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Tutelle régionale des chambres de commerce: les entreprises réagissent

Rumeur fondée ou bruits de couloirs insistants? Les entreprises ont trop l’habitude des« bonnes nouvelles » fiscales ou sociales pour ne pas réagir à cette dernière avanie : desinformations convergentes rapportent que le gouvernement préparerait en catimini untransfert des Chambres de Commerce et d’Industrie aux Régions dans le cadre, ou àl’occasion, du projet de loi sur la décentralisation.
Si cela devait être, la liste des adjectifs serait trop longue pour évoquer la surprise,l’indignation, le refus de l’ensemble des forces économiques face à un tel projet :décentralisation, concertation et bonne gouvernance économique ne veulent pas dire
captation !
Les CCI sont un puissant outil de développement économique dirigé par des chefs d’entreprise bénévoles en totale concertation avec les instances interprofessionnelles qui les désignent. Elles offrent aux entreprises, notamment aux plus petites, un appui quotidien expert, des conseils de qualité, et des formations étudiées pour un coût marginal, l’équivalent fiscalisé d’une cotisation de quelque 500€ en moyenne qui donne droit à des accompagnements de proximité adaptés et efficaces.
Outils de dialogue avec les Pouvoirs Publics, les CCI financent des équipements, ports, aéroports, écoles, directement utiles au développement de l’économie et des territoires. Leur gouvernance originale avec des chefs d’entreprise élus qui sont des dirigeants
d’établissements publics de l’État en fait un levier économique indispensable : réactif, dédié à la compétitivité des entreprises tout en étant régi par l’intérêt général, ce modèle unique doit être préservé !
Au moment où le Chef de l’État vient de donner un signe apparemment clair de confiance et de soutien aux chefs d’entreprise, ce projet de loi s’apprêterait à faire basculer d’un monde à l’autre l’appui aux entreprises au profit du politique. Une fois de plus, pas d’analyse du principe de subsidiarité, une fois de plus, la tentation de donner au secteur public toujours plus de rôle de gestion au mépris du principe de démocratie économique et du sens de l’engagement public des entrepreneurs !
Nous sommes d’autant plus choqués, heurtés ici en Rhône Alpes, que les relations institutionnelles et opérationnelles entre les représentants des organisations interprofessionnelles, la CCIR et la Région Rhône Alpes sont constructives, efficaces et
harmonieuses.
Nous sommes d’autant plus irrités que Rhône-Alpes est un exemple de réorganisation du réseau consulaire autour de la CCIR Rhône-Alpes, qui a en moins de deux ans mis en place dans son intégralité la réforme des CCI en rationnalisant les organisations et les coûts d’un réseau de 11 Chambres servant 255 000 entreprises tout en préservant l’accompagnement de proximité des entreprises.
Nous sommes d’autant plus furieux, oui furieux, qu’ici en Rhône-Alpes nous avons à tous les échelons une volonté décentralisatrice par rapport à ce que nous estimons être un centralisme destructeur d’initiative. Alors nous affirmons tous ensemble notre opposition, notre refus de ce projet. Et pour conclure avec un brin de provocation et d’humour nous questionnons le monde politique :
« Mais alors pourquoi ne pas donner aux forces socioéconomiques la capacité de donner un avis conforme sur certaines décisions des Régions, des Métropoles, des Départements, des Communes, et notamment sur leurs budgets ? ». Confusion des genres ? Assurément, mais elle est à l’image d’un projet qui mélangerait sans scrupule les décisions politiques des Collectivités et le service des entreprises par les entreprises tel qu’apporté par les CCI. Nous ne pouvons que partager cette réflexion de MONTESQUIEU « une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi, mais elle doit être loi parce qu’elle est juste ».

Bernard GAUD, Président du MEDEF Rhône-Alpes
François TURCAS, Président de la CGPME Rhône-Alpes

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