Eau

Isère rhodanienne : Comment mieux gérer la qualité de l’eau ?

Organisé par le Comité territorial de l’Isère rhodanienne (CTIR) et le Lycée Agrotec de Vienne-Seyssuel, le 2e Forum Eau et Territoire a convié ce jeudi 5 mars, agriculteurs, techniciens et représentants des services de l’Etat et collectivités locales à débattre sur les enjeux environnementaux liés à la qualité de la ressource en eau.

David
David Jouve, directeur du
Agrotec
lycée Agrotec et les étudiants du BTS Gemeau ont fait l’ouverture du forum Eau et Territoire.

 

« On a déjà assez de problèmes avec les intempéries, les ravageurs, les variations des cours mondiaux, les impératifs de l’industrie alimentaire… On n’a pas besoin de nouvelles réglementations ! »

Le ton est donné en ouverture du Forum, par cet étudiant du BTS Gemeau d’Agrotec. Jouant le rôle d’un agriculteur, il donne la réplique à trois de ses camarades, dans une saynète qui pose les composantes du débat.

Comme le dira Jean-Marc Fragnoud, président du CTIR, co-organisateur de la rencontre « avec cette introduction, tout est dit ! ». Elle a le mérite de bien camper les acteurs en présence, l’agriculteur, l’élu local et le technicien agricole, qui discutent dans le café du village et les inévitables conflits d’usage qui se posent dans ce débat sur la qualité de la ressource en eau.

Au moins ils se parlent. C’était en effet un des objectifs du Forum, que les différentes parties prenantes puissent échanger sur la façon de voir le problème et que les quelque 100 participants dans la salle puissent interroger les intervenants qui se succèderont au pupitre.

La pression réglementaire

D’abord les représentants des services de l’Etat : Laurent Vernay, hydrogéologue à la Dréal, qui rappelle les différentes dispositions réglementaires (DCE – Directive européenne, loi Lema sur l’eau, dispositions issues du Grenelle,…) qui s’appliquent en matière de protection de la qualité des eaux, notamment au niveau des captages dits prioritaires. Tout ceci afin de maintenir, voire de restaurer la qualité des eaux. Concernant les nitrates, par exemple, il est indispensable de rester en dessous de 50 microgrammes par litre.

Des contraintes, mais aussi des plans d’actions que détaille Claire Nivon, chargée de mission à l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse.

Les programmes sont nombreux. Aymeric Sollerti, conseiller à la Chambre d’Agriculture de l’Isère présente « Terre et Eau », qui accompagne les agriculteurs notamment en zone vulnérable, pour favoriser la couverture des sols en hiver (programme Cipan), diminuer les intrants et aider à l’émergence de nouvelles filières.

Les enjeux économiques

L’année 2015 voit également se renouveler les mesures agro-environnementales, qui de territoriales (MAET) deviennent climatiques (MAEC). Ces aides, financées pour partie par l’Agence de l’Eau et par l’Europe (Feader), permettent de compenser le manque à gagner des exploitants qui modifient leurs pratiques : mise en herbe des parcelles sur les zones de protection des captages, désherbage mécanique remplaçant les procédés chimiques, développement de cultures plus frugales, mais plus difficiles à commercialiser,…

Destinées à aider au démarrage, les MAEC ne sont pas destinées à perdurer. Jean-Marc Fragnoud pose alors la question du financement. Les agriculteurs devront-ils être les seuls à payer ? C’est également le sens des interventions de plusieurs d’entre eux, dans la salle.

Pour l’instant les aides se poursuivent. Sur le secteur de l’Agence de l’Eau RMC, le ratio aides/redevances est de 4/1. Au total 301 M€, dont la moitié a bénéficié directement aux exploitants.

L’accompagnement terrain

Il faut également compléter le dispositif par le travail des syndicats des Eaux. Celui du Brachet (Saint-Georges d’Espéranche) et le Sigearpe (Roussillon) ont mis en place des animateurs de terrain, qui ont pour mission d’accompagner les différents acteurs.

Charlotte Penel, pour le premier et Jean-Mathieu Fontaine pour le second, ont bien expliqué comment leur travail d’incitation finissait par payer. Le but est de faire en sorte que les agriculteurs entrent dans la démarche de façon volontaire (exemple des aires de lavage des pulvérisateurs) et qu’on n’en arrive pas au mode obligatoire (par arrêté préfectoral).

Et pourtant les évolutions deviennent urgentes. L’Agence européenne de l’Environnement, dans son dernier rapport quinquennal qui vient de paraitre, y montre du doigt la France, qui peine à mettre en œuvre les directives et se classe dans les derniers des 27 Etats de l’UE.

Il faut certainement aller vers un modèle plus vertueux, plus durable, dans lequel les exigences économiques puissent se composer avec la nécessité de protéger notre environnement.

Il est en tout cas bien nécessaire de se parler, de trouver des solutions, et d’agir. C’est ce qu’ont rappelé Claude Devillers, président du syndicat des Eaux du Brachet et Françoise Soulier, présidente des Jeunes Agriculteurs de l’Isère et en charge de l’eau à la Chambre d’Agriculture, dont le rôle était de conclure la 2e édition du Forum Eau et Territoire.

 

antoine.reboul@enviscope.com

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