10 mm. Après relecture de l’enregistrement vidéo de l’opération de vérification, il s’avère que pour l’un des assemblages concernés par l’événement, le critère de jeu n’était pas respecté à l’issue du rechargement de 2007. Les inspecteurs ont aussi vu que la vérification de ce critère « s’effectue par des moyens peu appropriés qui ne garantit pas une mesure précise. L’ASN demande la prise en place de mesures précises.


Les inspecteurs ont aussi contrôlé le rapport de conformité du pont qui soutient actuellement l’ensemble constitué par les EIS et les deux assemblages accrochés. Plusieurs points n’ont pas été vérifiés, en particulier, des essais de survitesse n’ont pas été réalisés par décision interne d’EDF sans qu’une dérogation formelle ait été demandée. Le délégué rappelle d’ailleurs que la conformité des appareils de levage est récurrente sur l’ensemble des CNPE » .


Le délégué régional de l’ASN demande la prise en compte de plusieurs points. Pendant les phases de manutention combustible, les intervenants disposent d’une règle particulière de conduite qui indique la conduite en cas d’événement. Jusqu’ici, la levée des éléments n’était pas considérée comme une manipulation de combustible. L’ASN demande au directeur de la centrale de « considérer désormais, au niveau de votre organisation, que l’opération de levée des internes constitue une phase de manutention combustible, et de lui appliquer les dispositions organisationnelles qui découlent de ce statut »


L’ASN demande aussi que des mesures soient prises pour vérifier les conséquences de l’incident sur le réacteur. Le refroidissement du cœur de ce dernier est actuellement assuré par le circuit de refroidissement à l’arrêt (RRA). La poursuite du fonctionnement du RRA peut avoir un impact sur l’intégrité de ce circuit : le retour d’expérience des mécanismes de défaillance observées sur ce circuit sont par exemple traités . L’ASN demande d’’indiquer dans le bilan des travaux de l’arrêt du réacteur n° 2 si le fonctionnement prolongé du circuit de refroidissement à l’arrêt (RRA) dans les conditions actuelles peut avoir un impact sur son intégrité.


michel.deprost@free.fr




Tous ces éléments d’information sont publiés sur le site de l’ASN http://www.asn.fr/sections/accueil/actualites/asn-evalue-avant-pouvoir-donner-son





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