Climat : les rivières intermittentes oubliées des modèles climatiques

Les cours d’eau intermittents jouent un rôle substantiel dans les émissions globales de CO2. C’est ce que démontre un projet de recherche porté depuis 2014par l’Irstea de Lyon Villeurbanne, dont les résultats ont été publiés dans la revue Nature Geoscience.

Les cours d’eau intermittents participent à la dynamique écologique, tant dans le fonctionnement des réseaux hydrologiques, qu’en termes de biodiversité et de services écosystémiques, mais également par leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2). C’est la conclusion apportée par le projet de recherche participative « 1000 rivières intermittentes » porté par l’Irstea depuis 2014.

Cours asséché d'un torrent de montagne - ©Bruno Mortgat - Enviscope.com
Cours asséché d’un torrent de montagne – ©Bruno Mortgat

La moitié des cours d’eau de la planète

Selon les estimations actuelles, les rivières intermittentes représentent la moitié des cours d’eau de la planète. Certains des plus grands fleuves comme le Nil, le Rio Grande ou le Fleuve Jaune en font partie sur certaines portions de leur parcours. Pourtant, le fonctionnement hydrologique, biogéochimique et écologique de ces cours d’eau, longtemps considéré comme anecdotique, est mal connu.

C’est pour pallier ce manque de données que Thibault Datry, chercheur au centre Irstea de Lyon – Villeurbanne (unité Riverly), et quatre collaborateurs ont lancé en 2014 le programme “1000 rivières intermittentes” : un projet de recherche participative visant à créer un réseau international de chercheurs volontaires en vue de collecter des données et notamment des échantillons de litières de rivières asséchées, partout dans le monde. Grâce à un protocole simple et standardisé, 212 lits de rivières intermittentes de 22 pays ont été échantillonnés par une centaine de chercheurs pour être analysés au laboratoire Irstea de Lyon.

À partir de ces données, les chercheurs ont mesuré la quantité de matière organique accumulée lors des phases asséchées et défini les facteurs qui influencent sa composition et sa quantité (climat, végétation rivulaire, largeur du cours d’eau, durée de la phase sèche, régime d’écoulement…). Puis ils ont analysé la qualité de cette matière organique en mesurant son taux de carbone et d’azote, et sa réactivité biologique. En remettant en eau des échantillons de litières récoltés, ils ont pu réactiver les communautés bactériennes et les champignons contenus dans les litières, évaluer leur capacité de respiration et ainsi déduire le potentiel de dégagement de CO2 au moment de cette remise en eau .

Un rôle significatif

La conclusion est sans appel : en extrapolant les mesures obtenues, les chercheurs ont montré que si les rivières intermittentes étaient incluses dans le calcul du CO2 émis par les cours d’eau, les émissions quotidiennes mondiales de COprovenant de l’ensemble des cours d’eau seraient significativement augmentées, de 7 à 152 %.

« S’ils doivent être affinés, notamment par l’étude des autres phases de fonctionnement des rivières intermittentes (à sec et en eau) et par l’élargissement de la couverture géographique de nos échantillons, nos résultats prouvent qu’il n’est plus possible, comme c’est le cas jusqu’à présent, d’ignorer ces rivières dans les études des émissions de CO2 et du cycle du carbone, à l’échelle globale », précise Thibault Datry.

Un constat d’autant plus important que le phénomène pourrait s’amplifier dans le contexte du changement climatique : avec un climat plus sec et des demandes en eau plus élevées, les phénomènes d’assèchement temporaires des rivières et la proportion de rivières qui y sont soumises ne peuvent qu’augmenter.

Lien vers l’article de Nature Geoscience

 

 

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