Enérgie : Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 ? C’est possible ! 

L’Ademe, GRDF et GRTgaz publient une étude qui conclut à la possibilité technico-économique de rendre la France indépendante en gaz en 2050 via le passage à un mix de gaz d’origine 100 % renouvelable. Un scénario également réalisable à l’échelle de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Selon cette étude, le gisement de gaz renouvelable injectable, estimé à 65 TWh dans la région Auvergne-Rhône-Alpes(1) pourrait couvrir 100 % de la demande de gaz à l’horizon 2050, estimée à 47,6 TWh, avec une étape à 30 % en 2030, selon tous les scenarios étudiés.

Un mix gaz 100% renouvelable permettrait d’éviter les émissions directes d’environ 63 Mt CO2/an ce qui représente 12,6 milliards d’euros pour une taxe carbone à 200 €/t de CO2. La France renforcerait ainsi son indépendance énergétique et améliorerait sa balance commerciale. Selon le scénario étudié, le coût du gaz renouvelable serait compris entre 116 €/MWh et 153 €/MWh, incluant le coût de production, de stockage, d’utilisation et d’adaptation des réseaux gaziers. Un coût à comparer avec celui du gaz qui avoisine actuellement les 50 €/MWh. « Mais d’ici là, nous allons progresser en performance énergétique et réduire les consommations, de sorte que le budget gaz de l’utilisateur devrait rester équivalent à ce qu’il est aujourd’hui», souligne Didier Saussier, directeur régional de GRDF.

De fait, le potentiel d’amélioration de l’efficacité énergétique est encore important dans le secteur du gaz. En témoigne l’émergence d’entreprises comme BoostHeat, qui propose une nouvelle technologie de chaudière dont le rendement peut atteindre 200 %.

L’étude prévoit également une forte évolution des usages : « en 2050, un tiers de la demande en gaz sera consacrée aux transports et à la mobilité. Le schéma est en train de se mettre en place, avec de plus en plus de transporteurs qui se regroupent pour mutualiser leurs besoins en stations d’avitaillement, et un véritable réseau est en train de naître dans la région », précise Jérôme d’Assigny, directeur régional de l’Ademe.

Par ailleurs, les systèmes gaziers et électriques interagiront fortement et vont évoluer conjointement. Le power-to-gas permettra de valoriser les excédents de production d’électricité renouvelable en apportant une capacité de stockage intersaisonnier à l’électricité dans le réseau gazier. Le gaz renouvelable permettra aussi de contribuer à l’équilibre du système électrique, avec des centrales thermiques alimentées par du gaz renouvelable permettant de fournir l’énergie en période de pointe.

Trois filières dont deux en émergence

Trois grandes filières de production de gaz renouvelable sont étudiées : la méthanisation (30 % du gisement), la pyrogazéification (40 %) et le power-to-gas (30 %). Les potentiels techniques se basent sur les ressources disponibles qui n’entrent pas en concurrence avec les usages alimentaires et matières premières.

Pour que ces potentiels soient accessibles en 2050, il sera nécessaire de lever les freins à la méthanisation agricole, de généraliser les cultures intermédiaires (cultures temporaires qui protègent les sols entre deux cultures de vente), de mobiliser davantage de ressources agricoles et forestières et de favoriser l’émergence de technologies à fort potentiel mais peu matures (pyrogazéification, gazéification des algues, etc.).

Investissements

Si le montant des investissements nécessaires pour adapter les réseaux est raisonnable, celui relatif aux unités de production sera plus conséquent. D’ici 2030, le SRADDET(2) de la région prévoit 400 nouvelles installations de méthanisation, représentant déjà environ 2 milliards d’euros d’investissements. Chaque unité de pyrogazéification ou de power to gas, dont les filières devraient parvenir à maturité vers 2030, nécessitera au bas mot 10 M€.

Un des principaux enjeux maintenant va être de créer les conditions d’une montée en puissance de la filière industrielle française : « Nous avons une belle filière de start-up prometteuses, avec des entreprises régionales comme Prodeval, Waga Energy, Arol Energy, Méthalac, Deltalys… Il faut créer les conditions pour que ces entreprises puissent assumer une croissance rapide pour accompagner la demande et assurer la réalisation de l’essentiel des installations. Nous devons à tout prix éviter de reproduire le scénario qu’a connu l’industrie photovoltaïque française », insiste George Seimandi, délégué territorial Rhône Méditerranée de GRTgaz.

 

  1. soit 14 % du gisement français estimé à 460 TWh.
  2. Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire

 

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