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Christine Browaeys : l’essor du numérique ne dispense pas de penser

La conférence Mardi des ingénieurs et scientifiques du 1er décembre traitait du rapport entre l’être humain et le numérique. Près de 80 personnes ont suivi cette rencontre organisée par Ingénieurs et scientifiques de France, la Société des électriciens et des électroniciens, en partenariat avec Enviscope. Les deux conférenciers, Alessandro Vicari et Christine Browaeys, ont évoqué, puis échangé, sur les rapports ente l’être humain et le numérique.

La science et la technologie ont développé des propriétés permettant de faire interagir des éléments matériels avec des informations. Les éléments physiques, des matériaux peuvent avoir des interactions et adopter des comportements différents en fonction du contexte. ©B.Mortgat

Après avoir été directrice des systèmes d’information, et experte au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Christine Browaeys a créé en 2009 le bureau de consulting T3nel. Ingénieur et sociologue, elle exerce dans le secteur de la texturgie (nouvelles matières sensibles combinant textures textiles et hautes technologies)(1) et  réfléchit aux relations ente le monde numérique et celui des matériaux pour tenter de redéfinir une relation de l’homme à la matière en évolution très rapide.

Des objets inertes

Pour Christine Browaeys, l’imbrication a considérablement augmenté entre la matière, les objets et l’homme, en particulier son intelligence. La matière, les éléments, les objets, ont eu longtemps le statut de choses inertes, riches au plus de qualités physiques et mécaniques. L’homme seul bénéficiait d’une intelligence, d’une capacité à mettre en jeu des informations, à s’adapter, à réagir.

Ces dernières décennies, la science puis la technologie ont découvert puis développé des propriétés permettant de faire interagir des éléments matériels avec des informations. Les éléments physiques, des matériaux peuvent adopter des comportements différents, jouer plusieurs fonctions, répondre aux besoins exprimés par l’Homme. Les nanotechnologies, les biotechnologies, la chimie des matériaux avancés mis en œuvre par l’industrie 5.0 produisent ainsi des composant hybrides, intelligents.

L’information de plus en plus diffusée

L’information, essentielle pour l’intelligence, a dans les années soixante d’abord été utilisée de manière concentrée dans les entreprises, surtout pour améliorer la relation homme-machine. Puis l’optimisation de l’information s’est élargie à l’entreprise toute entière, avant d’être appropriée par le grand public dans les années 2000 en créant un cyberespace qui englobe tout. Cet espace donne accès à une intelligence intuitive dans laquelle nous évoluons, qui nous donne à apprendre, à comprendre en étant immergé dans un univers de données.

Le monde de la matière n’est plus inerte. Le monde matériel qui nous entoure est porteur de données, véhicule des informations. On demande de plus en plus aux matériaux intelligents, dans le domaine de la santé, de la vie quotidienne.

Les données pour produire des objets

L’information est même devenue un moyen de produire des matériaux. La fabrication additive, par l’impression en trois dimensions, permet de produire des objets, des composants répondant d’une manière très précise à des besoins particuliers.

À une large échelle, au monde réel, répond un monde numérique de plus en plus vaste, vivant, puissant. L’écran n’est pas un miroir ouvrant sur un monde imaginaire, il ne renvoie pas une illusion, mais devient une porte vers un monde bien réel.

Et la crise sanitaire, en restreignant les contacts physiques, en effaçant la distance, accélère le développement des relations numériques. Le télétravail, la téléconférence se développent. Ce développement du numérique, le rôle indispensable d’internet, ne répondent pas cependant pas à toutes les questions, n’empêchent pas les interrogations.

Face à des réponses formalisées qui s’imposeraient à nous, nous devons nous rappeler que penser prend du temps, souligne Christine Browaeys.

  1. Elle a publié un état de l’art sur la révolution du textile, « Les enjeux des nouveaux matériaux textiles » (EDP Sciences, 2014), et un essai intitulé « La matérialité à l’ère digitale : l’homme connecté à la matière » (PUG, 2019).

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