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Les Etats généraux de l’eau en montagne alertent sur les conséquences du réchauffement

« Les Etats Généraux de l’Eau en Montagne » tenus les 22, 23 et 24 septembre à Megève (Haute-Savoie) ont rassemblé 600 participants représentants des administrations nationales, des Organismes de Bassins, des municipalités, des chercheurs, ainsi que d’ONG et entreprises, venus de 41 Pays de l’Union Européenne, des Balkans, de la Méditerranée et d’Europe Orientale, du Caucase et de l’Asie Centrale, ainsi que d’Australie et de Chine.

. La température moyenne des Alpes a augmenté en un siècle de plus du double du réchauffement terrestre global. Les modèles climatiques projettent une augmentation de température dans les Alpes d’ici à 2100 comprise entre + 2,6 et + 3,9°C. Le réchauffement pourrait être sensiblement plus élevé en haute montagne pour atteindre + 4,2°C au-dessus de 1.500 mètres. Les glaciers qui ont déjà perdu entre 20 et 30% de leur volume depuis 1980, pourraient régresser de 30 à 70% d’ici à 2050. Quasiment tous les petits glaciers auraient alors disparu. L’enneigement se réduira notamment en base et moyenne altitude…

Changement de régime des fleuves

Les régimes hydrauliques de tous les grands fleuves européens, venant des montagnes (Rhône, Rhin, Po, et leurs affluents et les affluents du Danube) se modifient. Les débits des grands fleuves de régime nivo-glaciaire seront sensiblement modifiés dans les prochaines décennies. En moyenne d’ici 2100 les débits d’hiver augmenteraient de +20% alors que les débits de printemps diminueraient de 17%. Les débits d’été reculeraient jusqu’à -55% surtout au Centre et au Sud des Alpes. Le niveau des aquifères pourrait baisser de -25% dans les Alpes du Sud. La fréquence et l’intensité des inondations en automne, hiver et printemps, ainsi que des sécheresses estivales augmenteraient dans les bassins de tous les grands fleuves européens prenant leur source en montagne.

Devant ces perspectives, les Etats généraux attirent l’attention sur la nécessité d’anticiper les conséquences des modifications des cycles hydrologiques. Mais le réchauffement a aussi d’autres conséquences en raison de l’instabilité des terrains et du recul du gel : forte érosion, glissements de terrains, dégradation de la qualité des rivières, augmentation de la température de l’eau. Le réchauffement aura aussi une incidence sur la production hydroélectrique, qui sera répartie différemment (1) Le refroidissement des centrales thermiques et nucléaires sera plus difficile en période estivale, et la navigation pourrait être rendue plus difficile en période estivales.

Compétition sur les usages de l’eau

Les Etats Généraux estiment que « la compétition entre les usages de l’eau se fera plus vive, notamment pour l’irrigation dans le sud ». Les Etats Généraux estime aussi (sans la remettre en cause) que la généralisation de la production de neige artificielle « deviendra indispensable aux 666 stations de ski alpines actuelles pour assurer une saison d’hiver complète ». Le communiqué ne mentionne pas les conséquences du réchauffement sur la possibilité de produire de la neige. Les participants ont estimé « indispensable d’identifier très rapidement ces changements et leurs conséquences, bassin par bassin, et dans chaque sous-bassin, et de mieux analyser les conséquences écologiques et socio-économiques sur les différentes activités ».

michel.deprost@enviscope.com

1) On peut se demander en fait si les pluies plus abondantes en hiver ne permettront pas de mieux remplir les barrages en période de forte demande d’électricité. Enviscope interrogera sur ce point des producteurs d’électricité.

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