Énergie

Nous devons changer notre modèle énergétique rappelle MIchel Havard, rapporteur de la proposition de loi interdisant l’exploitation des gaz de schistes

Quelles sont les implications de cette proposition de loi, comme la catastrophe de Fukushima où les hausses des prix du gaz et de l’essence, sur les choix énergétiques ?
Cette proposition de loi visant à interdire l’exploitation des gaz de schiste en France n’aura aucune conséquence sur le prix de l’essence ni sur le prix du gaz qui dépendent essentiellement des prix à la vente fixés par le marché mondial. S’agissant du prix de l’énergie, le gouvernement a annoncé le 5 avril que le prix du gaz n’augmentera pas de 7,5 % le 1 er juillet prochain.
Pour diminuer l’impact de la hausse du 1er avril sur les ménages les plus modestes, le gouvernement a relevé de 20% du rabais qui leur est accordé. Au total, près de 800 000 personnes seront concernées par cette mesure. Par ailleurs, a été décidée une revalorisation à 4,6% du barème forfaitaire kilométrique, qui bénéficiera à 5 millions de Français et qui sera financée par une contribution spéciale des compagnies pétrolières.
Enfin, la hausse sera limitée à 2,9% pour le prix de l’électricité jusqu’en juin 2012. Cette augmentation aura une répercussion de seulement 1,5€ par mois pour une facture-type moyenne. Comme pour le gaz, le rabais social de l’électricité a été augmenté de 10% le 1er janvier 2011, afin de protéger le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes.
S’agissant du prix des carburants, il est intéressant de souligner que, si l’on examine l’évolution depuis 1974 du nombre de litres d’essence qu’un salarié peut acheter en travaillant une heure au SMIC, on constate l’évolution suivante : -1974 : 3 litres -1983 : 3,8 litres -1985 : 3,8 litres -1995 : 5,2 litres -2001 : 5,1 litres – 2008 : 4,5 litres-2011 : 5,5 litres. On voit qu’en termes de pouvoir d’achat pour les salariés modestes, le prix des carburants a en réalité baissé depuis 40 ans, contrairement aux idées généralement admises.
Ne faut-il pas accentuer certains choix en faveur des économies d’énergies dans tous les domaines ?
Nous avons vécu dans l’illusion d’une énergie abondante et bon marché pour l’éternité. Sur le long terme, nous devons être bien conscients du fait que l’ère de l’énergie abondante et bon marché est définitivement terminée. L’augmentation du prix des énergies fossiles est inéluctable pour une raison économique simple : ces énergies s’épuisent de manière accélérée et la croissance économique très forte en Asie contribue à augmenter encore davantage le prix des énergies fossiles.
La consommation mondiale de pétrole passera selon l’AIE de 4,2 milliards de tonnes par an en 2010 à 6,2 milliards de tonnes en 2030 et nous avons déjà consommé le pétrole et le gaz d’accès facile. Ces énergies non renouvelables seront à l’avenir de plus rares et difficiles à exploiter et donc de plus en plus chères.
C’est pourquoi nous devons accélérer notre transition énergétique vers l’après-pétrole en développant considérablement l’utilisation des énergies renouvelables, en diversifiant nos sources d’énergie et en diminuant de manière sensible nos consommations d’énergie, notamment dans le bâtiment et les transports.
Le Parlement se saisit-il assez de ces questions?
C’est tout l’enjeu des lois « Grenelle » qui fixent des objectifs ambitieux en matière de réduction de notre consommation d’énergie, dans le bâtiment et les transports notamment, et de développement des énergies renouvelables. En outre nous sommes engagés fin 2009, au niveau de l’Europe, à atteindre l’objectif des “trois fois vingt”:
Réduire de 20% nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020: nous sommes en bonne voie pour atteindre et même dépasser cet objectif ambitieux. Nous n’émettons que 6 tonnes de CO2 par habitant, contre 8,5 tonnes en moyenne pour un Européen et 20 tonnes pour un Américain.
Améliorer de 20 % l’efficacité énergétique de notre économie à consommation globale d’énergie constante : cet objectif est difficile mais nous avons bon espoir de l’atteindre en utilisant tous les leviers : isolation dans le bâtiment, transports plus sobres, changement de nos modes de vie, industrie moins gourmande en énergie…

Porter de 8,5 % à 23 % la part totale des énergies renouvelables dans notre bilan énergétique. Cet objectif devrait être atteint grâce au développement considérable du solaire, de l’éolien et de la filière bois.
Mais, au delà de ces efforts et de cette mutation nous devons changer nos habitudes et l’organisation globale de notre société pour réduire “à la source, nos besoins en énergie”. La plupart des études scientifiques sur cette question complexe montre que ce problème se réglera en actionnant conjointement trois leviers:
Moins consommer à la source, ce qui règle un tiers du problème. Mieux consommer en améliorant le rendement de nos systèmes énergétiques à tous les niveaux: c’est de deuxième tiers. Utiliser massivement et de manière synergique et intelligente l’ensemble des énergies renouvelables, c’est le troisième tiers.
En actionnant ces trois leviers nous devrons parvenir à diviser par deux au niveau mondial et par quatre au niveau européen nos émissions de GES et de CO2 d’ici 2050. Cet objectif est crucial si nous voulons stabiliser le climat et éviter des catastrophes climatiques majeures. Toutes les études scientifiques sérieuses sont convergentes sur ce point.

Dans ce domaine, décarbonisation de notre économie et réduction massive des GES, la France est en pointe au niveau européen et mondial mais nous devons poursuivre nos efforts sans nous relâcher. C’est pourquoi les lois “Grenelle” on fixé un cadre d’action très ambitieux qui doit permettre, dans tous les secteurs d’activités et notamment dans le bâtiment et les transports, de réaliser cette révolution énergétique.

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