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« Isoler les logements et développer les EnR thermiques, plutôt que les EnR électriques »

Un collectif d’ingénieurs de Rhône-Alpes vient d’adresser aux cinq sénateurs de l’Isère, un long courrier, dans lequel ils analysent le contenu du projet de loi de transition énergétique, actuellement en débat au Sénat. Ils font de la limitation des GES l’objectif principal du projet, avec les conséquences que cela implique notamment dans l’allocation des moyens des différentes filières.

« La préservation de la planète pour les générations futures est un objectif, qui dépasse tous les autres et la plupart des spécialistes sont unanimes pour considérer que le coût de l’inaction sera infiniment supérieur au coût de l’action préventive » explique en introduction Alain Marcadé, ancien directeur technique de la centrale nucléaire de Saint-Alban Saint-Maurice, cosignataire de la lettre adressée aux sénateurs de l’Isère.

La conséquence de ce choix est que « la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) doit être l’objectif principal de la transition énergétique ».

Privilégier transports, bâtiments et EnR thermiques

Ainsi, pour le collectif « deux objectifs du projet de loi sont conformes à cette ambition :

1- La réduction de 40% des émissions de GES en 2030 par rapport à la référence 1990 et le rappel de l’objectif de division par quatre de ces émissions en 2050.
2- La réduction de la consommation d’énergies fossiles primaires de 30% entre 2012 et 2030. »

Cela impliquerait en revanche de concentrer les moyens sur les transports, d’une part, et l’isolation des bâtiments d’autre part.

S’agissant des bâtiments, Alain Marcadé rappelle « que la Réglementation Thermique en vigueur  (RT 2012) impose quasiment le gaz dans les nouvelles constructions, au détriment  du chauffage électrique et des EnR thermiques ».

Il est pour lui « indispensable que la nouvelle Réglementation en cours d’élaboration corrige cette aberration, en prenant en compte le « contenu carbone » des consommations énergétiques des bâtiments résidentiels et tertiaires. Ceci permettrait de promouvoir les EnR thermiques (bois-énergie, biomasse, géothermie, chauffe‐eau solaire, pompes à chaleur) respectueuses de l’environnement, créatrice d’emplois non délocalisables et peu chères. »

Le collectif juge les EnR électriques (PV, éolien,…) dispendieuses et leur « surcoût, estimé à 5 Md€ en 2015, mais va atteindre 11 milliards en 2025… Ceci pour aucun gain ni économique ni écologique ».

Et justement c’est de 5 Md€ dont aurait besoin par an pour la rénovation des logements !

Des mesures inadaptées

Pour les signataires de la lettre plusieurs mesures semblent inadaptées :

– La réduction de la consommation énergétique primaire de 50 % de 2012 à 2050 leur parait très irréaliste. Celle-ci « pourrait nous empêcher de soutenir le développement industriel, dont le pays a le plus grand besoin si l’on ne veut pas aggraver le chômage et la pauvreté ».

– L’objectif de porter la part des énergies renouvelables à 32% dans la consommation d’énergie en 2030, ne vaut que si « on développe de manière significative les EnR thermiques ».

– « Réduire la part du nucléaire de 75 à 50 % en 2025 va à l’encontre de la limitation des émissions de GES. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les conséquences de la décision équivalente allemande : l’arrêt de 9 centrales nucléaires a été compensé par un appel supérieur aux centrales thermiques fossiles entraînant, du fait du prix plus compétitif du charbon, une croissance des émissions de GES qui fait de l’Allemagne le pays le plus pollueur de l’Europe. »

Sur ce point les responsables allemands expliquent, qu’en effet il est difficile de simultanément se passer du nucléaire et de développer les EnR, sans avoir recours de façon transitoire à des énergies fossiles telles que le charbon.

Il est clair également que le groupe d’ingénieurs rhônalpins, contrairement au écologistes, trouve que la réduction de la part du nucléaire déraisonnable et qu celle-ci entrainerait, la perte d’un avantage français, tant matière d’énergie décarbonée que de prix de revient de l’électricité.

Enfin le collectif adresse dans son courrier, à l’appui de l’avis qu’il donne sur les grandes options du projet de loi, une série de préconisations techniques, comme par exemple « stopper le dispositif d’obligation d’achat pour les nouvelles installations d’EnR électriques, répartir la part de la CSPE résultant des EnR électriques déjà installées, sur l’ensemble des énergies (notamment fossiles) ou réviser la Réglementation Thermique afin de tenir compte de la teneur en carbone du combustible utilisé pour le chauffage. »

 

antoine.reboul@enviscope.com

 

Lire ici en intégralité, l’original de la Lettre aux sénateurs de l’Isère

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