Bioéconomie

Pour les producteurs de fruits , le verger français est menacé

Le verger de Rhône Alpes recule dramatiquement. Selon les données du recensement AGRESTE  cités par notre confrère Terroirs de Rhône-Alpes,  les vergers des principales productions fruitières ont reculé  entre 2000 et 2010 : c’est le cas pour les abricotiers, pour les pommiers de table (par rapport  à la pomme à cidre), des cerisiers, des poiriers, des framboisiers. Les surfaces consacrées à la pêche ont presque été divisées par trois en dix ans. Les surfaces de framboisiers ont été divisées par deux. Seules les noyeraies ont progressé.

Le verger le plus diversifié

 Cette situation a été évoquée ce jeudi lors de la première journée du congrès de la Fédération Nationale des producteurs de Fruits (FNPF) qui se tient encore ce vendredi à Agrapole (Lyon).

Rhône Alpes possède le verger le plus diversifié en France, avec des  productions particulières comme la châtaigne ou la noix, mais aussi avec des productions assez typiques comme la cerise.

En tout, chaque année les producteurs de fruits livrent  400 000 tonnes pour les marchés nationaux et internationaux. Les producteurs sont très exposés aux risques économiques et aux risques climatiques et sanitaires.

Un recul aux causes multiples

Les causes du recul sont multiples. Les risques sanitaires sont une explication. Les arbres fruitiers comme tout être vivant peut être malades, victimes de bactéries ou de virus, hôtes de parasites.

Or, la lutte contre certaines maladies ou contre certains parasites, n’est plus possible ou elle est rendue moins efficace par l’abandon de certaines molécules. Les techniques de remplacement ne sont pas toujours disponibles, même si des abricots résistants à la sharka ont été mis au point par l’INRA.

Des règles plus strictes que les règles européennes

Or, alors que les producteurs français appliquent des règles supérieures aux normes européennes, des concurrents appliquent  simplement les règles de base. « Pour certains fruits, la production française est exportée et des fruits sont importés, par exemple d’Espagne. Mais ces fruits importés s’ils correspondant aux normes européennes, ne correspondent pas à la réglementation française. » explique Luc Barbier, Président de la Fédération. Les contrôles sont  largement insuffisants, voire inexistants.

Relations déséquilibrées

D’autres difficultés sont dues à des relations commerciales parfois déséquilibrées avec les grandes et moyennes surfaces de l’alimentation. Certes des exemples positifs de coopération existent comme la collaboration entre le Groupement de producteurs Saveurs du Coin et l’enseigne Auchan.

Mais dans d’autres cas, les relations sont déséquilibrées. Des palettes de fruits commandées par des magasins sont refusées et renvoyées au producteur sous prétexte de manque de qualité, alors que le distributeur estime simplement qu’il ne pourra finalement pas écouler les produits commandés.

Autre handicap, la lourdeur des règlementations et du coût du travail.  Tous les textes sont de plus en plus complexes. Le Code du Travail interdit la cueillette des cerises sur des échelles !

Coût du travail

Mais la concurrence par le coût du travail, de la part de producteurs européens est aussi mise en avant.  L’agriculture allemande bénéficie de travailleurs étrangers en détachement peu payés.

Les producteurs de la FNPF ont écouté avec intérêt les actions de la Fédération du Bâtiment qui demande ces contrôles sur les entreprises européennes employant des salariés en France.  Moins d’une entreprise européenne sur quatre détachant des salariés en France déclare sont activité, ce qui rend les contrôles difficiles. Les producteurs de fruits craignent que cette pratique arrive dans leur secteur. Et menace le verger français.

michel.deprost@enviscope.com

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