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Le WWF alerte sur les rivières alpines qui seraient au bord de l’asphyxie

Une étude scientifique “Save the Alpine Rivers” commandée par le WWF, réalisée par l’Universität für Bodenkultur à Vienne, montre clairement que près de 90% des cours d’eau alpins sont dans un état dramatique.

L’étude a analysé pour la première fois l’ensemble de l’Arc alpin en utilisant des données de France, d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie et de Suisse. Cette étude a porté sur tous les cours d’eau alpins d’un bassin versant de plus de dix kilomètres carrés, soit au total 57 000 kilomètres de cours d’eau.

Résultat : 89% des cours d’eau sont dégradés. Seul un cours d’eau sur dix présente une résilience naturelle suffisante pour garantir un approvisionnement en eau constant, maintenir les services écosystémiques et surmonter les dérèglements climatiques.

« Les interventions humaines compromettent les fonctions vitales des rivières », annonce clairement le WWF.

Un milieu fragile et peuplé

Bien qu’elles soient l’un des écosystèmes montagneux les plus densément peuplés de la planète, les Alpes abritent également une grande diversité de sites sauvages parfaitement préservés. Les hauts massifs constituent par ailleurs de véritables châteaux d’eau alimentant près de 14 millions d’habitants de huit pays différents.

En plus de façonner le paysage, les rivières qui les parcourent fournissent l’eau pour les besoins domestiques et agricoles, l’alimentation, l’énergie, les loisirs et revêtent une importance cruciale pour la biodiversité.

Comme les pôles, lese montagnes sont beaucoup plus sensibles au réchauffement climatique que les régions équatoriales. L’élévation moyenne des températures constatées est de 2°C dans les Alpes au cours des deux derniers siècles, contre 0,85°C à l’échelle mondiale.

Pour les grands cours d’eau, la situation est particulièrement dramatique : dans les Alpes, seuls 340 km de berges demeurent écologiquement intacts, contre 2 300 km fortement modifiés, voire déjà classés comme artificialisés. Et la situation des rivières alpines ne cesse de s’aggraver.

« La plupart des projets de barrages hydroélectriques sont prévus dans des zones protégées, comme sur la Soča en Slovénie, ou sur les rares cours d’eau intacts, comme l’Isel en Autriche. Ils vont donc à l’encontre des efforts de protection menés au niveau national et européen », déclare Christoph Litschauer, responsable Eau douce du Programme alpin européen du WWF.

En France 10 rivières préservées

Selon les critères de l’étude de WWF, dans l’arc alpin français, ce sont seulement une dizaine de rivières qui sont préservées. L’Estéron, dans les Alpes-Maritimes, est l’une d’entre elles et bénéficie actuellement d’une attention toute particulière de la part du WWF pour lequel elle constitue l’une des dernières « zones refuges » à protéger. Ses 67 km font figure d’exception.

L’ONG explique qu’un travail conjoint avec les acteurs locaux est mené afin de porter à connaissance le patrimoine naturel unique que constitue cette rivière et de faire émerger une volonté du territoire de la protéger durablement.

Des mesures de sauvegarde préconisées

Les cours d’eaux en bonne santé, fleuves, ruisseaux fournissent eau potable, protection contre les crues, et plus généralement de nombreux services liés aux écosystèmes. Ce sont les raisons pour lesquelles « il faut donc les regarder comme des composantes essentielles des moyens d’existence des êtres humains et non comme des sources d’énergie. Mais le plus important, c’est de faire de la santé des cours d’eau naturels l’une de nos meilleures assurances-vie contre les effets du changement climatique », indique Christoph Litschauer.

L’ONG rappelle les inondations aussi tragiques que coûteuses, qui ont frappé l’Europe ces dernières années, elle souligne la nécessité de renforcer la résilience des écosystèmes aquatiques dans différents scénarios climatiques.

Le WWF invite donc les pays alpins « à participer et à préparer un plan d’action combinant l’ensemble des efforts destinés à préserver et protéger les tronçons fluviaux intacts, à restaurer les cours d’eau dégradés et à instaurer un équilibre entre protection de la nature et satisfaction des besoins humains ».

Pour télécharger l’étude, cliquer ici.

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