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Rapport ADEME : d’anciens ingénieurs d’EDF dénoncent la désinformation

Des anciens responsables d’activités nucléaires d’EDF, répondent au rapport de l’ADEME sur la production d’électricité renouvelable en 2050. La production d’électricité en France est déjà largement décarbonée rappellent-ils en dénonçant une manoeuvre politique à la veille de la COP 21. Pour eux l’action en faveur du climat doit porter sur les secteurs consommateurs d’énergies fossiles, comme le transport.

Des ingénieurs ayant exercé dans les domaines de l’ingénierie, de la production et du transport de l’énergie électrique d’EDF réagissent à l’étude publiée par l’ADEME sur une électricité 100 % renouvelable en 2050 inspirée d’une précédente étude de l’association Négawatt [1].

Nous avons travaillé à quatre pendant tout le mois d’août pour étudier de près la première version du rapport, explique Jean Fluchère, ingénieur, qui fut délégué d’EDF en Rhône-Alpes après avoir été notamment directeur de la centrale nucléaire de Bugey. Nous avons rencontré au début du mois de septembre à l’ADEME deux ingénieurs qui ont réalisé l’étude et leur avons expliqué les erreurs techniques du rapport, limites qu’ils ont reconnues“.

Certes, le président de l’ADEME a pris des précautions pour relativiser le document, mais la médiatisation a laissé de côté ces limites. ” Les grands médias, qui font l’opinion publique, semblent ne retenir que ce scénario extrême qui prévoit de pouvoir produire toute notre électricité uniquement à partir des énergies renouvelables dès 2050 et ce, sans impact majeur ni sur les prix ni sur notre environnement.” constatent les anciens ingénieurs EDF. ” Nos concitoyens semblent en passe de retenir qu’il sera possible de produire toute notre électricité uniquement à partir des énergies renouvelables dès 2050 sans impact majeur sur les prix ni sur notre environnement.”

L’électricité est déjà largement décarbonée

Ce rapport est sans valeur en France où notre électricité est déjà à 95 % décarbonée. Cette étude n’apporte aucun gain dans la réduction de nos émissions de gaz carbonique puisque notre production d’électricité est non émettrice de gaz carbonique… Ce sont les utilisations des combustibles carbonés qui sont émetteurs. Or cette étude ne les mentionne jamais. Nous attendions de l’ADEME, un projet expliquant comment remplacer 75 % de nos combustibles carbonés par des énergies décarbonées. Rien sur ce sujet n’apparaît dans cette étude que l’on pourrait aussi bien intituler « haro sur l’électricité ».

Des erreurs pour l’électricité

Sur le plan électrique, l’étude comprend plusieurs omissions et contre-vérités, dont les ingénieurs de l’Ademe qui la présentent sont conscients.

La demande d’électricité en 2050 est prise égale à 422 TWh alors que la consommation actuelle de la France est de 480 TWh. ” Cette valeur, reprise de l’étude Négawatt susmentionnée, est totalement irréaliste. Une baisse de 15 % de la consommation conjuguée à une augmentation d’au moins 10 millions d’habitants et à la substitution des combustibles fossiles dans les transports individuels et dans les systèmes de chauffage utilisant les combustibles fossiles, relève de la magie.

Dans les pays industrialisés, l’électricité sera le vecteur énergétique du 21ème siècle ne serait-ce que par ses nouvelles applications et dans la substitution aux carburants véhicules et au chauffage fuel et gaz. Toutes les études prévisionnelles fondées sur l’objectif d’une réduction par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre en 2050 conduisent à des valeurs de l’ordre de 800 TWh. C’est le cas de l’étude Négatep[2] prise en compte dans le rapport de France Stratégies[3] intitulé « Energies 2050 ».

Pas plus de 40% d’électricité intermittente

Les équipes de Recherche et Développement d’EDF ont réalisé une étude prenant en compte sur l’ensemble de la plaque continentale Europe, les données météorologiques sur les trente ans écoulés. La conclusion est claire : il n’est pas possible d’aller au-delà de 40 % de production d’électricité intermittente, même en ayant considérablement renforcé les interconnexions.

Les ingénieurs de l’ADEME ont connaissance de cette étude et n’y ont jamais apporté un démenti. Les ingénieurs de l’ADEME ont eu la démonstration qu’une électricité 100 % renouvelables ne peut pas assurer l’équilibre instantané du réseau électrique. Car un réseau électrique réalise un miracle permanent en équilibrant à tout instant la production et la consommation. L’étude de l’ADEME conduirait soit à des délestages fréquents soit au pire à la rupture générale d’alimentation électrique du pays, un black-out. Nous leur avons apporté la démonstration qu’un réseau à base d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques était dans l’incapacité de faire démarrer des moteurs électriques de puissance. Les ingénieurs de l’ADEME savent que les rendements des méthanateurs, dont aucun prototype industriel ne fonctionne pour le moment dans le monde, n’est pas de 33 % (valeur reprise de la pseudo-étude de Négawatt) mais probablement au mieux de 15 %.”

 

L’ADEME couvre la France de 50 000 éoliennes de grande puissance alors qu’actuellement, il y en a 5 000. Mais comme la consommation électrique sera supérieure avec un rendement de méthanation sera plus faible, ce ne sont plus 50 000 éoliennes mais 100 000 éoliennes qui seraient nécessaires, sans résoudre pour autant l’équilibre instantané entre la production et la consommation d’électricité et les questions de démarrage des moteurs de puissance !

 

Un réseau électrique a des règles de fonctionnement qu’il faut impérativement respecter, notamment le réglage de la fréquence, faute de quoi il s’écroule tel un château de cartes. En ne les prenant pas en compte, peut-être sous l’influence du lobby des énergies renouvelables, et sans doute surtout pour des raisons idéologiques, l’ADEME menace l’approvisionnement futur en énergie électrique des Français.

michel.deprost@enviscope.com à partir du document du groupe d’ingénieurs ex-EDF

[1] Négawatt est une association dont le collège exécutif rassemble 24 experts et praticiens de l’énergie.

[2] NEGATEP est une étude de prospective énergétique visant à respecter l’engagement de la France à savoir la division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre entre 1990et 2050. Elle est disponible sur le site de « Sauvons le Climat.

[3] France Stratégies est la nouvelle dénomination de l’ancien Commissariat d’Etudes Stratégiques placé, auprès du 1er Ministre.

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